2007 s’est achevée sur une déclaration électrique, 2008 s’ouvre sur des répercutant échos de cette prise de position.
* Ceci est une transcription de l’interview diffusée hier soir sur la Crtv, Stv, Canal2 et Equinoxe Tv. – C’est le président Paul Biya qui le dit avec des mots qui ne laissent aucune place à l’ambiguïté et je le cite : " Notre économie continue de souffrir de la pénurie d’énergie et les foyers camerounais Connaissent de fréquentes coupures parfois prolongées. Ces dernières ont provoquées récemment l’exaspération de populations en divers endroits. Il importe donc que ce problème soit traité avec sérieux et que les solutions soient apportées dès que possible ".
Ces propos présidentiels nous ont amené à douala, à la rencontre de Monsieur Jean David Bile, Directeur Général d’Aes-Sonel. Deux confrères Junior Binyam de Mutations et David Nowou de la Nouvelle Expression vont conduire cet entretien avec moi.
AB : Je commencerais en vous demandant comment avez vous reçu les propos du Président de la République ? Comment Aes-Sonel considère ces propos ? C’est une véritable volée de bois vert !
Ce n’est pas tous les jours que le Président de République prend publiquement la parole pour donner son point vue et dire clairement ce qu’il attend des Camerounais. Forcement quand il la prend, nous l’écoutons avec beaucoup d’attention. Et nous partageons son point de vue sur ce qu’il a dit sur le secteur de l’électricité.
AB : Est-ce sans état d’âme? Vous ne vous dites pas, c’est nous qui sommes mis en cause ?
Je voudrais souligner auparavant que nous avons retenu deux principaux points dans ce qu’a dit le Chef de l’Etat sur le secteur de l’électricité : la nécessité de disposer d’une énergie suffisante en quantité et en qualité pour l’ensemble de l’économie, aussi bien pour l’industrie que pour les populations.
Ensuite, il appelle tous les acteurs économiques, en particulier tous ceux impliqués dans le secteur de l’électricité et de l’énergie à agir. Et là-dessus, il a été bien précis, "agir" c’est avoir des objectifs précis, c’est avoir des calendriers précis et veiller à réalisation de ceux-ci. Je pense que nous sommes un acteur important mais pas le seul acteur du secteur de l’électricité. Mais en même temps, nous disons qu’il faudra créer des conditions, pour que nous puissions avoir des objectifs précis qui soient réalisés dans les délais.
AB : je voudrais dire à votre suite, que ces problèmes dans le secteur d’électricité, on n’en parle pas que depuis hier et rien ne bouge, c’est étonnant !
Il faut savoir que c’est un secteur lourd où les investissements sont d’une intensité capitalistique très importante. Et changer un secteur de ce type confronté à des problèmes de vétusté, de retard dans la maintenance sur plusieurs années, cela demandera du temps pour que tout revienne à niveau.
AB : Vous nous inquiétez Monsieur le Directeur Général. Cela veut-il dire que la sortie du tunnel n’est pas pour demain ?
La sortie du tunnel, nous la voyons déjà parce que nous avons un programme d’investissements. Aujourd’hui, nous avons identifié les opérations qu’il faut mener d’urgence pour avoir un niveau acceptable, et nous estimons que cela nous prendra six mois. Nous y travaillerons, nous voyons des améliorations qui ne sont pas encore perçues par l’ensemble des populations. Malheureusement, des incidents malheureux comme ceux que nous avons vécus à Abong-Mbang ou à Kumba, sur lesquels nous allons revenir, ternissent et masquent ce qui est fait par ailleurs.
David Nouwou : vous dites que vous n’êtes pas seul acteur dans le secteur alors, est ce qu’on peut aujourd’hui établir les responsabilités?
