Les artistes veulent faire renaître le bikutsi
Les artistes musiciens du bikutsi se mobilisent en ce moment pour faire revivre ce rythme. –
Village Eloum sur la route de Simbock dans le 3ème arrondissement de Yaoundé. Au 3ème étage d’un immeuble, les décibels s’échappent d’une chambre au point d’attirer l’attention de tous les passants. Le rire jovial, le regard excité, l’artiste Eboué Chaleur nous accueille en lançant : “ Cette année sera la nôtre. Nous sommes décidés à inonder le marché du Bikutsi. Ce sera du bikutsi de qualité. ” Dans l’appartement, les instruments de musique sont rangés soigneusement à proximité des appareils d’enregistrement et des disques compacts. Le maître des lieux a pour nom d’artiste Gibraltar Dracus. C’est lui qui a décidé de louer l’endroit pour accueillir le nouveau regroupement dénommé, le Bikutsi Band Association : “ Notre association a été créée voici quelques mois. Nous avons constaté que les artistes musiciens spécialisés dans le rythme bikutsi traversaient un moment de sécheresse artistique. Nous avons donc décidé de nous réunir pour travailler ensemble et faire renaître cette musique de la forêt ”, explique l’artiste.
Après avoir constitué le bureau de cette association dont il est le président, Gibraltar Dracus et ses compagnons ont commencé par un travail de base à savoir la définition et l’exploitation des sources musicales traditionnelles : “ Vous savez lorsqu’on parle de Bikutsi bol, le bikutsi Ekan Ewondo, le bikutsi Ekan éton, et le bikutsi Assiko. Pour nous, il était question de faire connaître à nos membres le rythme musical qu’ils utilisent, afin qu’ils prennent conscience des enjeux. ”
L’association a mis sur pied un nouveau groupe “ Les martiens d’Afrique.” C’est un regroupement de musiciens solidaires à l’instar des Black styles des années 80 sur le plan national et sur le plan international, les grands groupes musicaux à l’instar des Kassav, Extra Musica, Magic System…“ Notre spécificité est de laisser chacun garder sa personnalité artistique. C’est-à-dire, lorsque l’ensemble décide de faire un album, tout le reste vole à son secours en lui apportant un appui déterminant ”, explique Gibraltar Dracus.
La task force des “ Martiens d’Afrique ” est constituée de Ndjang le zappeur, Toundé, Appache, Bosh, Da’ak Janvier, Atebass, Cathy Chéze et Gibraltar Dracus. Ces derniers jours se sont ajoutés, les Eboué Chaleur, Bila By Fass, le guitariste Tino Boroza. L’album “ Résurrection ” dont ils ont presque achevé le Les enregistrements en studio, sort dans quelques semaines. A écouter la maquette on ne manque pas d’être saisi par le son aigu de la guitare solo de Tino Baroza, les improvisations du bassiste Atebass, la rythmique qu’apporte Gibraltar Dracus et Toundé, et les voix dynamiques de Cathy chéze et Da’ak Janvier. Dans le registre individuel, l’association Bikutsi band a déjà permis à plusieurs artistes d’entrer en studio, avec le soutien financier de la commission permanente de médiation et de contrôles des sociétés de gestion collective du droit d’auteurs et des droits voisins du droit d’auteur. Les mixages seront assurés par le studio Soh-Massoh, l’un des meilleurs de la place. “ En fait chacun apporte une prémaquette. Nous l’écoutons et nous la retravaillons ensemble. Lorsque le produit est acceptable, nous lançons les programmations ”, confie Gibraltar Dracus.


Sally Nyolo a les yeux de ceux qui ont trouvé sur leur chemin un trésor quand elle évoque chacun des artistes au menu de l’album, Studio Cameroon. Des graines de génie, comme elle dit. Pour ces musiciens ou orchestres camerounais, elle a troqué pour la première fois sa casquette d’auteur/compositeur/interprète contre celle de productrice. Le résultat, une belle bouffée d’air frais, est à mille lieux des productions peu soignées qui sortent généralement sur le marché camerounais.
De la jeune Gisèle Mbo Anji, qu’elle a connue par l’intermédiaire d’un journaliste camerounais, elle dit qu’elle a "un talent fou. On dirait que, malgré son jeune âge, elle a toujours chanté. Elle est touchée par la grâce comme si elle avait eu dix vies. Quand je l’ai entendue chanter pour la première fois, j’ai eu la chair de poule et les larmes aux yeux", apprécie-t-elle. A Mama Andela, déjà présente sur son album solo Beti, elle associe le mot "arc-en-ciel". Quant à Roger Ngono Ayissi, découvert sur le grand marché Mokolo de Yaoundé, il est, estime-t-elle, l’un des meilleurs joueurs de mvet du pays. Tandis que les Bidjoï Sisters représentent la relève du bikutsi de demain, la musique de son Sud camerounais natal : "Avec elles, j’ai retrouvé le bikutsi traditionnel, celui qu’on chante au village. Elles sont capables de regarder une situation et de la chanter, sans avoir besoin d’écrire quoi que ce soit."