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Musique : Les artistes « jouent » la note des distributeurs

Après Manuel Wandji, Gaby Shunt et Ben Decca multiplient les initiatives pour réduire l’impact de la piraterie. –

L’étape des lamentations est passée. Pourtant elle aura durée un peu plus d’une décennie. Période pendant laquelle les artistes attiraient l’attention du Gouvernement et de l’ensemble des camerounais sur les conséquences qu’avaient la piraterie sur les créations de l’œuvre de l’esprit. Sur toute la chaîne de l’industrie musicale. Les sociétés des droits d’auteur, notamment la Cameroon Music corporation (Cmc), ont créé des brigades qui devaient traquer les vendeurs de supports musicaux piratés dans les principales villes du Cameroun. Il y’a eu des arrestations et la destruction des milliers des Compact disc (Cd). Au finish, des mesures qui n’ont pas eu un impact décisif puisqu’aujourd’hui devant les boulangeries, banques, débits de boissons, supermarchés, Eglises, Ministères, etc., on retrouve toujours ces jeunes garçons avec leurs sacs au dos et les bras surchargés des Cds piratés des artistes camerounais et étrangers. Les principaux distributeurs Mc pop music, Flash music, Musique store, Preya music ont jeté l’éponge. Ils ont concentré leurs activités uniquement à Douala, brisant ainsi la distribution nationale qui permettaient à chaque camerounais, quelque soit la ville dans laquelle il se trouve, de se procurer une cassette ou un Cd original. Il était plus que temps de changer de stratégie. L’aurore d’un changement réfléchi s’annonce avec Culture Mboa.

C’est d’abord Manuel Wandji, artiste connu sous le nom de "Wambo" avec Ruben Binam du groupe Macase, il y’a 3 ans qui lance le concept Culture Mboa. "La piraterie a fait et continue de faire très mal aux artistes qui produisent des œuvres dont ils ne tirent pas profit. Parfois avant que l’artiste ne mette son album sur le marché, les vendeurs de Cds piratés l’écoulent déjà. La problématique pour nous, à l’observation était la question du coût, pas de la qualité", explique Manuel Wandji. C’est ainsi que Wambo a monté un circuit de distribution qui devait "rendre disponible les Cds originaux uniquement des artistes camerounais au prix raisonnable de 3000Fcfa". Une initiative qui a été bien accueilli par les mélomanes pour qui "le rapport qualité-prix est correct. J’ai acheté des supports audio de Sam Mbedé et Richard Bona à 21.000Fcfa et 25.000Fcfa ou encore 30.000Fcfa pour les 3 évangiles de Petit pays. Le plus important pour nous, c’est d’avoir des points de vente où nous pouvons trouver des supports de qualité à temps. Sinon, nous sommes obligés de nous ravitailler dans la rue", confie Serge Ndema qui entretient jalousement une collection de près de 200 Cds dont le tiers retrace l’histoire musicale camerounaise des 20 dernières années. Mais Culture Mboa ne pouvait pas, seul, répondre à la demande des millions des camerounais obligés de consommer du "piraté" disponible au coin de la première rue.

Stratégies
La prise de conscience de leur capacité à trouver des solutions structurées pour lutter contre le fléau qu’est la piraterie a poussé certains artistes à emprunter le sillon creusé par Manuel Wandji. Le chanteur Gaby Shunt, par ailleurs directeur général des éditions Shunt Records vient de présenter aux médias le projet "Réseau de distribution de Shunt Records". Il s’agit d’après l’auteur de Let’s be one "de remplacer le marché informel de la distribution des œuvres musicales par un réseau de distribution formel sur toute l’étendue du territoire national." A côté de ceux qui ont une vision nationale, il y’a ceux qui pensent comme Ben Decca que " le marché de proximité est plus porteur pour développer une stratégie de vente efficace". L’artiste a effectivement depuis six mois ouvert un show room au rez-de-chaussée de son domicile à Deido. Les rayons achalandés avec les supports des artistes de l’ancienne et nouvelle génération de Bikutsi, Makossa, Magambeu, Bend sikin, etc.

Richard Bona et Charlotte Dipanda s’arrangent à ramener quelques Cds dans leurs bagages en vue de satisfaire les fans. Samy Diko, Nguéa Laroute, Hugo Nyamé ont décidé de prendre le taureau par les cornes. Ils sont descendus dans la rue, non pas pour la transformer en arène, mais pour déployer une force de vente avec pour objectif d’écouler leurs derniers albums au prix de 2.000Fcfa. Les jeunes filles et garçons étaient postés à la sortie des bureaux à Bonanjo et Akwa, les supermarchés, points de ramassage de taxis et bars. La technique a payé. Après quelques heures d’opération, les sacs se vidaient de leur contenu et les clients repartaient heureux d’avoir fait une bonne affaire en achetant l’original, avec toutes les chansons, l’orthographe exacte des titres et une pochette propre à 2000Fcfa.

Au-delà de ces initiatives qui sont un signal fort d’une dynamique conscience de résolution du problème piraterie des œuvres musicales se dressent cependant plusieurs difficultés. Au premier rang desquelles se trouvent l’adhésion des principaux concernés que sont les artistes. "Nous avons commencé Culture Mboa avec Macase, Krotal, Henri Dikongué, Wambo. Nous avons pris des années pour convaincre les artistes de l’importance de ce combat. Ça n’a pas été facile mais après 3 ans, nous sommes heureux du chemin parcouru", livre Manuel Wandji, fier aujourd’hui d’avoir une vingtaine d’artistes camerounais à plusieurs sensibilités, parmi lequels Manu Dibango, André Marie Talla, Eboa Lotin, Lady Ponce, Ai-jo Mamadou, X-Maléya, etc.
Le second écueil est évidemment celui de la gestion, "parce qu’il faut en amont définir la politique de vente qui permet de dégager les bénéfices et amortir les charges. Je me suis entouré d’une équipe pour le faire, moi je suis un artiste", reconnaît Gaby Shunt.

La communication autour de ces différentes initiatives n’est pas organisée et conséquente, car jusqu’à présent très peu de personnes savent où se ravitaillent en supports originaux de musique. Les réseaux de distribution sont encore embryonnaires, car non soutenus par une volonté politique.
Toutefois, Culture Mboa a signé plusieurs partenariats avec les Centres culturels français de Douala et Yaoundé, les cabarets comme la Réserve à Yaoundé, les supermarchés Wrangler, Orca, Mahima, etc., pour donner de la visibilité à ces kiosques beiges. Et par ricochet aux artistes camerounais qui ont compris que la première bataille contre la piraterie se gagnera sur le prix, la visibilité et la disponibilité d’un produit de qualité.

Marion Obam

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