Nous opérons sur une convention de concession. Cette convention ne donne pas le monopole des activités au secteur d’électricité à Aes-Sonel. Sur le premier segment qui est celui de la production, il nous a été imposé une limite en ce qui concerne la capacité installée qui est de 1000 MW. En février nous aurons atteint 956 MW. Nous allons continuer à agir, parce que notre rôle et notre statut est celui de partenaire stratégique du Gouvernement. C’est pour cela que nous avons pris des engagements supplémentaires comme la centrale de la Dibamba, qui devrait être mise en service vers la fin de cette année pour 88 MW, et la centrale de Kribi pour 150 MW, qui va nous placer au-delà de la limite qui nous a été imposée. Parce que l’objectif est de pouvoir attirer d’autres opérateurs et de pouvoir arriver à un certain niveau de concurrence. Ce qui est attendu de nous, en tant que concessionnaire d’une partie de la distribution, c’est que quand il y a un déficit prévisible, c’est que nous puissions dire à l’Etat et au régulateur qu’il y’aura tel besoin. Et normalement tel que le secteur était conçu, ces capacités supplémentaires devraient être installées à travers un appel à la concurrence.
AB : Je voudrais vous faire remarquer à la suite de la question de David qu’on n’est peut être pas dans un procès ici, mais il y a des responsabilités qui doivent être établies. Les Camerounais ont besoin de savoir pourquoi tout ce qu’on annonce comme projet prend du retard. Je voudrais prendre l’exemple de la centrale de Kribi dont on nous annonçait la mise en service ce mois de janvier. Manifestement, nous attendrons deux années supplémentaires…
La conclusion du contrat de gaz pour diverses raisons a pris du retard. Au mois d’avril 2007, quand il a été constaté que la centrale de Kribi ne pourra pas arriver en 2008 ou en 2009, parce que nous l’attendons maintenant en 2010, nous avons dû prendre d’urgence la décision de demander l’autorisation de construire la centrale de Dibamba (88 MW) pour pouvoir être à mesure de couvrir la demande au cours de l’année 2009. Elle est un peu plus grande que la centrale que nous avons construite à Limbé en 2004.
Nous pouvons dire aujourd’hui que nous mettrons cette centrale en service à la fin de l’année 2009. Nous avons trouvé des ressources financières pour la réaliser. C’est une bonne performance, d’avoir pu trouver l’argent entre avril et la fin de l’année. Nous avons emprunté 39 milliards de Francs Cfa auprès des banques locales. Un complément sera apporté par les actionnaires, c’est-à-dire l’Etat et Aes-Sonel qui portent à 55 milliards de Francs Cfa, l’argent qui est disponible pour la construction de cette centrale.
AB : Ca ne nous dit pas qui est responsable de ce retard inexplicable dans la construction de la centrale de Kribi. Qui est l’empêcheur de tourner en rond?
De manière précise, je vous ai dit qu’il nous faut un contrat de gaz, et pour l’avoir, il faut trouver un accord sur les prix, les volumes, les caractéristiques du gaz avec l’opérateur gazier. Et obtenir cet accord est assez difficile, parce qu’il s’agit de relation contractuelle…
AB : Est-ce qu’on vient de le découvrir?
On ne vient pas de le découvrir, mais cela a mis du temps, et nous allons commencer les négociations avec l’opérateur privé. Nous avons impliqué un opérateur étatique et espérons que dans les prochains jours, nous arriverons à un accord. Du côté d’Aes-Sonel, nous essayons d’obtenir le prix qui soit considéré comme le plus juste de manière à ce que le consommateur puisse payer le prix le plus juste.
AB : Donc je résume, on n’a pas de centrale par ce qu’on ne s’est pas montré suffisamment dynamique. Il y a des lourdeurs que vous évoquez mais il y a aussi l’imprévision.
Junior Binyam : Est-ce qu’on peut même avoir aujourd’hui une idée claire sur ce qu’est l’offre énergétique au Cameroun ?
Aujourd’hui la puissance installée est de 943 MW si l’eau est disponible. Parce que ces 943 MW comprennent des centrales hydrauliques dans le réseau du Sud (les centrales d’Edéa et de Songloulou qui totalisent une puissance de 720 MW). Et suivant que vous avez des débits suffisants ou non pour faire tourner les machines, vous pouvez avoir une puissance suffisante ou non. Quand nous sommes réduits à des débits inférieurs à 700M3/sec, la capacité de 720 MW peut être réduite à environ 400 MW.
JB : Hypothèse optimiste on a l’eau à volonté dans les barrages, pouvez vous faire face à la demande aujourd’hui ?
