Opération Epervier: Polycarpe Abah Abah plaide non coupable »
Le procès a démarré hier sur les chapeaux de roue, avec l’avalanche des exceptions soulevées par la défense et le refus par les prévenus… –
Il est un peu plus de 14 heures 30 minutes lorsque le juge Gilbert Schlick, président du tribunal de grande instance de Yaoundé, met un terme à l’audience criminelle ouverte hier mercredi, 04 mai 2010, sur l’affaire qui oppose près d’une dizaine de personnes actuellement écrouées à la maison d’arrêt de Kondengui (excepté Joseph Edou, l’ex-Dg du crédit foncier) contre le ministère public ; le crédit foncier et l’Etat du Cameroun, comme partie civile. Après près de quatre heures de débats sur des préliminaires, le juge Gilbert Schlick renvoie l’affaire au 1er juin prochain à l’effet d’entendre le ministère public faire ses observations sur les exceptions soulevées par les avocats de la défense. Notons que tous sont unanimes et contestent les irrégularités et les violations graves ayant plombé et infesté l’affaire depuis le démarrage des enquêtes et l’information judiciaire.
Il est 11 heures 35 minutes lorsque la cloche sonne pour annoncer le début des hostilités. Le collège des juges que préside Gilbert Schlick, le président du tribunal de grande instance (himself) fait son entrée dans la salle d’audience. On assiste au rituel habituel en pareilles circonstances : l’énoncé du rôle du jour par le greffier qui donne lecture de l’intitulé exact de l’affaire ; la vérification du quorum des accusés ; la constitution des nouveaux avocats et la communication des listes des témoins.
Absent à la dernière audience, le prévenu Etogo Mbezele Luc est bel et bien présent. Polycarpe Abah Abah, Evina Sylvie Chantal, Manga Pascal, Mehoulou Oyono épouse Mballa Thérèse, Edou Joseph, Meké Raphaël, Eloumba Thérèse, Etogo Mbezele Luc, Tenglep Joseph. « Tous les accusés sont là », lance le président du tribunal. Après avoir invité les accusés à prendre place dans le box, la parole est donnée au greffier audiencier pour notifier à chacun des prévenus, pris individuellement, la kyrielle des faits de coaction et de détournement qui lui est reprochée. Comme on pouvait s’y attendre, l’ex-Minefi Polycarpe Abah Abah est la superstar du « grand show ». Il est accusé de concert, par quelque moyen que ce soit, d’avoir obtenu ou retenu frauduleusement des biens mobiliers appartenant au crédit foncier de l’ordre de 4 milliards Fcfa et plus de 901 millions Fcfa en coaction avec Manga Pascal entre 1999 et 2004 ; 15 millions Fcfa avec Eloumba Thérèse entre 2001 et 2002 ; 156 millions Fcfa avec Evina Sylvie Chantal ; 1 milliard Fcfa et plus de 95 millions Fcfa avec Mehoulou Oyono, épouse Mballa Thérèse et 47 millions F Cfa avec Tenglep Tenglep Joseph.
« Mr le président du tribunal, je plaide non coupable », répond Polycarpe Abah Abah à l’adresse du juge. Accusé de coaction de détournement d’une somme de 15 millions Fcfa entre 1999 et 2000 avec Etogo Mbezele Luc, et d’une somme de plus de 311 330 Fcfa en coaction avec Meké Raphaël, Joseph Edou, l’ex-DG du crédit foncier plaide lui aussi « Non coupable ». Les autres prévenus en font de même.
Nullité de la procédure
Intervenant à tour de rôle, les avocats de la défense tentent chacun en ce qui le concerne, de soulever les exceptions qui selon eux, ont plombé l’affaire. Les avocats de Polycarpe Abah Abah, en premier, parlent de la somme des irrégularités et les violations des règles de l’ordre procédural. Ils parlent d’une arrestation humiliante et spectaculaire, l’illégalité de ladite arrestation, d’un procès vicié depuis l’enquête préliminaire, des violations des droits de la défense, de l’acharnement contre leur client. Tous nourrissent des inquiétudes et doutent de l’engagement du juge à faire « un procès propre et équitable ». Pour preuve, un des juges, pour asphyxier l’ex-MINEFI, a signé une décision faisant bloquer les comptes de tous les ascendants de Polycarpe Abah. Pour Me Jean Calvin Bilong, président du collectif des avocats de l’ex-MINEFI, le juge doit prononcer la nullité de l’enquête préliminaire, la nullité de l’ordonnance de renvoi signé par le juge d’instruction ; prononcer également la nullité de l’arrêt de renvoi de la chambre de contrôle ayant envoyé l’ex-MINEFI, répondre devant le TGI des délits de détournement et de coaction.
Prenant la parole après pour le compte de leurs clients réceptifs, l’avocat de Evina Sylvie Chantal et Joseph Edou parle d’un délit impossible ; celui de Etogo Mbezele Luc de l’impossible jonction des deux procédures. A le croire, son client à qui est reproché des faits de détournement en coaction avec Joseph Edou, se trouve comme un cheveu dans la soupe, s’agissant des « prétendus » délits pour lesquels, Polycarpe Abah Abah est poursuivi. La balle est désormais dans le camp du ministère public.
souley.onoholio

