Paul Biya : Le “modeste” mais dépensier chef
Après un dynamisme inhabituel lors de sa récente visite en France, il y est retourné pour des vacances troubles et coûteuses. –
Son dynamisme était débordant lors de sa récente visite officielle dans ce pays où il vient de rééditer l’exploit, au point d’accorder modestement une interview à un "gratuit". Rien a priori ne doit mettre Anthony Torzec, journaliste en service à Radio Fidélité, sur le chemin de Paul Biya, président du Cameroun. D’autant que le second est un chef d’Etat dont la proximité est très mesurée avec les médias; lui qui s’ouvre rarement à eux. Lui dont de nombreux conseils en communication politique disent qu’il a du mépris pour les journalistes. Il vient en tout cas de le prouver une fois encore en accordant une interview à un "journaliste" du mensuel publicitaire gratuit La Baule+ Yannick Urrien, plus connu comme un homme des réseaux qu’un homme des médias.
Contrairement à Yannick Urrien, Anthony Torzec est un journaliste connu pour ses enquêtes conduites avec minutie aussi bien pour la radio qui l’emploie que pour Radio Vatican dont le rédacteur en chef, Romilda Ferauto, soutient qu’elle n’a eu aucune appréhension lorsqu’elle a reçu l’enquête de celui dont le travail à ses yeux ne souffre d’aucune contestation. Son chemin a cependant croisé le chef de l’Etat camerounais Paul Biya depuis au moins la récente visite pontificale au Cameroun de Benoît XVI. A l’occasion, le journaliste qui a séjourné à Yaoundé a appris beaucoup de ce pays.
Le temps de la visite officielle en France et le voilà reparti dans ce pays, sauf que le hasard faisant des choses, loin de Genève en Suisse où il passe d’ordinaire ses vacances, le président de la République choisit de se rendre à la Baule, loin dont du "lac Léman au pied des Alpes Maritimes dont il adore le climat".
Ici, Paul Biya traîne une délégation de 43 personnes et dépense, selon l’enquête que le journaliste rend publique, 27,6 millions de Fcfa par jour dans deux palaces luxueux : L’Hermitage et le Royal. Qualifié par le camp du pouvoir au Cameroun de "prostitué", Anthony Torzec qui ne focalise pas sur le pays ni même sur son chef, a fait un travail d’information et est passé à autre chose. Au même moment, le chef de l’Etat du Cameroun, comme le disent nombre de ses collaborateurs, s’est remis au travail avec les 43 membres de sa suite. Comme lors de son séjour officiel à Paris du 22 au 24 juillet 2009, il reçoit sans arrêt. Le président de la République si souvent avare en déclarations à la presse, a même réussi l’exploit de se livrer modestement et "gratuitement" au mensuel publicitaire et… gratuit, La Baule+.
A genoux
Ainsi est Paul Biya. Cet homme qui, comme Jacques Chirac, a du goût, du souffle et par dessus tout la veine d’avoir flirté avec les sommets de l’Etat que pour rien au monde il ne veut abandonner. En témoignent les motions de soutien de toutes les "sections" de sa formation politique, le Rdpc, à genoux depuis de nombreuses semaines pour implorer sa candidature à la prochaine présidentielle un peu comme ce fût le cas en 1992, 1997, 2004 et 2008 avec la modification de la Constitution. Toujours est-il que si l’on dit de l’ancien président de France qu’il a le profil pour résister à son âge et au poids de sa charge malgré le temps qui passe, il est en outre un officier de cavalerie sorti major de Saumure dont la robustesse tient aux "bras, épaules, carrure et constitution".
C’est sans doute à cette aune qu’il faut sans doute comprendre ses propos de notre ancien collaborateur Junior Binyam qui écrivait ici même le 13 février 2007, et toujours en rapport avec Paul Biya : "Certains prennent plus que jamais au sérieux sa boutade de juin 2004, quand, après que la rumeur l’eut donné pour mort, il avait déclaré à son retour au Cameroun, "je vous donne rendez-vous dans une vingtaine d’années". Il se trouve d’ailleurs des personnes dans la haute hiérarchie du Rdpc et au parlement pour soutenir qu’en 2011, s’il conserve la même forme physique, il faudra lui donner la possibilité de rempiler au moins pour un quinquennat, après une autre révision constitutionnelle qui ne sera, de toute façon, qu’une formalité de plus…”
De son côté, le président Biya, lui, est insaisissable. Ceux qui le fréquentent le disent en permanence au repos. C’est malheureusement derrière ce qui apparaît comme une nonchalance que se cache une férocité de lion notamment lorsque la délation laisse dire que vous vous êtes mépris à rêver de son pouvoir.
Né le 13 février 1933, si le programme politique qui se dessine, se réalise, Paul Biya pourrait anticiper la prochaine élection présidentielle au Cameroun prévue en 2011. Un son de cloche a déjà été entonné dans ce sens la semaine qui s’achève par certains de ses partisans qui lui en faisaient la supplique. Pour cela, il lui faut modifier une fois de plus la Constitution. Une démarche qui ne sera qu’une étape vers son projet de se maintenir au pouvoir le plus loin possible. Envers et contre le temps et les décrets, y compris divins. Qu’importe cependant si au terme du mandat en cours, Paul Biya aura 78 ans. Et 85 s’il y va au bout jusqu’en 2018. Et le chef de l’Etat aura toujours les mêmes "grandes ambitions". Celles jamais réalisées depuis 1982 !
Léger Ntiga

