Wilfrid Etoundi : Poétique pour un retour au pays
Avec ce premier opus, il se positionne dans un champ butiné en leur temps par Cyrille Effala et Otou Marcellin. –
Il avait quitté le pays un peu en catimini. C’était en 2001. Huit ans déjà qu’il était parti avec pour prétexte d’accompagner Otou Marcellin qui se rendait alors au Marché des arts et des spectacles africains (Masa) à Abidjan. D’où il n’allait plus revenir, préférant poursuivre son chemin sur les sentiers de cette musique de réflexion et de recherche sur laquelle il travaillait alors. De Marcory à Yopougon, il fréquentera tous les lieux où cette musique s’exprime dans une capitale ivoirienne pas encore pris dans la tenaille de l’insécurité. Il y rencontre même quelque maître vénéré du jazz, emmagasinant au passage un savoir artistique qui allait lui servir plus loin. Car Abidjan, comme Yaoundé où il revient après les tristes événements de septembre 2002, ne fût qu’une étape. Il se met alors à la composition et songe à mettre sur le marché un album. Cela lui prendra cinq ans. Jusqu’à la création du label Takana Prod qui va accélérer la parturition d’un opus qui se consomme depuis avril dernier.
Un album de cinq titres qui dégage les exhalaisons d’une quête artistique qui semble avoir enfin trouvé sa voie. Un album où l’acoustique le dispute à ce solo magnifié par Messi Martin et Zanzibar en leur temps. Où se dressent aussi une basse insidieuse et un zeste de violon pour une harmonie de cordes tantôt chaloupée, tantôt langoureuse. Car l’album au final vogue sur ces deux tons. L’autre élément d’attrait est ce chant qui n’est pas sans rappeler le regretté Cyrille Effala auprès de qui Wilfrid Etoundi fit ses premières armes au milieu des années 90 après son passage au Collège Vogt où il s’était rodé au moyen des concerts scolaires. Une technique de chant finalement bien maîtrisée qui donne à l’ensemble une portée poétique comme on en trouve plus beaucoup sous nos cieux artistiquement plus austères. Mais le must c’est sans doute la deuxième plage dédiée à Yaoundé, le lieu même où l’homme aura bourlingué artistiquement, cet "escale obligé de (sa) mémoire balafre". Dans un concert de voix, le titre en contient trois, sourd comme une aude à une capitale chargé de symbole et dont le foisonnement culturel et populaire défie sans cesse ses bâtisseurs.
Un chant d’amour rythmé par un bikutsi qui rappelle celui de Vincent Nguini et que d’autres comme Aveline Ava nomme tendrement bikutsi jazz.
Mais il n’y a pas qu’ici que les rythmes du substrat culturel fang-béti se donnent en écoute. L’ensemble de l’album, ou presque, respire une symphonie bantoue propre à cette aire géographique qui embrasse nombre de pays de l’Afrique centrale. Et qui magnifiquement mis en exergue ici rappelle que ces rythmes n’ont aucune raison de continuer à flâner dans les ombres des mémoires de quelques conteurs ou dépositaires de ce courant qui pourrait attaquer la modernité sans sourciller. On a envie de remercier Wilfrid Etoundi pour tout cela. Même si la cinquième plage aurait gagné à être mieux harmonisé en sa fin. Un manque que le solo qu’il met en scène atténue au demeurant. Surtout que, réflexe de requin de cabaret, il n’a pas oublié de faire un live dans cette livraison promise de notre point de vue à un bel avenir. Un album qui questionne aussi le vide auquel les productions de la même espèce nous ont habitués depuis un bon moment.
Parfait Tabapsi

