Thomas Ngijol : Pari gagné
L’humoriste français d’origine camerounaise a réussi dimanche dernier, sa première représentation au pays de ses ancêtres. –
Beaucoup à Douala, semblaient avoir des appréhensions avant de l’avoir vu sur scène. "Va-t-il apporter l’humour frenchy en terre camerounaise? Thomas Ngijol va-t-il me faire rire à la Jean Michel Kankan ou à la Luis de Funès ?", s’interrogeaient certains à l’entrée de Douala Bercy. En fin de compte, tous en ont eu pour leurs côtes. Pour planter le décor de deux heures de spectacle, le présentateur Berty Bertrand annonce tour à tour, les comédiens Dutch Anthony et Coulibaly. Mission accomplie pour les deux éclaireurs. La température monte lorsque, plus tard, Thomas Ngijol fait son entrée sous fond de musique tonitruante. Du hip hop pour se mettre en condition. "C’est sûrement le côté des riches en face de moi, et celui des pauvres plus loin", ironise-t-il. Les "pauvres" en question l’acclament à tue-tête. Ils sont les plus nombreux et leur fou rire lui donne l’énergie suffisante pour poursuivre son show. Thomas ne se fait pas prier.Le ton est donné avec la lettre que son cousin Diakité lui a écrite.
Diakité, un nom à consonance sénégalaise. Thomas, as-tu du sang sénégalais ? Qu’importe. Sénégalais ou Camerounais, son cousin lui crie sa misère en terre africaine. Une misère à laquelle seul "Thomas Ngijol Jamel Comedy club Paris France" peut mettre fin. De quoi faire souffrir les amygdales de 1200 personnes. Le plat d’entrée est ainsi servi. Quant au plat de résistance, il est un savant mélange d’accent français et d’accent qu’on pourrait dire d’ici. De préparation et d’improvisation. En effet, Thomas se sert un peu du public pour le faire rire. Par exemple, il prend une série de poses comiques pour ce photographe, qui, au bas de l’estrade, le mitraille de flashes. Puis revient à ce qu’il disait plus tôt. Il parlait justement d’Al Qaïda, ce réseau terroriste qui, telle une "entreprise multinationale", a des succursales. Al Qaïda France, Angleterre, Afrique… revendiquent chacun, leur efficacité à coup d’attentats. On n’a pas le temps de digérer cette pique, que Thomas enchaîne avec un coup de gueule formulée à l’encontre des producteurs français.
"Pourquoi me propose-t-on toujours de jouer dans des films tels "Bintu l’excisé", "Diakité le marabout" ? J’aurais bien aimé jouer dans "Bienvenu chez les Ch’tis". Vous connaissez le film", demande-t-il au public. "Non, il n’y a pas de salle de cinéma ici" lui répond-on. "Sérieux? Il faudra que je passe un coup de fil à mon ami personnel, Popaul, pour arranger ça", répond-il à ses interlocuteurs pourtant pas très convaincus de son pouvoir d’intercession. On verra bien. Le président de la République sera peut-être moins sourd aux supplications d’un fils du pays qui a réussi là-bas, en France.
Le plat de sortie sera composé de quelques clichés de la vie en famille. Celle d’une famille d’immigrés en France. La famille Ngijol. Scènes de vie amusantes d’un père tout aussi drôle que ses quatre enfants. "L’expérience prouve que", cette dorénavant célèbre assertion de père Ngijol, a fait rire Douala. La dégustation fut bonne. Standing ovation au jeune homme sous les feux de la rampe. "J’ai joué sur plusieurs scènes du monde, mais je n’ai jamais eu autant de tract que de faire une représentation dans mon pays. Je suis très honoré de votre accueil", confie Thomas Ngijol devant des paires d’yeux conquises. L’humoriste n’a plus qu’à ajouter sur son curriculum vitae: Thomas Ngijol, prince du stand-up en France et… au Cameroun!
Monique Ngo Mayag

