Douala : L’indépendance du Cameroun en 50 visages
La galerie Keuko à expose les portraits des principaux protagonistes de l’histoire de notre pays. –
Richard Keuko, galeriste, dit avoir vécu une véritable frustration dans sa jeunesse. Celle d’ignorer l’histoire de son pays et de réciter tel un perroquet, celle des " autres ". A 52 ans, l’homme compte bien apporter sa pierre, afin d’éviter à la jeune génération de camerounais, l’amnésie de leur propre histoire. Son projet pédagogique tient en 50 portraits des personnalités ayant influencé le cours historique du Cameroun, entre 1950 et 1970. Tortionnaires et charismatiques sur une même enseigne. Des portraits matérialisés sous le pinceau de 4 jeunes artistes plasticiens triés sur le volet. Richard Keuko s’est ainsi offert les services de Kemplo, Ajarb, Bekoum Claude François, et Patrice Fokpu.
Sur les pans de mur de la galerie Keuko, à Akwa, le temps est aux souvenirs. Le contexte s’y prête. Le Cameroun se range dans l’ère de la célébration des cinquantenaires des indépendances.
Lors du vernissage des fresques hier lundi 10 mai, une centaine de visiteurs a répondu à l’appel du passé. Sous le pinceau d’Ajarb, Julienne Keutcha reprend vie. Du moins, dans l’esprit de ceux qui se remémore son entrée à l’Assemblée nationale du Cameroun en 1952, en tant que première femme. Unique femme de poigne au milieu de visages d’hommes. Parfois des hommes de fer. Sadou Daoudou, ancien ministre des forces armées, ne verrait pas d’inconvénient au terme. Et Jean Fochivé, Tanko Hassam, Samuel Kame, Pierre Messmer non plus.
Toutefois, l’histoire est radoucie par les contours du visage des héros nationalistes tels qu’Um Nyobe, Ernest Ouandie, Douala Manga Bell. Que retenir des traits calmes de Jean Ramadier ? Richard Keuko s’extasie presque en faisant un flash back sur l’épopée de Jean Ramadier au Cameroun. " Ce haut commissaire français n’a séjourné au Cameroun pendant 3 semaines. Mais c’est lui qui nous donne l’indépendance ".
Curieux tout de même. " Vous en doutez ? Il croyait en l’indépendance de notre pays et s’est de fait, rangé du côté des nationalistes ", explique M. Keuko. " C’est lui qui fait tomber le gouvernement d’André Mbida pour le remplacer avec celui d’Ahidjo dont l’ère augure l’indépendance du pays.
Lorsqu’il retourne en France, il est destitué par ses pairs ", rajoute le galeriste avec un sourire visiblement reconnaissant. L’histoire est faite de vainqueurs et de vaincus. De bons et de méchants. Aussi était-il essentiel pour Richard Keuko, de rassembler l’endroit et le revers de l’époque des revendications au Cameroun. Un devoir de mémoire à David et Goliath que la galeriste compte délocaliser dans les établissements scolaires du Cameroun. Le 29 mai prochain, l’école publique de Bonendalè bénéficiera de ce long et intéressant cours d’histoire. Pour l’heure, l’exposition suit son cours à la galerie Keuko, jusqu’au 04 juin.
Monique Ngo Mayag

