Aes-Sonel : Grève programmée le 18 décembre
Un syndicat dénonce des pratiques anti-sociales et de sorcellerie auxquelles la direction ne peut répondre.
Jean Baptiste Ketchateng
Les membres du bureau exécutif national du Syndicat national de l’énergie électrique (Snee) viennent de rédiger une pétition pour prévenir leur employeur, Aes-Sonel, d’une grève qui débuterait le mardi 18 décembre prochain dès 6 heures du matin.
Le document signé à Yaoundé par le secrétaire général de la Confédération syndicale des travailleurs du Cameroun (Cstc), Jean Marie Zambo Amougou, hier dimanche 09 décembre, ouvre cependant une porte de sortie puisque les travailleurs d’Aes-Sonel ne se mettront en grève que si le " dialogue social " n’a pas commencé au soir du 17 décembre. D’après les travailleurs mécontents en effet, c’est la situation sociale chez le fournisseur d’électricité qui justifie cette annonce de débrayage.
De janvier 2006 à septembre 2007, à cinq reprises, estiment les syndicalistes, " la représentation des travailleurs a épuisé en vain, son énergie et son argumentaire pour convaincre l’employeur de revenir à la table " de discussion. Pourtant, notent-ils, les sujets de débat ne manquent pas.
L’entreprise ne disposerait pas par exemple d’un règlement intérieur. De fait, souligne la " déclaration de Yaoundé ", nom de baptême du préavis de grève, cette carence rend illégaux " les actes disciplinaires de l’employeur, occasionne et nourrit des conflits de personnes, envoie des responsables en prison, du fait de l’incurie de la direction des ressources humaines. "
La discrimination salariale sur la " base de concussion raciale ou sectaire, et l’octroi clandestin de salaires à certains privilégiés " sans considération pour la convention d’entreprise occasionnerait par exemple une dénivellation " vertigineuse " entre les salariés de Aes-Sonel où les rémunérations mensuelles varieraient entre 150.000 à 7,8 millions Fcfa.
Sourde
A cela, il faut ajouter " la concurrence déloyale et impitoyable imposée aux travailleurs " par l’employeur qui ne s’est pas gêné, disent-ils, pour recruter " une main d’œuvre surabondante non qualifiée au statut précaire " qui dilue " l’expertise des agents " et ternit leur image ; alors même que des "groupes entiers de compétences, pourtant chèrement formées " végètent dans l’oisiveté.
La liste des griefs que pose le Snee est allongée par le refus de rétrocession au personnel des 5% du capital social qui lui revient, les paiements discriminatoires de frais, le mauvais fonctionnement de la couverture médicale, l’absence de moyens de travail et…des pratiques récurrentes de sorcellerie.
Nombre de syndicalistes témoignent en effet de l’interpellation d’un " groupe de sorciers " au barrage de Song-Loulou, à bord de voitures de l’entreprise pleine de boeufs à sacrifier, dans la soirée du mardi 20 novembre dernier.
Pourtant, la direction d’Aes-Sonel ne semble pas informée de l’agitation sociale qui règne dans ses établissements. Joint au téléphone, Alexandre Siewe, le directeur de la communication de la compagnie d’électricité, n’a pas pu répondre à nos questions qu’il a renvoyées à un des cadres de cette direction. "C’est vous qui m’en informez ", a expliqué ce dernier, en soulignant qu’il n’était pas officiellement capable de répondre à la question de savoir si la direction d’Aes-Sonel fait effectivement la sourde oreille devant un syndicat qui rassemble 119 délégués du personnel sur 196.

