Théâtre : A la recherche de la repentance
« Carré blanc », pièce jouée vendredi dernier à Yaoundé, raconte l’histoire de deux délinquants devenus moralisateurs.
Eric O. Lembembe (Stagiaire) – Un lourd bruit de ferraille envahit la salle. Deux jeunes hommes sortent d’une trappe et se dirigent immédiatement dans tous les sens de la pièce. Ils semblent être à la recherche de quelque chose qu’ils ont perdu. L’un d’eux se dirige vers la foule et s’exclame : "Ouf! L’enfer!". L’autre rétorque: "Nous y sommes".
Il s’agit de Wano et de Kobo, deux exilés qui, sortis de prison, rentrent dans leur pays natal à la recherche de leurs repères. Il s’agit surtout du début de la pièce qui s’est jouée vendredi 21 juillet dernier à l’espace culturel La Fabrik Laa’kam à Yaoundé. Une œuvre du Congolais Dieudonné Niangouna, mise en scène de la compagnie Acor.
La salle est muette. Wano, le pasteur rwandais, et Kobo, le poète, semblent avoir conquis l’auditoire. Ils jouent même dans la foule. Ils épiloguent sur le changement de lieu et s’en vont à travers le "pays" tout entier à la recherche de leur passé. Tout détail est susceptible de leur rappeler un brin de leur identité. Ils s’attellent à la retrouver, mais en vain.
"Que la honte civile soit maudite jusqu’au fond", s’exclame Wano. Le pasteur avait brûlé une école maternelle, incendié un marché, violé des jeunes filles, posé des bombes. Il avait fui son pays à cause de la guerre civile et, aujourd’hui, il est recherché pour génocide.
Versets
Dans leur recherche d’identité, Wano et Kobo se prennent même pour des gens qu’ils ne sont pas. Le poète récite des versets bibliques. Il s’interroge sur la place de Dieu dans cet univers insoutenable. Il devient Dieu et appelle les gens à vivre comme ils le désirent. "J’ai quitté mes parents parce que j’étais malappris. Et toi, qu’est ce que tu foutais en taule?" demande-t-il à Wano. Il allume une cigarette. Wano lui montre l’affiche "No Smoking" juste à coté de lui. Kobo arrache le papier et dit quelques mots en ewondo. Traduction : "Tu fumes, tu meurs. Tu ne fumes pas, tu meurs également". La foule éclate de rire et applaudit.
Les personnages joués par les deux acteurs se succèdent : pasteur rwandais, poète, réalisateur et comédien, hommes politiques. "Car, depuis les années 1960, les hommes politiques s’accrochent au pouvoir. Ils ne changent pas et ne veulent pas non plus céder la place." soutient Wano. Kobo suggère de leur passer "un carton rouge" pour sortir de la scène politique nationale ou alors leur jeter des "hernies" pour qu’ils meurent enfin. "Non, un carton rouge c’est trop, un carré blanc c’est mieux", rétorque Wano. Car c’est un lavage de cerveau qu’il leur faut pour tout oublier et sortir de l’aventure, explique-t-il.

