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Mannequinat : Ombres et lumières d’un métier qui cherche ses marques

Alors que les jeunes se disent attirés par le strass et les paillettes, ce métier est loin d’être un chemin tranquille. –

C’est du 1er au 10 février 2010 que la ville de la Douala a accueilli la 6ème édition du festival Africollection. Festival que d’aucuns présentent comme étant le grand rendez-vous de la mode en Afrique centrale. Cette édition, comme les précédentes, a permis de se faire une idée de l’évolution de la mode en Afrique de façon générale, et dans la sous-région Afrique centrale en particulier. Ainsi, pour ce qui est des 12 stylistes camerounais, sur les 18 candidats de départ, la jeune Nakuin Kouidou a raflé le second prix du concours des jeunes stylistes du festival. Haby Dialo du Mali et Stella Atal d’Ouganda, ont respectivement remporté le premier et le troisième prix du festival.

Si de jeunes louves ont pu être révélées lors de cette édition, l’on a pu s’interroger sur le destin des mannequins du pays et leur statut. Bien qu’omniprésents sur les podiums, leur présence sur la scène reste cependant fugace. Parmi ces mannequins dont les ambitions sont affirmées, Joël Minoué, 29 ans, étudiant dans une école de commerce, parallèlement à ses activités professionnelles dans une société de recouvrement.
Mannequin depuis 2005, lorsque l’on lui parle du statut du métier qu’il exerce, c’est un sourire en coin qu’il ébauche. "Parler de statut renvoie à quelque chose de bien précis. Chez nous, ça ne renvoie à rien du tout justement. Lorsque les gens nous voient sur les plateaux, ils se disent que nous avons perdu nos vies. Les promoteurs des festivals et les stylistes nous proposent des sommes dérisoires pendant les défilés, c’est dire combien on nous prend au sérieux", lance-t-il

Formation
Ombédé Ndongo, enseignant à l’école supérieure de design et de mode de Yaoundé sis au quartier Nkolbisson, partage cet avis. Pour lui, l’ouverture d’unités de formation pour des mannequins pourrait contribuer à revaloriser leur potentiel. "On ne peut parler de mode dans un pays sans mannequins. Ça n’a pas de sens. La mode évolue parce qu’il existe des écoles de stylisme et de design. Si au sein de nos écoles on introduit des formations pour mannequins, ça leur donnerait beaucoup plus de poids", pense-t-il. Cette ouverture permettrait ainsi aux modèles de mieux négocier leurs contrats. "Le métier n’étant pas structuré. Nous recrutons les filles de façon épisodique, c’est-à-dire lorsqu’il y a des défilés au cours desquels nous devons présenter les travaux de nos élèves. Ainsi, les models sont payés de façon épisodique et à la prestation. Je ne peux avancer de chiffres mais je reconnais que ce n’est pas grand-chose".

Certains organisateurs de concours de top models dénoncent la négligence dont souffrent les agences de mannequinat. Pour Renel Kok, "une bonne agence ne forme que des mannequins, pour qu’ils soient prêts à d’éventuels castings des stylistes, des sociétés de pub qui sont nos clients. Sans eux, les mannequins n’ont pas de travail. Combien de stylistes organisent des défilés et proposent des cachets dignes de ce nom aux models? A l’exception des gens comme Blaz Design qui ont le souci de savoir qu’un mannequin a eu un cachet, ils ne courent pas les rues. De l’autre coté, les sociétés de la place prennent très souvent pour les besoins de publicité, des filles venant d’autres Pays d’Afrique ou d’Amérique, hors nous avons de belles filles talentueuses ici.", lance-t-il courroucé. Du coup, les filles et garçons qui ont décidé de faire carrière dans cet univers sont appelés à avoir une "tête bien faite et bien pleine".

Mannequins
Grégoire Piwelé, organisateur de l’Annual Show pense que le manque de côte des mannequins camerounais, tire son origine dans le fait que : "Au Cameroun, il y a beaucoup d’ingratitude. Pour les filles, je pense qu’elles n’ont pas compris ce qu’on attend d’un mannequin. Figurez-vous qu’on repère une fille, on investit des sommes énormes sur elle en se disant qu’on pourra la pousser le plus loin possible. Malheureusement, soit elle tombe amoureuse d’un homme qui lui interdit de nous fréquenter, soit elle tombe enceinte et tout est perdu". Un avis que Marina Alima conteste : "Avant d’émettre le moindre jugement, il faut savoir que le métier de mannequin au Cameroun est considéré comme un sous métier. Beaucoup l’assimilent à la prostitution, et considèrent les mannequins comme des filles faciles. Les promoteurs culturels et agences publicitaires exploitent notre image, et nous payent très mal. Ailleurs, en Afrique de l’Ouest par exemple, les mannequins sont mieux payés et bien traités. C’est ça la réalité chez nous".

Et alors que chacun s’évertue ostensiblement à taire les prix, Désiré Loumou, spécialiste du design, tente une explication. "Généralement, lorsque nous appelons les filles, les prix ne vont pas en deçà de 2000Fcfa. Mais le plus souvent, lorsque nous avons un défilé, nous préférons payer un forfait au designer qui nous les emmène. Le forfait comprend le prix de la prestation du designer et celui du passage des filles. Mais ce qui est clair, c’est que les forfaits ne sont pas souvent très élevés. Et lorsque l’on le dit, il faut intégrer le fait que les défilés ne courent pas les rues non plus. C’est important à prendre en compte". Tout en précisant que le meilleur mannequin n’est pas celui que l’on voit tous les jours sur les plateaux, Rénel Kok pense qu’un mannequin moyen devrait gagner 50.000Fcfa par défilé et le Top model 100 à 150.000Fcfa. Ce qui, pour plusieurs models reste très lointain.

Dorine Ekwè

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