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Théâtre: Un mariage nommé chimère

La compagnie Les Phoulosophes a récemment présenté une tragi-comédie conjugale au Ccf de Yaoundé. –

Ça existe, les hommes fidèles ? En tout cas, pas pour un « Couple ouvert à deux battants », pièce mise en scène par Alvarez Dissakè. La troupe Les Phoulosophes revisitait là un thème vieux comme le monde, d’après l’œuvre du dramaturge italien Dario Fo, coécrite avec son épouse, Franca Rame. Et qui mieux qu’un couple peut raconter, avec une ironie mordante, les aléas de la vie conjugale ? Sur la scène du Ccf, Maryse Bony est Antonia, femme trompée, brisée par les infidélités de son mari, l’ingénieur Moukoudy (interprété par Alvarez Dissakè), qui ne cache même plus ses incartades.

Dans un décor limité au strict minimum, aussi dépouillé que ce qui reste du couple Antonia-Moukoudy, la pauvre femme est déjà passée par toutes les phases. Hurler, manquer de se jeter par la fenêtre, essayer de se tirer une balle dans la tête, avaler la pharmacie-maison… Une routine du malheur qui n’émeut plus personne. Surtout pas l’époux, qui parle à peine à sa femme, la touche peu, la regarde rarement en face. Il parle au vide. Elle s’adresse au public. Un parallélisme qui fait ressortir les non-dits du dialogue. Les échanges verbaux sont en fait monologues.

Le décor renforce cette impression de cassure à travers l’écart entre les différents objets de la maison. Au centre de la pièce, un tabouret sur lequel Antonia s’installe la majeure partie du temps pour conter ses malheurs. Au fond, côté cour, une chaise pour Moukoudy. A l’avant, côté jardin, se trouve la fenêtre qui, plus qu’un moyen pour Antonia de se donner la mort, cristallise tous ses rêves de liberté pour sortir de cet enfer conjugal. La distance entre mari et femme se trouve même dans leurs tenues. Alors que madame sautille partout en survêtement rouge, illustration de son combat plein de passion et de violence, Monsieur se déplace nonchalamment en pantalon sombre, bretelles, chemise blanche déboutonnée aux poignets, écharpe noire à petits pois blancs au cou, chaussé de mocassins. Il a tout du type blasé, de l’intellectuel, du dandy qui plaît aux femmes. Il respire la liberté.

Dans un espace de jeu débordant largement le cadre de la scène, où le public se mue en témoin et en miroir, l’histoire se déroule entre narration et jeu. Elle rebondit quand il faudra appliquer l’effet couple ouvert à deux battants. Le mari ne va pas supporter que sa moitié ait un amant. Et la routine du malheur recommence, mais en sens inverse. La robe noire que porte madame pour marquer le début d’une nouvelle vie présage la fin funeste de monsieur. Si Alvarez Dissakè maîtrise bien les codes du théâtre, sa scénographie en est un témoignage, son interprétation est quelque peu figée. Ce qui a vraiment manqué à la pièce, un lien invisible, un magnétisme entre les deux comédiens. Sans compter qu’ils ont perdu parfois leur déconcentration dans le rendu des textes. Tout cela a fait perdre un peu d’éclat au Couple ouvert à deux battants, comme les lumières.

Rita Diba

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