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Le Cfpa entre gloire et déboires

Le Centre de formation professionnelle de l’audiovisuel a traversé une longue période sombre avant sa « renaissance ». –

Le 29 avril dernier, le Centre de formation professionnelle de l’audiovisuel d’Ekounou (Cfpa) organisait une cérémonie à Yaoundé pour célébrer ses 25 ans. Un parcours qui n’a pas été que semé de roses. Créé en 1983 par le gouvernement camerounais et la coopération allemande, le Cfpa a parfois eu de la peine à remplir ses missions : celle de former, aux métiers de l’audiovisuel, aux techniques et à la maintenance des équipements de la radio et de la télévision, le personnel technique de la Cameroon Radio Television (Crtv) au départ, avant son ouverture en 2005 aux externes nationaux et aux ressortissants de la sous-région et d’assurer la formation des formateurs. Selon le chef de projet chargé des Technologies de l’information et de la communication (Tic) du Cfpa, Patrice Mbianda, le véritable problème auquel doit faire face le Cfpa aujourd’hui, est celui de la formation des formateurs.

Un avis que partage également Sosthène Fokam Kamga, issu de la première promotion des producteurs (1985-1988). "Les Allemands avaient commencé à former du personnel camerounais pour assurer la relève. Après leur départ, cette formation n’a pas suivi", déclare le chef d’unité de formation de prise de son. Ce denier déplore qu’il n’y ait pas "une véritable de politique de recyclage des enseignants". Ce qui oblige ceux-ci à s’autoformer, ajoute-t-il. Mais pour M. Mbianda, le Cfpa ne peut pas recycler ses formateurs car ceux-ci ont été formés avec du matériel analogique (certes à la pointe de la technologie à cette époque-là), mais qui n’est plus adapté au moment où le centre est confronté au numérique. Pour lui, ce n’est qu’en Occident que les enseignants doivent aller pour compléter leur formation afin de s’adapter aux progrès technologiques de l’heure.

Paradoxe
Ce qui peut paraître paradoxal quand on sait que le Cfpa propose une "formation à la carte" basé sur des programmes de recyclage sous forme de stages, de séminaires, d’ateliers ou de conférences etc. Laquelle formation n’est destiné qu’aux personnes ou aux entreprises qui en font la demande, et dont les termes se négocient de commun accord avec l’administration. Ce qui est loin de résoudre le problème, surtout que, avoue Mme Mbala Atangana, "les formateurs s’essoufflent". Ce qui peut être compréhensible quand on sait que la plupart de ces enseignants sont des anciens apprenants formés par les Allemands. Si le problème de recyclage demeure, le Cfpa se targue au moins d’offrir "une formation de qualité" à ses apprenants, même avec le départ des Allemands en 1987 où le centre a commencé à décliner, comme le souligne son directeur.

Pourtant, Gilbert James Bemu, sorti de la toute première promotion en 1983, reste convaincu que les cours actuellement dispensés n’ont rien à envier à ceux donnés par les Allemands "Nous étions mieux équipés à notre époque. En plus, nous avions la possibilité d’aller compléter notre formation à l’étranger, dans les entreprises des fabricants des équipements que nous utilisions. C’est dans ce cadre là que je suis allé parachever ma formation à la société française Thomson", affirme le chef d’unité maintenance du Cfpa. "Je peux dire que j’ai reçu une bonne formation. Les formateurs ont un bon niveau, puisque ce sont ceux que les Allemands ont formés", réplique Viviane Evina, preneuse de son à la Crtv, sortie de l’école en 2003. Si elle ne remet pas en cause les cours, elle regrette toutefois que sa promotion ait été "une promotion
sacrifiée".

Numérique
"Lors de ma formation, le centre était à cheval entre deux technologies. Nous n’avons pas eu la possibilité d’avoir accès à cette nouvelle technologie (et) le matériel sur place demandait beaucoup de maintenance. On parle de numérique aujourd’hui, mais moi, je dois encore m’imprégner de cette technologie", dit-elle, se réjouissant "qu’en dehors de quelques camarades qui travaillent dans le privé, le reste de la promotion a été entièrement recruté par la Crtv". Comment expliquer cela quand Patrice Mbianda regrette que les apprenants peinent à s’insérer dans le monde de l’emploi, alors qu’ils sont opérationnels ? "Ce n’est pas parce qu’on forme des réalisateurs, des monteurs etc., que la Crtv va forcément recruter. Elle peut recruter une vague. Mais, jusqu’à preuve du contraire, les apprenants ne s’insèrent pas dans le marché de l’emploi parce qu’il n’y a pas de suivi après leur sortie de l’école", justifie-t-il.

Malgré cela, le Cfpa se vante d’avoir formé près d’un millier de techniciens de l’audiovisuel. Se félicitant de l’ouverture de nouvelles filières avec celle de journalisme, bien qu’un accent particulier soit mis sur celles répondants aux enjeux de l’heure, à l’instar de la filière Tic, et de l’arrimage du plateau technique à "la modernité". "On est passé de l’analogie au numérique, et des bandes aux stations numériques. Il fallait soit faire ce bond là, soit mourir. Et avec l’appui de la Crtv, le bond a été possible", indique Adèle Mbala Atangana. Elle ajoute que c’est la raison pour laquelle la promotion qui a reçu ses parchemins le 29 avril dernier a été baptisée "Promotion Renaissance, pour marquer la renaissance des équipements". Loin donc les "années sombres" de l’histoire du Cfpa qui a su remonter la pente, puisque "bon an mal an, le centre se retrouve dans cette ère du numérique, à même de parler à arme égale avec les autres centres de formation", conclut le directeur consciente toutefois que de nombreux défis restent encore à relever.

Patricia Ngo Ngouem

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