Si l’eau est disponible dans les barrages avec la capacité thermique dont nous disposons, nous passons. Maintenant s’il n’y a pas d’eau dans les barrages, nous entrons dans les suppositions.
DN : Est-ce à dire que les délestages reprendront de plus belles
Cette année nous avons des réservoirs qui sont beaucoup mieux remplis qu’au cours des années passées, et nous anticipons que nous allons couvrir la demande. Et de ce fait, les problèmes qui peuvent arriver seraient des problèmes sur le réseau.
AB : Est-ce que ça veut dire que du côté d’ Aes-Sonel on n’a rien à se reprocher ?
Nous faisons le mieux que nous pouvons pour tenir nos engagements. Et quand nous constatons qu’il y’a un glissement du côté du calendrier, nous cherchons la solution palliative. C’est pour ça que nous nous sommes engagés à réaliser la centrale de Dibamba, qui sera un investissement de l’ordre de 50 milliards de Francs Cfa que nous avons décidé après avril 2007. Nous pensons pouvoir commencer dès que nous aurons toutes les autorisations administratives nécessaires pour lancer les travaux.
DN : Quels sont les autres acteurs, qui n’ont pas respecté leurs engagements?
AB : Pouvez-vous nous dire au moins, à défaut de nous dire qui est responsable de ces retards inexplicables, quels sont les problèmes qu’Aes-Sonel rencontre dans la mise en œuvre de son propre programme ?
Je vous ai fait part des difficultés que nous avons éprouvées pour conclure le contrat de gaz. Ce que nous comprenons dans la mesure où vous avez des opérateurs qui se trouvent face à face et qui doivent arriver à une conclusion chacun défendant ses intérêts ou les intérêts de ses consommateurs. C’était là le principal problème de la centrale à gaz.
Il y a un opérateur qui a été choisi à travers un appel d’offres et dans la suite, compte tenu des difficultés, l’Etat s’est impliqué à travers l’entreprise d’Etat pour faire avancer ces négociations. Nous sommes dans la phase de finalisations et nous pensons que dans les prochains jours nous allons arriver à une conclusion sur le contrat de gaz.
AB : Je voudrais vous exposer ma propre réaction devant ce qu’on vient d’entendre du Président de la République et vous-même. Grosse inquiétude quand le Président de la République a parlé et puis vous arrivez comme pour apaiser ces inquiétudes. Est-ce que ça veut dire qu’il n’y a pas le feu dans le secteur de l’électricité ?
Je vous ai dit précédemment que je partage totalement le point de vue du Chef de l’Etat, parce que nous avons parlé jusque là du volet production dans lequel nous avons des responsabilités. Nous avons pris des engagements et ces engagements nous allons les respecter. Nous allons réaliser ces centrales et cela permettra au système d’avoir un répit jusqu’à l’horizon 2013 environ. Au-delà de cela, je vous ai rappelé ce que prévoit l’organisation du secteur et notre concession. C’est que les capacités additionnelles soient apportées à travers des appels d’offres et en associant d’autres opérateurs. Et nous ne pouvons participer uniquement que si nous sommes autorisés spécifiquement à le faire.
Il faudrait quand même relever que quand vous appelez des opérateurs privés dans un pays, un des grands problèmes qu’ils ont, c’est d’avoir la garantie que l’énergie qu’ils vont produire sera payée par quelqu’un. Maintenant il y a un autre projet qui a été évoqué, celui des barrages réservoirs, qui va permettre d’accroître la production de l’ensemble du système hydraulique actuellement installée sur la Sanaga. C’est un problème d’organisation sur lequel le gouvernement est entrain de travailler pour permettre que ce projet puisse arriver en service à l’horizon 2013. Mais vous voyez que dans ce cas nous ne sommes pas, en tant qu’AES-SONEL directement concerné.
DN : Est-ce qu’il faudrait que les camerounais comprennent que si demain ils n’ont pas d’électricité ils ne doivent pas seulement s’en prendre à Aes-Sonel, mais aussi à certains acteurs qu’ils ne connaissent pas ?
