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Vos origines vous suivent – “Fuir l’Afrique, c’est se fuir soi-même”

Gaston-Paul Effa. Pour l’auteur de « Je la voulais lointaine », l’immigration est un refoulement de ses névroses. –

 

L’onomastique a-t-elle encore la même importance dans la société africaine contemporaine ?
Le nom n’est pas qu’une spécificité africaine. Depuis la Bible, Dieu commence par nommer et tous les humains font alliance avec le divin en nommant à leur tour les êtres et les choses. En Afrique, où la tradition a encore un sens aigu dans certaines tribus, on apprend que nous naissons du nom. Donner un nom, c’est infuser à notre âme une destinée. Il est une puissance qui s’empare de l’être et en tient les rênes, décide en grande partie du devenir de celui qui le porte. Dans certaines tribus, une juste connaissance du nom devrait permettre de savoir ce qu’il adviendra de la personne qu’il désigne tant au regard du salut éternel que du bonheur ou des épreuves dans le temps. On pourrait m’objecter qu’il s’agit d’une pensée fataliste. Elle est beaucoup moins abstruse qu’elle en a l’air. Il s’agit d’une réalité  infiniment mystérieuse qui place chacun dans le plateau de la balance des plaisirs et des peines, du bien et du mal. L’homme ne peut rien contre son nom.  
 
Les Africains fuient-ils tant que cela le continent ?
Il n’y a qu’à suivre l’actualité pour voir toutes les barques qui s’abîment en mer et ces charters qui, par dizaines, ramènent les immigrés refoulés au bercail. En fait, fuir l’Afrique ce n’est autre chose que se fuir soi-même. D’ailleurs,  les travaux de Tobie Nathan montrent combien les immigrés refoulent l’histoire de leur terre, terreau de leurs névroses. Et cela ne va pas sans tiraillements. Au sein d’une même culture, ces tiraillements existent déjà. L’ambition d’Obama est de réconcilier le noir et le blanc sur sa peau. De vivre simplement en homme.
 
Si Obama ne revient pas dans son village, que pourrait-il lui arriver ?
Cela aurait pu mal finir pour Obama. Il avait commencé à être graphomane, il aurait pu finir en dépression ou même interné. L’absence de la terre a fait battre le cœur de l’Afrique en lui et son exil est en fait un retour au pays natal, une réconciliation avec lui-même. Tout départ n’a de sens que s’il est déjà un retour. Ce n’est pas le privilège des Africains de rester attaché à l’endroit d’où ils viennent, mais le fait de tout être humain et de tout être vivant. Eprouver ses racines est la chance de pouvoir vivre librement sous d’autres lieux. 
 
Il y a toujours un peu de vous dans bien de vos romans. C’est toujours un personnage en quête de quelque chose et pourtant il semble bien que vous êtes un homme qui, de par la sérénité qu’il montre, a répondu à bien des questions… 
Tout roman est roman d’apprentissage, comme nous l’a montré Flaubert. Tout roman pourrait s’intituler « Comment je vois le monde », du titre de l’ouvrage d’Einstein. Nos personnages nous ressemblent sans être vraiment nous et c’est bien la saveur du livre que de nous le livrer.
 
Propos recueillis par S. T.

 

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