Une opération du Mincult baptisée « Vacances en langues nationales », vise l’assimilation de l’alphabet phonétique africain.
Lionelle Jana Tchokwansi (Stagiaire) –
Plus que jamais, les langues maternelles se fraient une importante voie dans l’éducation au Cameroun. Après les initiatives privées du Foyer bandjoun et de la cathédrale Notre Dame des Victoires à Yaoundé, où des cours de ghomala et d’ewondo sont enseignés pour la perpétuation des langues maternelles depuis le mois de juin, c’est désormais le tour du ministère de la Culture (Mincult), en partenariat avec l’Unesco, de mettre en place un projet similaire baptisé "Vacances en langues nationales : J’apprends ma langue maternelle". Le projet vise, expliquent les organisateurs, la perpétuation des langues africaines et plus particulièrement celles du Cameroun.
Pendant un mois, les stagiaires vont donc apprendre cinq langues de différentes régions du Cameroun : le féefée, le duala, le fufuldé, l’ewondo, et le basaa. Dans le souci de faire perdurer les langues africaines en voix de disparition à travers les événements publics, le projet de l’Unesco et du Mincult se veut sensibilisateur de l’importance de la maîtrise des langues maternelles. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le 21 février de chaque année a été consacrée journée mondiale des langues maternelles. " Notre but est d’apprendre aux stagiaires l’alphabet phonétique de ces langues, qui est reconnu par les Universités africaines. Ainsi, chacun pourra lire sa langue maternelle et même celle des autres ", confie M. Ekongolo Thomas D’Aquin, instituteur.
Il faut dire que : " Grâce à cet alphabet, ils pourront lire n’importe quelle langue africaine, que ce soit le duala du Cameroun ou encore le bambara du Mali. Même si nous ne pouvons pas enseigner toute l’année faute de temps et surtout du programme scolaire annuel, nous voulons inculquer l’assimilation de la méthode d’apprentissage. Lorsqu’on sait déjà lire une langue, on est curieux de tout apprendre sur elle. La maîtrise de l’alphabet ne prend qu’une semaine", renchérit M. Bouolo Badonna Emmanuel, coordonnateur du projet. Bref, il est question ici de vulgariser les langues maternelles. Car " Nous ne voulons pas rejoindre les idées selon lesquelles il faut insérer les langues maternelles dans le programme scolaire, car à ce moment-là, l’assimilation devient plus difficile. Il faut d’abord ressusciter la valeur de nos langues ", ajoute M. Bouolo Badonna.
D’ailleurs, dans la même optique, le ministère de la Culture affirme que la tendance originelle doit reprendre sa place. L’enfant doit d’abord apprendre sa langue maternelle avant le français ou l’anglais. De plus, les langues maternelles sont, on ne le dira jamais assez, le fondement même de la culture qui identifie un pays d’un autre. D’où l’importance de leur accorder une place importante, à défaut de les voir disparaître. Ne dit-on pas qu’"un pays dépourvu de culture est un pays en voix de disparition" ? Dans le fond cependant, les linguistes s’accordent à reconnaître que les langues camerounaises ont un problème de intonation. Le même mot peut ainsi avoir plusieurs significations, selon le ton usité. En féefée, par exemple, le mot "Pa" (rouge) a plusieurs significations et sa compréhension dépend de la prononciation qu’on lui donne. " Nous allons ainsi leur montrer l’importance d’une bonne prononciation accompagnée de signes", déclare une fois de plus M. Ekonglo.
Diversité
S’il existe officiellement plus de 200 langues locales au Cameroun, les organisateurs de l’opération "Vacances en langues maternelles" estiment que celles choisies représentent chacune une régions du pays. " C’est ainsi que le duala est parlé dans tout le Littoral, le féefée à l’Ouest ou encore l’ewondo au centre, à l’Est et le Sud. Ce sont des langues à partir desquelles les apprenants doivent assimiler des choses qui vont leur permettre de mieux parler ", déclare M. Bouolo Badonna.
Le projet espère par ailleurs, au-delà de l’assimilation par les enfants de leur langue maternelle, celle des autres régions du Cameroun. Le cas de Bidias Moudio, qui apprend l’ewondo alors qu’il est originaire de bafia, en est une parfaite illustration. "Il est intéressant de pouvoir parler plusieurs langues. Il y a quelques années, je me suis retrouvé au Sud du pays, où j’ai eu des difficultés d’intégration parce que je ne savais pas parler bulu. Je me suis donc juré qu’à chaque fois que l’occasion va se présenter, je vais apprendre une langue. Nous sommes dans un pays dont la diversité linguistique est très riche. Autant à en profiter…", confie le jeune garçon.
Une bonne nouvelle heureusement : le projet "Vacances en langues maternelles" ne se limite pas à cette année seulement. L’Unesco et le ministère de la Culture ont en effet pour objectif commun de le perpétrer au cours des années prochaines. "Nous voulons former des chercheurs, qui vont à leur tour enseigner, même si c’est dans d’autres villes. Tant que les langues maternelles existeront, le projet aussi vivra", affirme M. Bouolo Badonna. A terme, le projet ambitionne d’ailleurs de faire intégrer les langues maternelles du Cameroun dans les cultures du monde entier. Comme c’est le cas pour certaines langues de l’Afrique de l’Est, qu ont longtemps traversé les frontières de cette sous-région. "Nous pourrons également participer à un séminaire mondial de langues maternelles, qui aura lieu prochainement", déclare M. Ekongolo.
Les premiers cours de langues de Yaoundé, qui ont débuté le 30 juillet dernier, se feront jusqu’au 24 août 2007 à l’Ecole départementale de Yaoundé. Ils se déroulent entre 11h et 14h 30mn tous les jours ouvrables. La cérémonie officielle de lancement du projet, elle, est prévue ce jeudi, 02 août au Musée national, en présence des responsables locaux de l’Unesco et du ministre d’Etat en charge de la Culture, Ferdinand Léopold Oyono.