Il y a 40 ans, Martin Luther King était assassiné

Dalmas/Sipa ¦ Martin Luther King lors d’une conférence à Tougaloo, Mississippi;
Le 4 avril 1968, Martin Luther King était assassiné sur le balcon du motel Lorraine de Memphis, dans le Tennessee. Quarante ans après jour pour jour, le journal local, le «Memphis Daily News», cite le révérend Samuel Billy Kyles qui se trouvait à côté du célébrissime pasteur lorsqu’il est mort. «Je ne pense pas qu’il y aura un autre leader unique des noirs américains. Nous sommes très divers maintenant (…) Un tel meurtre ne se reproduira pas. Vous devrez tirer beaucoup de balles pour vous débarrasser de nous maintenant.».
La communauté «afro-américaine» n’est plus aujourd’hui un bloc monolithique, constate également le «Washington Post» qui titre «deux Amériques noires». «40 ans après la mort de Martin Luther King, on parle parfois des races en Amérique comme si rien n’avait changé. La vérité, c’est que tout a changé, essentiellement en mieux.» Ainsi, le 4 avril 1968, «il était possible de généraliser et parler des noirs comme de pauvres gens: 40% d’entre eux vivaient sous le seuil de pauvreté, selon les chiffres de l’époque, et un autre 20% sortait tout juste la tête de l’eau», rappelle le journal. Aujourd’hui, «les Afro-Américains disposent d’un pouvoir d’achat estimé à 800 milliards de dollars. Si cela était traduit en PIB, une «Amérique noire» souveraine serait la 15e ou 16e puissance économique mondiale.» Alors qu’il y a 40 ans, seuls 2% des foyers noirs gagnaient plus de 100.000 dollars annuels, ils sont environ 10% aujourd’hui, poursuit le quotidien de la capitale fédérale.
Des échelons manquants
En revanche, souligne-t-il, «si les pauvres Afro-Américains représentent un segment plus réduit qu’il y a 40 ans, on peut dire qu’ils sont plus éloignés d’une véritable participation dans la société que sous l’ère King. Ce n’est pas qu’ils n’ont pas l’envie de gravir l’échelle sociale mais qu’il manque trop d’échelons».
Des échelons qui faisaient déjà défaut en 1968: le «Los Angeles Times» a retrouvé le dernier sermon prononcé à L.A. par Martin Luther King dans l’église méthodiste unifiée Holman trois semaines avant d’être assassiné. «Nous avons accompli des avancées significatives dans le combat pour la liberté, avait-il notamment dit. Mais je n’ai pas besoin de vous rappeler que nous avons un long, long chemin à suivre avant que le problème soit résolu. En effet, il est minuit dans les relations interraciales de notre pays».
Minuit dans les relations interraciales
Martin Luther King vivant considérerait-il qu’il est arrivé au bout de la nuit aujourd’hui? C’est justement ce que s’est demandé l’écrivain Michael Eric Dyson qui a rédigé une interview imaginaire avec le pasteur qui serait âgé de 80 ans cette année. Des extraits sont publiés par «The Root», un magazine afro-américain.
«La persistance tenace de la pauvreté pour un quart de la communauté noire est une tâche énorme dans le bilan de notre mouvement», répond le Martin Luther King imaginaire qui revient sur le fossé entre classes sociales au sein même des Afro-Américains. «Il était extrêmement hypocrite chez beaucoup de nos frères et sœurs blancs à l’époque de maintenir les noirs dans un standard de vie qu’ils ne voulaient pas pour eux-mêmes. J’ai peur que cette hypocrisie, que nos frères et sœurs blancs ont désormais abandonnée, ait été transférée à la couche supérieure des classes moyennes et à l’élite noires. Trop de gens cossus se cachent derrière la sécurité rassurante de leur statut social et des valeurs bourgeoises. (…) Cela me déprime que l’élite noire agît avec tant de vigilance contre les pauvres noirs au nom du «nettoyage» et du «maintien de l’ordre» moral de notre communauté. Alors qu’ils ne font rien de leur célébrité, réputation et influence pour faire du lobbying auprès du gouvernement et des responsables politiques pour faire ce qu’il faut auprès des pauvres noirs».
Si minuit est donc dépassée, l’aube n’est pas encore levée aux Etats-Unis. Martin Luther King peut continuer à rêver.
Alexandre Sulzer

