Joseph Mbanga : Le producteur a tout à perdre
Propriétaire d’une maison de production, il appelle les pouvoirs publics à parer pareils phénomènes. –
Quel regard portez-vous sur ce phénomène de vol de copies d’albums?
C’est un phénomène très grave et inquiétant. Ça ne nous encourage pas, nous les producteurs car, qui voudraient mettre notre argent dans une entreprise vouée à l’échec? Tenez par exemple, dans le cas d’une personne comme Lady Ponce, le producteur la met en studio et on lui donne une copie pour la réécoute afin qu’elle fasse les derniers ajustements avant le lancement du produit. Elle rentre chez elle avec le produit et le laisse à la maison ou dans la voiture. Quelqu’un récupère la copie et la vend à des pirates qui s’empressent de mettre le produit sur le marché. Ce sont les choses qui peuvent arriver mais, c’est dommage. On a eu le même problème avec le dernier album d’Ama Pierrot qui, alors qu’il est encore en studio donne la maquette à un animateur de radio pour qu’il fasse des annonces et l’album se retrouve entre les mains d’un pirate. C’est terrible tant pour l’artiste que pour le producteur. Mais c’est une leçon pour tous car, le producteur a trop souvent été accusé d’être à l’origine des fuites d’albums chez les pirates.
Vous semblez jubiler…
Pas du tout. On ne peut pas jubiler de telles affaires qui n’encouragent personne. Ça demande tout simplement que chacun à son niveau soit un peu plus responsable. C’est aussi l’occasion d’interpeller les pouvoirs publics pour qu’ils aident les artistes à éradiquer ce mal. Si cela avait été fait depuis, on ne se serait pas retrouver dans une situation comme celle-là. Si oui, ça aurait été dans des proportions réduites. Comme je l’ai toujours dit, il faut protéger notre culture car, un pays impose sa force par le sport et la Culture.
Dans un cas pareil, qu’aurait dû faire le producteur?
J’aurais arrêté la production de l’album, le temps de retrouver un peu de sérénité entre mon artiste et moi. Car, dans une affaire comme celle-ci au Cameroun, il faut bien se le dire, ce n’est pas l’artiste qui est piraté, c’est le producteur. Ce dernier a déjà donné l’argent à l’artiste pour l’album. Donc, théoriquement, c’est le producteur qui a tout à perdre si des fuites surviennent car, l’artiste lui a déjà vendu le produit au producteur et va vivre ensuite de ses spectacles.
Vu sous cet angle, on peut penser que l’artiste se sentant lésé dans le contrat revende le produit aux pirates pour se faire un gain plus important…
Ce serait quand même osé. Un artiste ne peut pas vendre son œuvre chez un pirate. Ce sont des fautes d’inattention graves qui découlent sur ce que l’on a vu avec quelqu’un comme Lady Ponce et Ama Pierrot. Comme je le disais plus tôt, ce genre d’incident doit emmener les gens à être plus exigeants et attentifs pour éviter que cela ne se reproduise. Je vous prends un exemple simple, il y a quelques temps, j’écoutais les maquettes qui m’étaient déposées uniquement dans mon bureau car, je savais que personne n’y avait accès. Un jour j’ai eu la mauvaise idée de ramener une maquette à la maison et mes neveux l’ont prise pour la faire écouter, heureusement pas aux pirates, mais à leurs amis. Je n’imagine pas quelle aurait été la catastrophe si cette maquette était tombée entre les mains d’un pirate. C’est une leçon que j’ai retenue.
Propos recueillis par D.E.

