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Cinéma : Le public refuse d’adouber ses stars

Malgré le nombre de films qui n’arrête de croître, la  » starmania  » peine à s’installer dans les mœurs camerounaises. –

L’histoire a marqué les esprits. Lors de la sixième édition des Ecrans noirs du cinéma qui s’est tenue dans les villes de Yaoundé et Douala du 29 juin au 07 juillet 2002, on a frisé l’émeute à Douala. Et pour cause ! L’actrice nigériane Stéphanie Okereke qui avait été invitée à l’occasion de cette édition que le festival consacrait aux comédiens, a été reconnue par ses fans. Impossible de sortir de l’hôtel ! La jeune femme avait alors été prise d’assaut par des fans hystériques. Une réaction euphorique rare pour le public camerounais qui, le plus souvent, peine à reconnaître les "stars" des films locaux. Réaction d’autant plus surprenante que, à cette édition, une place de choix était réservée aux comédiens africains car, disait alors Patricia Mouné Mbedé la directrice de ce festival, "c’est souvent le réalisateur qui est mis en exergue. Le comédien, lui, reste souvent en retrait.

C’est pour cette raison que nous avons pensé mettre cette fois-ci le comédien en avant".
Depuis le temps, la "starisation" du comédien a-t-elle touché les artistes locaux ? Non. Et pour les acteurs du milieu du cinéma, les raisons sont diverses. A ce propos, Jean Michel Kasbarian, responsable du service de coopération et d’action culturelle à l’ambassade de France au Cameroun pense que : "pour qu’il y ait un phénomène de starisation, il faut que le film rapporte, car on peut alors former et payer les artistes. Joséphine Ndagnou par exemple a eu des financements parce qu’on la connaît à travers le petit écran." Il poursuit d’ailleurs : "Pour que cette starisation ait lieu, il faut pouvoir diffuser les films à partir de 40 à 50.000 copies. Si on parvient à mettre sur pied un système qui permet que l’on suive ceux-là qui méritent d’être vus, le reste suivra".

Amateurisme
Pour d’autres cependant, l’absence de starisation des comédiens camerounais est plus profonde étant donné que de manière globale, le cinéma souffre du manque de techniciens qualifiés. Autant on retrouve des projectionnistes mal formés ou seulement sur le tas, on fait face à l’absence de cameramen pour le 35 mm. Il en va de même pour les réalisateurs et autres scénaristes. Si ces derniers sont de mieux en mieux formés, il n’en est pas de même des comédiens qui, pour la plupart, sont des amateurs. Alors qui, localement, prendra la place d’un Eric Ebouaney, Maka Kotto, Félicité Wouassi ou Gérard Essomba qui sont internationalement reconnus ? Les noms sont rares, car bien que le public s’intéresse aux séries télévisées réalisées par des Camerounais, ils ont du mal à avoir de quoi se mettre sous la dent pour ce qui est du cinéma.

Le public se défend en arguant de ce que les comédiens camerounais n’ont pas des "attitudes de stars. Quand tu marches dans la rue avec quelqu’un tous les jours, vous prenez les mêmes taxis, il ne vous fait plus rêver. Nos comédiens ne nous font pas rêver. Les grands, nous les connaissons et les admirons mais les autres refusent eux-mêmes de s’élever, car je veux bien qu’il y ait des stars mais si ces stars sont mal fichues, le plus souvent c’est de la déception que j’éprouve quand on me présente quelqu’un que j’ai admiré dans un film et qui, dans la réalité, ne paie pas de mine", explique Jean Joël Alima, cinéphile.
Pour Jacques Bessala Manga, critique de cinéma et secrétaire général de l’association camerounaise des critiques de cinéma, "il y a deux façons d’être star: soit on joue dans beaucoup de films, soit on gagne beaucoup d’argent sur un tournage. Or, au Cameroun, il y a très peu de films produits et on ne peut pas avoir des stars avec le rythme de production actuel au Cameroun". Ceci alors que les cinéphiles camerounais ne demandent qu’à voir des films produits localement.

Le comédien Gérard Essomba qui reconnaît que les comédiens formés sont rares sur le continent s’en prend pour sa part aux réalisateurs : "la question qui se pose est celle de savoir s’il existe vraiment des comédiens aujourd’hui. Ceci alors que, quand on donne de l’argent aux réalisateurs pour faire des films avec des acteurs, ils mettent une petite part de côté, ils vont chercher un compatriote, un petit "deuxième bureau", une cousine, et font leur petit film tout en sachant que cela n’aura pas la même envergure." Lancé, il a de la peine à s’arrêter : "Ils ne veulent pas prendre des acteurs reconnus parce que soi-disant, nous coûtons cher. Mais ils oublient que c’est nous qui faisons vendre les films. Quand quelqu’un fait un film et propose 1000 Fcfa par jour à un comédien, je me demande bien ce qu’il a dans la tête".

Du coup, pour certains, le fait que le public ne puisse pas s’identifier à ses stars de cinéma pose un problème d’identité culturelle et d’image. Inès Mélanie Mbarga, étudiante à la faculté des arts, lettres et sciences humaines de l’université de Yaoundé I tente une analyse : "C’est à travers ces personnes que l’on peut véhiculer des messages pour être sûrs de toucher une certaine cible. Mais si on n’arrive pas à vendre vingt copies d’un film dans un pays, il y a problème et nous nous laisserons toujours influencer par les cultures étrangères. C’est dommage".

Dorine Ekwè

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