Il faut être précis, car je parlais du volet production. Maintenant il y a l’autre volet qui concerne le réseau. Les problèmes que nous avons eus à Abong-Mbang ou Kumba sont des problèmes de réseau. C’est un réseau qui est vétuste et sur lequel nous sommes victimes de vandalisme. Dans certains lieux nous avons des poteaux qui ont été implantés dans des marécages et qui pourrissent, nous avons toutes sortes de situations. C’est un problème réel et là, Aes-Sonel est directement interpellé. Encore qu’il faut clarifier aussi autre chose ; en ce qui concerne la concession, sur le réseau de distribution, ce qui a été concédé à AES-SONEL, c’est le réseau qui existait au moment de la privatisation plus ce qui était en cours de réalisation par Aes-Sonel et ce qui sera réalisé par Aes-Sonel dans ses programmes d’investissement.
Par exemple, une centaine de localités qui ne font pas partie de notre concession ont été électrifiées par diverses administrations sans respecter de normes. Mais nous avons été obligés d’y intervenir pour ramener le service. Nous avons un programme d’investissement en cours pour réhabiliter ce réseau. Celui-ci s’étale jusqu’en 2009-2010. Aujourd’hui nous avons défini dans ce programme, un volet qui doit être réalisé d’urgence pour rétablir le niveau minimum acceptable de qualité de service et cette partie urgente va être réalisée entre maintenant et la fin du mois de juin 2008.
JB : Vous m’excuserez de revenir sur la production. Avec 1000 mégawatt (MW) vous pouvez faire face à l’offre actuelle et même être en surproduction. Donc les investissements qui sont annoncés peuvent être des éléphants blancs si la croissance économique ne suit pas. Il n’y a donc peut être pas, à vous écouter, urgence à construire des barrages aujourd’hui ?
Non, il faut bien comprendre ce que je dis. Il y a cette capacité hydraulique qui est disponible, mais si vous regardez, la tendance des apports en eau à long terme est à la baisse. Le système hydraulique a des cycles, sur 10 ans vous pouvez avoir une succession de 3 ou 4 mauvaises années. Maintenant quand vous avez ces trois ou quatre mauvaises années, vous êtes dans les problèmes et le reste du temps on est en sécurité. Mais ces trois ou quatre mauvaises années peuvent vous coûter énormément en terme de croissance économique. Donc en général quand on planifie c’est pour pouvoir couvrir ces mauvaises années.
AB : Et c’est précisément l’une des questions qui se pose quand on voit comment est géré le problème de l’électricité. On a l’impression qu’on réagit au coup par coup. Quand un problème se pose, on invente une solution, est ce qu’il y a une politique cohérente sur le long terme du développement du secteur de l’électricité ? Est-ce qu’on peu développer un pays comme le Cameroun en replâtrant à gauche et à droite, en résolvant un petit problème par ci, est ce que c’est faisable, ça peut conduire à quelque chose de positif ?
Aujourd’hui nous sommes en situation de crise, ce qui fait qu’on est obligé à certains moments de colmater les brèches. Mais un système doit toujours avoir un minimum de réserve pour couvrir une ou deux années. Le problème aujourd’hui c’est que nous n’avons pas ces réserves, et je considère que le système aura acquis un certain niveau de stabilité quand il aura assez de réserve pour couvrir deux à trois années. Néanmoins, l’économie moderne continuera à croître.
DN : Tout à l’heure, Alain Belibi a parlé de replâtrage, on se rend compte qu’à chaque fois que les populations sont descendus dans la rue protester contre les interruptions de courant électrique, comme par miracle, le lendemain c’est rétabli. Comment explique t-on ça?
AB : Et ça pose d’ailleurs le problème de la gestion de ces incidents, je suppose que ceux qui étaient à Abong-Mang au moment où il n’y avait pas d’électricité, personne ne leur a dit ce qui se passait, ce qui accroissait leur exaspération et un jour ils sont descendus dans la rue, ils ont cassé et le lendemain, l’électricité est revenu.
