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Blaise Nomo Zanga : Les acteurs camerounais ont honte de leurs langues

A travers sa dernière fiction, « Mon Ayon » tourné en langue « Beti », le réalisateur revient sur le contexte du tournage.
Propos recueillis par Dorine Ekwè – Il y a une semaine, vous avez présenté votre dernier film, "Mon Ayon", qu’est-ce qui vous a inspiré ce scénario ?
La traduction française de mon film "Mon Ayon", est "l’enfant du terroir". Je suis parti de ce que, dans mon village qui se trouve au Sud du Cameroun, il y a ce que l’on appelle des secrets de famille. Des histoires dans le genre, "celui que tel présente comme son fils ne l’est pas". Généralement, on se rend compte de ce fait lorsque, dès la naissance, l’enfant refuse de prendre le lait maternel. C’est en fait cette histoire qui est contée dans le film. L’ironie est que, le vrai père voulait à tous prix savoir qui lui a fait un bébé dans le dos. Finalement, les anciens du village lui ont répliqué en lui disant que lui non plus, ne savait pas qui était son vrai père.

Finalement, dans ce film, on se rend compte que vous ne faites pas de reproches à la femme adultérine…
Disons que le but de cette fiction de 45 minutes n’est pas de décrier les problèmes d’infidélités. Je pars juste de cette histoire pour poser un autre problème : celui de la place de l’enfant dans nos sociétés. Généralement, l’enfant, dans nos villages, n’appartenait pas qu’à un homme ou à une femme. Il appartenait à toute la communauté. C’est d’ailleurs ce qui se passe encore actuellement car, on identifie toujours les enfants par rapport à leurs origines, à leur village. L’enfant vient d’abord de quelque part, d’une communauté, avant d’être celui de quelqu’un. Cette problématique est posée d’entrée de jeu avec le titre "L’enfant du terroir".

Entre ce film et le dernier, " les seigneurs de la forêt ", onze ans ont passé, qu’est-ce qui justifie ce long silence ?
A l’époque, nous n’avions pas la chance d’avoir des caméras numériques par conséquent, tourner un film revenait assez cher et, vu que je n’avais pas toujours des financements pour sortir ces films, j’étais contraint de jouer les seconds rôles aux côtés des personnages comme Dikonguè Pipa avec lequel j’ai beaucoup travaillé. A l’époque, nous faisions des documentaires pour le ministère de la Culture et de l’Information que nous ne signions même pas. Avec l’avènement du numérique qui coûte moins cher et l’apport du ministère de la Culture depuis quelques années, on peut prétendre à faire des choses.
En regardant votre casting, on se retrouve face aux problèmes qu’ont tous les films camerounais. Ce sont les comédiens viennent s’essayer sur les plateaux de cinéma…
C’est vrai que le reproche nous est souvent fait mais on ne peut vraiment rien car, il n’y a pas d’acteurs de cinéma typique ici. Blanche Bilongo qui joue le premier rôle de même que les autres sont tous des comédiens. A ce moment, le réalisateur doit faire très attention et être un peu plus exigeant. Pendant le tournage, ça peut poser des problèmes parce que l’homme de théâtre a,par exemple,toujours un geste de trop. Et étant des professionnels à leur niveau, ils ont souvent du mal à accepter les critiques qui leur sont faites. Mais justement, le réalisateur et le metteur en scène sont là pour ça. L’avantage est que dès le départ, nous savons à quoi nous en tenir et nous nous préparons en conséquence.

Vous innovez en sortant un film entièrement tourné en langues "Beti" et sous-titré en français. Qu’est-ce qui justifie ce choix ?
Dès le départ, j’ai pensé que les réalisateurs d’Afrique de l’Ouest tournent des films en langues nationales et nous ne l’avons jamais vraiment fait. Pour moi, c’était quelque chose à essayer d’autant que, ces films d’Afrique de l’Ouest, sous-titrés, sont présentés sur des chaînes comme Tv5. Ensuite, j’ai pensé que, le film devant être tourné très loin dans un village du Sud où très peu de personnes parlent français. Pour qu’ils s’intègrent, comme figurants, il fallait les mettre à l’aise et c’est pour cela que j’ai fait ce choix de faire parler le Ntumu, le fang et l’Eton principalement dans ce film. Gabon guinée équatoriale, Cameroun, film destiné pour la télévision, même coutume.

