Encore des espoirs pour les ménagères
Consommation :
La nouvelle défiscalisation des produits de première nécessité sera-t-elle plus efficiente que celle du 28 septembre 2006 ?
Eugène Dipanda
La situation devenait de plus en plus difficile à supporter. En un temps record, les prix de l’huile, du poisson, de la viande, du sel de cuisine et autres denrées alimentaires de grande consommation, sont passés du simple au double dans les marchés. Le panier de la ménagère en a pris un grand coup, au point où, lors de la récente crise sociale qu’a connue le Cameroun, la vie chère aura constitué l’un des principaux problèmes relevés dans le discours des manifestants. Depuis vendredi, 07 mars dernier, le président de la République a donc décidé d’"apporter des premières réponses à l’impatience qui se manifeste". Parmi les décisions qu’il a prises, on reparle de "la défiscalisation et l’importation des produits de première nécessité de grande consommation (riz, poisson, blé, farine, huiles de table)".
Concrètement, Paul Biya a annoncé "la suspension des droits de douane sur le blé importé ; ainsi que le relèvement du quota d’importation de l’huile de palme dans l’optique d’augmenter l’offre sur le marché local". En d’autres termes, et par effet d’entraînement, les prix des denrées concernées devraient, dans les jours qui viennent, être à la portée des couches sociales les moins nanties. La nouvelle ordonnance du chef de l’Etat va d’ailleurs plus loin, en intégrant "le ciment dont la pénurie est constatée depuis quelques mois sur le marché". La diminution du droit de douane sur le clinker importé par les Cimenteries du Cameroun (Cimencam), devrait en effet permettre à cette société de réduire ses charges et de mettre le ciment localement produit à la disposition des consommateurs en temps réels, et à des coûts relativement bas.
Le gouvernement s’engage, par ailleurs, à arrêter "des mesures appropriées pour accroître l’approvisionnement du marché local en denrées afin d’en améliorer la disponibilité". Ce qui, d’emblée, suppose la fin des pénuries sévères. Comment tout cela sera-t-il mis en musique afin de ne pas tomber dans les habituels travers liés à une absence de suivi ? En tout cas, Paul Biya a prescrit à ses ministres "la plus grande rigueur et la plus grande vigilance en vue de [l’] effectivité" de ses mesures. Exactement comme le chef de l’Etat l’avait déjà fait le 18 septembre 2006, lorsqu’une baisse substantielle des droits de douane doublée d’une exonération de la Taxe sur la valeur ajoutée (Tva) applicable sur certains produits de première nécessité et certains de leurs produits dérivés, avec "effet immédiat", avait été décidée au lendemain de l’atteinte par le Cameroun du point d’achèvement de l’initiative Ppte.
Application
Il s’agissait notamment du poisson congelé, du riz, du sel brut, de la farine de maïs et des tourteaux de maïs, dont le Tarif extérieur commun (Tec) était désormais fixé à seulement 5 % de leur valeur, au lieu de 20 % comme par le passé. Lesquels produits, hélas, ne connaîtront pas la baisse des tarifs escomptée par les pouvoirs publics. Et pour cause. Lors de ses nombreuses descentes sur le terrain en vue de faire appliquer par la force les prix homologués, le ministre du Commerce expliquait que "la résistance des prix" était due, entre autres raisons, à la multiplication d’intermédiaires dans la chaîne de commerce. Entre l’importateur qui profite de diverses exonérations, et le détaillant du quartier qui constitue l’ultime barrière avant le consommateur, les prix du poisson congelé, du riz et du sel brut n’ont véritablement pas bougé depuis lors.
A certains endroits d’ailleurs, ils ont semblés renchéris de quelques centimes, étant donné la course aux bénéfices animée par les multiples intermédiaires. "Après les lourds sacrifices consentis pour l’atteinte du point d’achèvement de l’initiative Ppte", tel que reconnu par le Secrétaire général de la présidence de la République, Laurent Esso, le supposé cadeau du chef de l’Etat n’a malheureusement pas produit d’effets. Les petites bourses ne peuvent toujours pas manger à leur faim. En sera-t-il autrement cette fois-ci ? Compte tenu du laxisme reconnu des pouvoirs publics, et de la mesquinerie qu’on prête aux commerçants, il est difficile, pour l’instant, d’y croire fermement.


Que vous inspire cette célébration organisée en l’honneur de vos cinquante ans de carrière par le chef de l’Etat?