Les quatre yeux d’un plasticien
Armand Mekoa ne voit pas les objets comme le commun des mortels. Il expose à Douala depuis quelques jours.
Ça a démarré jeudi de la semaine dernière à Doual’art. Le vernissage de « Hors champs », l’exposition de Armand Mekoa, s’est passée en toute simplicité le 18 octobre. Ce qui n’a pas empêché les amateurs d’être surpris par ce qu’ils ont vu et de se poser une question au moins. Faut-il avoir l’imagination débridée ou l’esprit mal tourné pour voir un phallus à la place d’une banale canalisation ? Ben, c’est l’une des choses que Armand Mekoa montre à travers ses photomontages. Mais rendons lui grâce, il n’y a pas que ça. Il y a aussi ses têtes de bouches à incendie que l’artiste plasticien imagine en totem. L’on comprend au moins pourquoi ce travail s’appelle « Hors champs ». Peut-être parce que certains des objets représentés sont sortis de leur contexte ordinaire, de leur fonctionnalité habituelle afin de passer pour autre chose. Osé, dirait-on. Peut-être bien aussi, mais Armand Mekoa croit savoir que tout est « question de savoir lire certains codes. Qu’est-ce qu’un totem ? Qu’est-ce qu’une bouche à incendie ? » Dans certains pays, on voit des gens considérer qu’une bouche à incendie près de leur maison les protège et se plaindre qu’il n’y en ait pas. Exactement comme dans d’autres contrées, un morceau de bois, une statue en l’occurrence, pour ne pas aller plus loin, sert de totem à bien d’autres gens. La lecture est différente mais chaque objet, dans son contexte, sert à la même chose. Et pour le phallus ? En véritable plasticien épris de « transversalité », Armand Mekoa a donc opté pour le photomontage. Pour lui, il s’agit de repousser les limites de l’art du point de vue scientifique, philosophique, technique, religieux ». A côté du photomontage donc, « Hors champs », c’est aussi de la vidéo et de la sculpture avec quand même une pointe de dépouillement parce que le bonhomme est porté sur l’art minimal. Jusqu’au 17 novembre 2007.
Stéphane TCHAKAM