Je pense qu’il y a une réponse claire à cette question, nous ne fabriquons pas le matériel au Cameroun. Celui que nous utilisons, en particulier quand il s’agit du matériel de production, est importé et ce matériel n’est pas stocké en attendant que quelqu’un vienne l’acheter. Or, nous avons 20.000 à 30.000 Km de réseau et nous sommes présents dans 2.800 localités. Cela veut dire que nous devons intervenir dans plusieurs localités parce qu’il faut avancer partout en même temps. Quand il y a une crise quelque part, nous concentrons les moyens pour résoudre ce problème sur lequel nous étions entrain de travailler. C’est pour cela qu’on a l’impression que nous réagissons quand il y a crise mais en réalité on travaillait dessus. Toutefois pour aller plus vite, nous concentrons les moyens pour trouver une solution.
AB : mais la situation est telle que le réalisme nous commande de nous attendre à d’autres Abong-Mbang et à d’autres Kumba demain
Nous avons un programme d’investissement de crise que nous avons identifié qui consiste à faire le renouvellement d’un certain nombre d’équipements sur six mois. Maintenant, j’espère qu’on pourra éviter ce genre de situation. Je ne peux pas vous dire qu’on est à 100% à l’abri de cette situation mais je peux vous dire que nous avons pris des dispositions de toutes natures. Il s’agit là du volet technique, des dispositions que nous avons prises pour améliorer la qualité de service. Des dispositions de type organisationnel pour rapprocher nos agents des lieux de consommation, nous allons dans les prochains jours restructurer nos régions pour leur donner une taille plus humaine, mieux gérable par les directeurs régionaux.
A ce titre, des délégués provinciaux vont suivre dans le détail le déroulement des opérations que nous avons programmées. Ils vont assurer la liaison avec les autorités administratives et s’assurer que les messages passent. Parce que dans certains cas, nous avons passé des messages qui ne sont pas arrivés à toutes les couches. Sur le plan technique, nous allons installer un centre d’appels qui va enregistrer les appels de nos clients pour que nous soyons informés des problèmes et enregistrer les délais dans lesquels nous allons résoudre ces problèmes.
Nous devons avoir une attitude plus commerciale. C’est une faiblesse chez nous. C’est un problème global de l’environnement camerounais. La moyenne d’âge chez nous est de 43 ans, ce n’est pas très facile de procéder au changement total des mentalités et des comportements, nous en sommes conscients. Donc, notre solution sera de suivre de plus près ce que nos agents font en mettant auprès d’eux des responsables de haut niveau qui devront suivre au jour le jour ce qui se fait.
Et il est un projet qui me tient énormément à cœur, c’est le développement des partenariats avec les populations. Parce que nous avons besoin d’elles pour surveiller nos ouvrages pour qu’ils ne soient pas victimes de vandalisme, pour nous informer quand il y a sur le réseau, quelque part des problèmes que nous ne connaissons pas.
DN : Vous insistez sur le partenariat avec les populations qui sont considérées comme faisant parti de votre clientèle, mais on s’est levé un matin et on a découvert qu’il y avait une prime fixe dans la facture d’électricité, on sait que logiquement c’est le fournisseur qui paye la prime au client, ce n’est pas l’inverse…
Oui parce qu’il y a là un problème de vocabulaire qui relève de la technique de l’économie de l’électricité. En fait on devrait appeler cela l’élément fixe du tarif de l’électricité. En instituant cette prime fixe qui est payée par kilowatt de puissance souscrite, nous voulions donner à une certaine catégorie de clients la possibilité de réduire leur facture en réduisant leur puissance souscrite. Visiblement c’est un message qui est mal passé pour diverses raisons. Cela na pas été accepté bien que la facturation moderne se fasse comme cela partout dans le monde. Nous avons pris sur nous de changer la structure du tarif pour ces abonnés professionnels et nous avons fait une proposition de modification sur la grille tarifaire. Dès qu’elle sera en place j’espère dès ce mois, ces abonnés professionnels basse tension (BT) n’auront plus à payer de prime fixe.
AB : Est ce que Aes-Sonel est préparée à fournir l’électricité dont aura besoin ALUCAM pour son extension ?
