Peinture : Des déesses égyptiennes débarquent à Douala

Grâce à une exposition du peintre Khaled Hafez, qui allie à la fois toiles, murs et vidéo.
Marion Obam –


Depuis le 19juin 2006, entrer à l’Espace Doual’art de Bonanjo, qui abrite l’exposition North-East to South-West de l’Egyptien Khaled Hafez, revient à pénétrer dans un monde où la réalité et le divin se confondent. Le médiateur qui traduit le langage visuel et la réalité sociale, à travers son pinceau c’est l’artiste. La peinture, l’installation et la vidéo sont au service de l’humour décalé et de l’érudition raffinée de Khaled Hafez. L’exposition est divisée en trois parties, deux sont des installations de vidéo et la troisième partie est visible dans la salle principale qui a été transformée en un lieu d’expression singulière.

Habitué à voir des expositions sur toiles, une agréable surprise attend le visiteur. Khaled Hafez a exploité les 2/3 du mur de la salle pour peindre, dessiner, coller et suggérer. "Il faut oser, apprendre à sortir l’art des lieux classiques d’exposition pour l’installer au milieu de la population où elle est susceptible de toucher beaucoup de personnes", explique le peintre. Un travail qui laisse clairement apparaître des déesses égyptiennes métamorphosées en figures actuelles, modernes ou tirées des œuvres de Marvell. La peinture de Khaled Hafez établit un parallélisme entre Anubis (Dieu égyptien protecteur des cimetières, qui défendait les corps contre le mal) et Batman. Sur le mur, la déesse Bastet (domestication) porte un masque de chat comme Catwoman. Le même espace, une femme en sous-vêtement, le tronc démesurément rallongé, s’interpose entre le ciel et la terre. Elle est la représentation de Nute, la déesse égyptienne de la nuit, censée protéger la terre.

Cette association des icônes du consumérisme américain et celle de la religion pharaonique n’est pas un hasard. Cette juxtaposition du sacré et du profane constitue une critique du matérialisme occidental et vise à casser les barrières entre le passé et le présent. L’Occident et l’Afrique et à révéler que beaucoup de choses typées aujourd’hui de cette sphère sont parties de l’Afrique, ce combat du mal et du bien raconté par les Américains et européens, s’est inspirée des iconographies des dieux égyptiens d’il y a plus de 3000ans. A cette gigantesque fresque, Khaled Hafez a rajouté deux installations vidéos. La première présente trois clichés mobiles du même acteur habillé en treillis, en veste et djellaba, la tête enturbannée. Le pistolet, le marteau qui s’abat sur des clous et une hache qui coupe les têtes de trois poupées, sont les situations de ce mini-film.

Pour le peintre, "il est facile d’identifier quelqu’un à sa tête aujourd’hui. On devine ce qu’il a fait, fera à sa seule tenue. Ce qui n’est pas normal". Ce cri de détresse se trouve également dans la seconde projection qui montre trois arabes tellement affectés par la vie hollywoodienne : Pistolet, marijuana et alcool. Cette hybridité des œuvres pose la question de l’identité et de la différence culturelle. Ici, la spécificité culturelle n’est donc plus uniquement le fruit de l’appartenance à un territoire délimité. Pour sa première exposition solo en Afrique au sud du Sahara, Khaled Hafez a choisi le Cameroun, où il expose ses déesses, mais aussi son discours critique à propos de la violence, y compris dans les contenus, de la domination mondiale des médias occidentaux.

Source : http://www.quotidienmutations.net

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