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Vos origines vous suivent

Roman. « Je la voulais lointaine », le dernier livre de Gaston-Paul Effa, explore une autre facette du choc culturel entre Europe et Afrique. –

 

Tout va bien pour Obama jusqu’au jour où : « Un cauchemar me réveilla… Mon crime, c’était d’avoir renié mes origines ou d’avoir cru – c’est la même chose – les avoir reniées. 
D’avoir cédé à la vieille fascination pour l’Europe, comme ces exilés qui se souviennent et que la réalité de leur terre ne cessera de hanter. » Le tournant dans « Je la voulais lointaine », le tout nouveau roman de Gaston-Paul Effa, écrit avec la poésie habituelle et le même souci d’une langue française orthodoxe. Obama, comme de nombreux autres jeunes Africains, s’en va poursuivre des études en Europe, à Strasbourg, précisément. D’ailleurs, dit-il « l’Afrique était derrière moi, je la voulais lointaine ». Il finit enseignant et écrivain, vit avec une femme blanche et s’intègre parfaitement à son nouvel environnement. Seulement, bien des choses le rattachent à sa terre natale. 
 
Dans l’enfance, Obama a reçu de Elé, son grand-père guérisseur, un colis spécial, quelque temps avant la mort de ce dernier. « Je t’annonce que tu es officiellement propriétaire de ce sac… Ce sac te fera passer les barrages sans problème. Tu ne révéleras ce secret à personne, sous peine de le voir disparaître. » Le sac, Obama l’enfouit dans le sol, quelque part en brousse, avant, plus tard, de fuir pour ainsi dire le village. Mais, le sac était accompagné d’une mise en garde de Elé : « La vie est un chemin de souffrance ». Obama entame dès lors un long parcours d’apprentissage qui finit par le ramener à la case départ. Il doit au demeurant être digne du nom qu’il porte, Obama, l’aigle, parce que « être digne de son nom est le souci majeur de l’existence, au point qu’un homme, à toutes les étapes de sa croissance, a besoin de s’assurer qu’il peut, sans risquer de châtiment éternel, mourir, là, tout de suite, s’il porte mal son nom ».
 
Obama doit bien porter son nom. Il a cru fuir et se débarrasser du sac et de tout ce qu’il charrie. Erreur. Dans sa nouvelle vie, des indices et des signes viennent lui rappeler qu’il a des devoirs. Ça devient si pressant à un moment que Obama ne peut plus rien y faire. « La vie en France m’était apparue impossible, je pris la décision de retourner en Afrique, de me réconcilier avec les morts ». Une telle décision ne surprend pas chez Obama et chez les héros de Gaston-Paul Effa en général. Toujours déchirés entre deux mondes ou entre deux cultures, thématique favorite de l’auteur de « Nous, enfants de la tradition », qui puise allègrement dans son expérience personnelle pour nourrir son œuvre. D’un côté, la rationalité et le matérialisme, et de l’autre, une autre forme de spiritualité où l’irrationnel et la mystique occupent une place importante. Ce qui rappelle la quête de «L’enfant noir » de Camara Laye. 
 
Stéphane Tchakam
 
Gaston-Paul Effa
Je la voulais lointaine
Paris, Actes Sud
Février 2012
134 pages
 

 

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