Issa Hamza, le boxeur professionnel camerounais, a donc conservé vendredi dernier son titre de champion du monde des welters version Wbf, en battant aux points son challenger uruguayen Francisco Diaz, après 12 rounds.
Par Emmanuel Gustave Samnick –
Si certains ont été déçus par la pauvreté technique de ce combat, il faut dire c’est déjà une bonne nouvelle pour le sport camerounais, qui traverse depuis des années de zones de turbulences, que Yaoundé ait pu accueillir son tout premier championnat du monde de boxe et que notre compatriote ait conservé sa couronne mondiale acquise en juin 2007 à Calais en France. Et, toutes choses étant égales par ailleurs, on ne pouvait pas s’attendre à mieux sur le plan de l’intensité sportive, parce qu’il faut le dire, la World Boxing Federation (Wbf) dont Issa Hamza est le double champion des welters, n’est pas la plus grosse écurie de la boxe professionnelle internationale, loin s’en faut.
C’est même la fédération internationale de boxe la moins cotée, en réalité. La plus prestigieuse de toutes, et qui a du reste provoqué la naissance des autres, par schismes successifs, est la World Boxing Association (Wba), créée en 1962 par la transformation de la National Boxing Association américaine en une fédération internationale. Trois ans plus tard, une scission au sein de la Wba causée par le retrait du titre mondial à Mohamed Ali donne naissance au World Boxing Council (Wbc). Pendant les années 60 et 70, les titres de champions du monde sont décernés par ces deux fédérations internationales. Et puis, en 1983, Robert Lee, un ancien membre de Wbc crée l’International Boxing Federation (Ibf). Enfin, en 1989, la World Boxing Organisation (Wbo) naît d’une nouvelle scission au sein de la Wba , mais souffre encore d’un manque criard de crédibilité et est par exemple interdite en France. Il arrive parfois que les trois majors de la planète boxe (Wba, Wbc et Ibf) organisent un championnat du monde unifié. Toutes ces fédérations sont contrôlées par les Américains.
Dans cet univers de la boxe, qui fait exception dans la grande famille du sport international en s’accommodant de la présence de plusieurs fédérations internationales là où il n’y en a qu’une dans la plupart des disciplines, la World Boxing Federation (Wbf), la toute dernière née est également la moins prestigieuse du circuit professionnel, titre qu’elle a ravi à la Wbo. Et elle ne fait, apparemment, rien pour augmenter sa cote, puisque son site officiel (www.worldboxingfederation.org) affiche un slogan révélateur : we’re still building, qui veut dire "nous sommes encore en construction". Un site web dont la rubrique "Boxers Profile" ne présente que le seul Bashiru Ali du Nigeria, et dont le dernier combat prévu dans son calendrier des événements date de février 2007, et donc aucune trace du championnat du monde que vient de remporter Issa Hamza à Yaoundé. Ça ne fait pas très sérieux, tout ça !
Il reste néanmoins à relever deux apports positifs de cet événement organisé le 14 décembre 2007 au stade Ahmadou Ahidjo pour le sport camerounais. D’abord c’est l’une des rares fois où l’on voit une forte mobilisation, notamment des autorités politiques et administratives, en dehors des rencontres de football des Lions indomptables.
Par ailleurs, la Fédération camerounaise de boxe a hérité, à cette occasion, d’un ring de haut niveau offert par le président de la République. Le palais des sports de Warda arrive à point nommé, parce que l’on voyait mal comment cet outil moderne allait séjourner dans le miteux Camp de l’unité, cet ancien atelier de menuiserie transformé sans éclats en temple de la boxe à Yaoundé. C’est l’occasion d’insister à nouveau pour que notre sport ne soit pas en permanence géré à la petite semaine. Pourquoi toujours attendre les grandes occasions pour sortir les grands moyens, au lieu de préparer ces grands rendez-vous à l’avance, en appliquant tout simplement une vraie politique des "grandes ambitions" ? C’est cette politique là qui fait d’un pays comme l’Angola, où de jeunes handballeurs et basketteurs jouent sur du plancher depuis le lycée, aujourd’hui une nation incontournable sur la scène sportive internationale. Acquérir un beau ring à l’occasion d’un championnat du monde de boxe, c’est déjà bien. Mais il ne faudra pas attendre la prochaine occasion pour faire le prochain geste fort, parce que le monde des champions ne s’improvise pas et se construit plutôt méthodiquement pour accueillir plus tard ces grandes ceintures et couronnes mondiales que nous aimons tant célébrer.