Les projets Alucam font appel à diverses sources d’énergie. Vous savez sans doute qu’Alucam envisage de construire une centrale hydro électrique, la centrale de Nachtigal pour ses propres besoins. Ce qu’il faut dire aussi, à partir de 2006, tout consommateur d’un mégawatt et plus est libre de choisir son fournisseur d’électricité. Celui-ci a un accès libre à nos réseaux moyennant le paiement d’un certain péage. Donc, Alucam va construire la centrale de Nachtigal et va utiliser nos réseaux pour fournir ses installations. Maintenant il y a un volet qui relève de nous qui est de lui fournir 200 MW. Le contrat d’aujourd’hui porte sur une puissance contractuelle de 165 MW qui en saison sèche est réduite à 145 MW. Et le contrat que nous sommes entrain de négocier avec eux porte sur la fourniture de 200 MW. Dans les programmes d’investissements que nous avons, nous avons intégré les 200MW d’Alucam qui seront couverts en termes de développement, par, dans un premier temps 50 MW, qui seront pris sur la centrale de Kribi et ultérieurement avec la construction du réservoir de Lom-Pangar par les productions supplémentaires que nous aurons sur nos centrales hydroélectriques du fait d’un débit plus élevé. Voila où nous en sommes, maintenant. Le contrat actuel avec Alucam expire en 2009.
AB : Pour être plus clair, est ce que AES-SONEL n’a pas le sentiment qu’il pénalise les petits consommateurs d’électricité en leur faisant payer le prix fort et en vendant en revanche à un franc symbolique à ALUCAM ?
Il faut déjà savoir qu’AES-SONEL n’est pas libre d’appliquer aux abonnés particuliers le tarif qu’il veut. Les tarifs sont régulés. Cependant, des considérations de politique industrielle, entrent en compte avec certains clients industriels. Le problème du prix de l’électricité à ALUCAM a été sur plusieurs décennies, passionnel. Car, quand on parle de recettes par rapport au volume de ce qui est acheté, on peut considérer que c’est déséquilibré. Toutefois, ce contrat est en cours de révision et j’espère que dans les prochains jours, on va y arriver. Notre souci en tant qu’opérateur de l’électricité étant de garantir au plus grand nombre le tarif le plus juste possible.
AB : Aujourd’hui la situation est difficile, les coupures sont longues et se prolongent comme le disait le Président de la République, qu’est ce que le Directeur Général de AES-SONEL dit à l’usager, au petit consommateur de l’électricité ce soir par rapport à ce qu’il endure ?
JB : Je voudrais ajouter, qu’on a constaté que AES-SONEL faisait preuve de beaucoup plus de célérité désormais dans le recouvrement et dans sa capacité à interrompre la fourniture de l’électricité aux consommateurs dès que la facture n’était pas réglée et qu’on est quand même en droit d’attendre la même célérité dans les interventions lorsqu’il y a des problèmes sur le réseau.
Je vous ai dit que nous avons pris des engagements d’investissements importants. Je pense qu’il est bon de rappeler que le volume d’investissements sur lequel nous nous engageons entre maintenant et 2010, s’élève à 500 milliards de francs CFA. Nous avons parlé de 170 milliards ou plus qui sont apportés par des bailleurs de fonds. Le reste du financement provient de nos ressources propres et pour les avoir, il faut facturer l’énergie utilisée. Malheureusement ce n’est pas toujours le cas. Dans une ville comme Yaoundé par exemple, la moitié de l’énergie en basse tension est volée. Il faudrait qu’on puisse la facturer…
Malheureusement cela se fait avec des complicités en interne. Nous sommes au Cameroun et avec des Camerounais, les agents de AES-SONEL sont des Camerounais avec des comportements de tous les Camerounais. Mais il est important de comprendre que nous avons des agents qui sont engagés, des agents qui travaillent plus de 15 heures par jour pour maintenir ce réseau, ils sont engagés, ils continuent à travailler et nous sommes persuadés que nous allons y arriver.
DN : Pourquoi est-ce seulement à Yaoundé ?
Il y a des particularités, je l’ai cité parce que c’est la performance qui est la plus critique, c’est général dans l’ensemble du pays mais le chiffre de Yaoundé est frappant.
AB : AES-SONEL serait-elle victime de trafic d’influence ? Hésitez vous à frapper parce qu’on est à Yaoundé ?
