Cinéma : Bientôt la réouverture du cinéma Ration à Edéa
Les projecteurs de l’unique salle de cinéma de la ville lumière avaient été éteints en 1990.
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Peut-être est-ce l’étincelle qui viendra raviver la flamme du 7e art camerounais frappé depuis quelque temps de la fermeture de toutes les salles de cinéma du pays. Certainement cette étincelle jaillira de la ville lumière Edéa. De fait, le cinéma Ration de la ville pourra, dans les prochains mois, rouvrir ses portes, 19 ans après avoir mis la clé sous le paillasson.
Dans un entretien accordé au Jour, les responsables du cinéma Ration, Roch Leuwat et Gillette Leuwat, ont indiqué que la présence déjà du bâtiment était un atout majeur. Restait plus que l’aménagement de la salle avec ses 800 chaises, ainsi que la révision des équipements tels que les deux appareils de projection, l’écran géant, les haut-parleurs ou encore la climatisation.
C’est en 1972 que fut construit le cinéma Ration par Leuwat François-Xavier pour une enveloppe globale de 752 millions de Fcfa. Le promoteur qui avait commencé d’abord à s’investir dans le 7e art en 1954 par des projections sur petit écran, à partir de la bobine 16 mm décidait, au vu de l’engouement que suscitait le cinéma à Edéa, de franchir un autre palier, en dotant Edéa de l’un de ses symboles culturels les plus représentatifs. Mais, avec l’arrivée de la télévision au Cameroun au milieu des années 80 et la possibilité d’acquérir des vidéos et des Dvd à des prix de plus en plus bas, Leuwat François-Xavier décida d’arrêter l’exploitation du cinéma Ration en 1990. Depuis, le cinéma Ration accueille de façon sporadique quelques projections ponctuelles organisées par des particuliers qui sollicitent la salle pour leur propre compte. C’est ainsi qu’en 2008, le film à succès « Paris à tout prix » de la réalisatrice camerounaise Joséphine Ndagnou, dans sa tournée nationale, y a été projeté en quatre séances lors de l’étape d’Edéa.
Leuwat François-Xavier : «Le cinéma Ration me rapportait en moyenne 8 millions par mois entre 1972 et 1990 »
Aujourd’hui âgé de 83 ans, le fondateur de l’unique salle de cinéma d’Edéa évoque l’époque où le 7e art avait le vent en poupe au Cameroun. avaient été éteints en 1990.
Qu’est-ce qui vous motive à ouvrir une salle de cinéma à Edéa en 1972 ?
Je suis arrivé à Edéa en 1942 comme mécanicien de profession, mais j’ai été profondément épris par la chose culturelle et le cinéma en particulier. C’est pour cela qu’en 1954, je commence par des projections sur petit écran. Puis, en 1972, je suis passé à une étape supérieure en construisant le cinéma Ration. Ration parce que, pour tout payement que je percevais de mes diverses structures, je reversais tout de suite une quote-part aux employés qui l’appelaient ration. Voilà comment le nom est resté et tous mes établissements étaient baptisés « Ration ». La construction du cinéma m’avait coûté à l’époque 752 millions de Fcfa.
Quelle était l’attitude du public vis-à-vis du cinéma en 1972 à Edéa ?
Il y avait un réel enthousiasme du public. Le samedi, par exemple, je programmais quatre séances et toutes étaient pleines à saturation. 800 places assises et avec des personnes debout, on atteignait la barre des 1000 personnes. Les rangs s’étiraient jusqu’à la poste d’Edéa et des gens venaient des villes voisines comme Kribi ou Douala. Le record d’affluence était battu lorsque les films hindous étaient au programme. C’est quasiment tous les musulmans de Kribi qui effectuaient le déplacement. Et avec ça, les recettes mensuelles s’élevaient en moyenne à 8 millions de Fcfa. Avec des pics journaliers parfois de 900.000 Fcfa. C’est vous dire qu’à cette époque-là je ne pensais plus faire autre chose.
Pourquoi vous fermez le cinéma Ration ?
La fermeture du cinéma a été causée par l’arrivée de la télévision. Là, chacun pouvait regarder les films sur son petit écran et ce n’était plus la même affluence dans la salle de cinéma. Les particuliers chez qui je m’approvisionnais en films à raison de 7 films à 150.000 Fcfa avaient aussi cessé de vendre. Et le responsable du cinéma le Wouri, resté seul dans ce créneau, a augmenté les prix, de telle sorte qu’un seul film coûtait désormais 250.000 Fcfa. C’était devenu insupportable.
A ce jour où toutes les salles de cinéma au Cameroun sont fermées, que préconisez-vous comme solution pour la relance de ce secteur ?
Pour que le cinéma marche correctement, il faut d’abord un public. Et pour attirer le public dans les salles, on doit lui proposer quelque chose de différent par rapport à ce qu’il reçoit par la télévision, le câble et bien d’autres canaux, et je parle là des films occidentaux. Je pense que la solution est dans le film africain, le film camerounais. Parce que en ces films, le Camerounais se reconnaît et s’identifie. Voyez vous-même le succès de « Paris à tout prix » ; c’est une preuve concrète que le Camerounais n’a jamais cessé d’aimer le film africain, jamais cessé d’aimer le cinéma.
Propos recueillis par
Christian Nounkeu

