Théâtre : Une révolte signée Anita Kamga
Dans une adaptation mise en scène par Jacobin Yarro, la comédienne exorcise la domination masculine sur les femmes. –
Le chemin de la femme passe-t-il par l’homme ? La question ne paraît point saugrenue en ce siècle où les femmes continuent de subir les affres de l’homme qui ne veut point lâcher du lest dans sa domination du sexe dit faible comme on peut le constater dans la culture de nombre de peuples de la planète. Question qui constitue la trame du spectacle de Jacobin Yarro intitulé "Tant que durera l’homme" et porté par les ateliers du comité des créateurs d’art dramatique (Cocrad). Vendredi dernier, ce mono était au programme du centre culturel François Villon de Yaoundé. Un spectacle tiré du roman "D’eaux douces" de Fabienne Kanor. Spectacle qui mettait en exergue le ressentiment d’une jeune dame victime d’un amour déçu.
Amour de jeunesse qui n’a pas su s’ajuster au cours du temps puisqu’en bout de course, l’homme trouvera la mort, victime des balles sorties du revolver de sa dulcinée. Si le jeu d’Anita Kamga a semblé à la hauteur de ce spectacle d’une heure, il reste que le déroulé a donné lieu à quelques interrogations. Pas sur la pièce en elle-même, mais sur la qualité de l’éducation que devrait servir les parents à leurs enfants. Car Frida est une fille qui a grandi dans ces ménages où parler du sexe n’est pas courant et où les parents, surtout la mère, sont vigilants sur la tenue sexuelle de la progéniture. C’est ainsi que tout a été fait pour le tenir hors de portée de quelque Don Juan en mal de conquêtes. Pour son plus grand bien, croyaient alors les parents.
Victimes
Sauf que ce qui allait arriver arriva à travers cette rencontre avec Eric et dont les débuts se passèrent sans anicroches. Jusqu’à ce que ce dernier se transforme en "loup garou" de l’amour dévorant à n’en plus finir de nouvelles victimes ; au grand dam de sa dulcinée qui croyait avoir découvert le grand amour et qui se retrouve à passer des nuits entières en solitaire. Mais le coup de grâce surviendra le jour où le mari demandera à son épouse d’être témoin de l’une de ses parties de jambe en l’air. C’est alors que la femme réalisera que le temps est venu d’en finir, histoire d’exorciser ses propres souffrances liées à son abandon. Une décision qu’elle regrettera après acte et qui la poussera à se suicider, non sans raconter son histoire au travers de flash backs heureux et bien maîtrisés.
Un plus de la mise en scène que la sonorisation a cependant dégradé du fait du mauvais mixage des extraits. Cela dit, il faut saluer la bonne utilisation des lumières ainsi que le travail de la jeune comédienne qui, sans être extraordinaire, a paru correct.
Toutes choses qui pourraient s’améliorer avec les prochaines prestations, celle de vendredi dernier n’étant que la première d’une tournée que l’on espère longue. Et qui permettra à Anita Kamga de raffiner son jeu pour trouver de meilleurs ressorts à même de capter d’avantage l’attention du spectateur. Surtout que la représentation s’échine à montrer que si l’homme peut mener la femme à travers toutes les stations crucifiantes de l’existence, il reste que renoncer à cette dernière c’est, pour la femme, s’infliger une blessure inguérissable. Car c’est à cette aune qu’il faut aussi mesurer le meurtre d’Eric ; un meurtre qui rentre dans une sorte de refus de ce que beaucoup continuent de mettre sur le compte du cours normal de la vie : la domination masculine.
Parfait Tabapsi