Nous n’hésitons pas à frapper. Mais je pense que si on ouvrait ce volet, il demanderait de très longs développements, il faudrait qu’en interne nous luttions contre la corruption et que nos agents puissent être protégés. Dans certains cas il y a des peurs, il y a la complicité de certains de nos agents, d’autres sont victimes de rétorsions de toutes natures mais c’est un problème sur lequel nous travaillons. Disons que je ne voulais pas présenter ce problème comme une plainte, mais ce que je voulais vous dire c’est que nous devons recouvrer la valeur du produit que nous livrons parce que rien n’est gratuit.
DN : qu’est ce que ça représente en terme de perte ?
JDB : C’est énorme. Un point de perte représente un milliard et demi de francs Cfa en terme de facturation. Statistiquement, nous constatons qu’il y a des progrès de jour en jour.
AB : AES-SONEL a-t-elle une politique de distribution d’électricité, car nous avons connu une époque où pour faire illusion on distribuait l’électricité uniquement à Douala et Yaoundé alors qu’ailleurs on pouvait se passer d’électricité. Cela se poursuit-il ?
Ce n’est plus le cas. Il convient de comprendre que la fourniture d’énergie à ALUCAM a par le passé souvent servi d’amortisseur au déficit d’énergie et ceux qui ont participé au cinquantenaire d’ALUCAM ont eu l’information. Ce qu’il faut savoir, c’est qu’après la privatisation, nous avons été confrontés à une grosse saison sèche où AES-SONEL avait réduit la fourniture d’énergie à ALUCAM et cela a fini dans un arbitrage. Pour la première fois, ce client a amené l’entreprise au tribunal pour défaut de fourniture d’énergie. Ce qui n’était jamais arrivé par le passé. Ce qui fait que nous nous essayons depuis de traiter de manière équilibrée l’ensemble des clients.
AB : Simple constat les coupures d’électricité sont plus régulières à SA’A qu’à Yaoundé, pourquoi ?
La zone de SA’A est une zone rurale et la grande différence entre une zone rurale et la zone urbaine, c’est que dans la zone urbaine, vous avez la possibilité de reporter la fourniture d’énergie par plusieurs artères alors que quand vous êtes dans une zone rurale vous avez une seule artère qui apporte de l’électricité et quand cette artère a un problème la zone est coupée. Là, nous faisons face à une contrainte technique qui n’est pas une contrainte politique comme vous l’avez mentionné et en réalité notre objectif, qui était celui du gouvernement en privatisant, était de mobiliser des financements pour réhabiliter et développer les infrastructures. Ce que nous arrivons à faire. Mais il y a quand même un autre objectif, celui d’accroître le nombre d’abonnés qui en réalité sont dans les zones rurales. Il convient de souligner pour s’en féliciter que cette année nous avons pour la première fois réalisée plus de 53 000 nouveaux branchements. C’est-à-dire que si vous prenez une taille moyenne de ménage de l’ordre de 6 personnes vous avez au moins 300 000 camerounais qui ont bénéficié de l’électricité en plus. Nous ne pouvons pas avoir une politique qui consisterait à raccorder ces ménages et à ne pas leur fournir de l’électricité.
AB : Que répondez-vous au patronat qui se plaint de ce que les entreprises, les industries ne disposent pas d’électricité en quantité suffisante pour leur permettre de fonctionner normalement?
Il y a deux problèmes, un problème de qualité et un autre de quantité. Pour le premier, les capacités sont utilisées et il y a des lignes. Mais il faudrait aussi voir que dans l’année nous avons une période pendant laquelle nous pouvons fonctionner à plein régime à cause de l’eau et nous ne voyons pas d’évolution de consommation. Donc j’accepte qu’il y a un problème parce qu’un système électrique doit avoir une réserve pour pouvoir couvrir deux à trois ans, nous n’y sommes pas, nous allons y arriver. Maintenant ce que nous constatons c’est que l’énergie que nous ne fournissons pas ne représente pas plus de 2% de nos ventes
De toutes les façons Monsieur le Directeur Général nous avons pu conduire cet entretien jusqu’à son terme sans une coupure d’électricité. Ca veut dire ce que ça veut dire.