Cela était-il facile de faire jouer les acteurs en ces langues là?
Dès le départ, ils n’étaient pas partants et ça m’a surpris. J’ai eu comme l’impression que ces derniers avaient honte de parler leurs langues face à la camera. Finalement, ils se sont laissés aller et nous avons pu continuer sereinement.

Ne pensez-vous pas que ce soit un handicap pour le film quand il faut en même temps suivre la scène et lire le texte, pas toujours court, qui défile en bas de l’écran ?
Non, je ne pense pas. J’ai fait l’effort de faire une traduction très courte pour permettre au spectateur qui regarde le film de ne pas avoir à lire de longues phrases. Le seul problème est que vous ne pouvez pas avoir les comédiens que vous voulez dans ce genre de films, car ils sont limités par la langue.

Mutations

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Coco Mbassi

Après une enfance entre le Cameroun et la France qu’elle rejoindra pour ses études, Coco Mbassi aujourd’hui se crée une voie du côté de la Grande-Bretagne; pays qu’elle définit comme étant le lieu du salut où seul le talent est la représentation des humains et non les considérations raciales et autres.

Entretien accordé à Rosette.S

Coco Mbassi en quête de reconnaissance musicale et humaine à Londres.

-parlez-nous de vos débuts en tant qu’artiste ?

 Le début de ma carrière est quelque chose d’un peu complexe. J’ai commencé à chanter professionnellement en France dans les années 1990 -1991, j’ai accompagné de nombreux artistes tels que Manu Dibango, Ray Lema, Salif Kéita, les frères Touré Kounda, ensuite après ce long parcours de choriste, j’ai participé et été lauréate du concours «  découverte RFI France » en 1996 puis vient la sortie de mon premier album en 2001.

– Avoir été la choriste de Manu Dibango un des piliers de la musique africaine, est-il une couverture positive pour une carrière ?

 Oui et non. Ceci parce que c’est exactement comme vous le dîtes un grand artiste donc l’enjeu pour moi est assez grand. Néanmoins quand mon mari et moi avions produit mon deuxième album, il a su être là pour nous, pour la promotion et tout ce qui a suivi. Malgré tout chanter auprès d’autres artistes tels que Rokia Traoré et j’en passe m’a aussi beaucoup apporté dans mon travail et même encore aujourd’hui cette base continue à me guider et m’inspirer dans tout ce que je fais. Avoir été à leur côté m’a permis d’observer le professionnalisme dont ils faisaient preuve et d’apprendre à l’être.

– Est-ce à cause de ces artistes que vous citez qui font plutôt une musique soft que vous avez refusé de faire dans le genre dansant, mais avez plutôt opté pour l’acoustique ?

 Non c’est un choix délibéré parce qu’en dehors de ces artistes que j’ai cités, j’ai travaillé avec des talents artistiques camerounais comme Toto Guillaume, Dina Bell, participé à la plupart des albums arrangés par Aladji Touré, partant de cela j’aurais pu faire une musique dansante mais je pense que la musique part plutôt de mon mélange de culture. J’ai vécu treize ans au Cameroun, vingt-deux ans en France depuis deux ans à Londres. Et quand on calcule on se rend compte que j’ai plus vécu en Europe qu’en Afrique ce qui explique pour moi mon genre musical.

– Le marché du disque actuellement vit une mauvaise passe, n’avez-vous pas peur que votre musique différente de la « musique en tam-tam » qu’on connaît à l’Afrique aujourd’hui n’intéresse personne. Tout en sachant que le coupez -décalez, les musiques folkloriques sont de plus en plus celles qui s’exportent ?

 À vrai dire que je me suis plus lancé sans me poser de questions, en voyant des aînés dans la musique comme Lokua Kanza me donnait la force de continuer, et c’est une fois vraiment dedans que je me suis rendu compte du fait de la particularité de votre musique qui est celle de ceux qui recherchent autre chose que de la musique qui bouge. Mais à mon avis, il est important de rester intègre artistiquement. Il y en a sûrement qui font des choses qu’ils sentent pas malheureusement moi je n’y arrive pas.

 

– La différence de votre musique avec les autres du marché explique-t-elle le pourquoi de votre absence dans les soirées africaines organisées en Europe ?

 Non je ne pense pas. Aussi, généralement je choisis assez souvent mes prestations parce que j’aime sentir un événement pour y participer. C’est pourquoi j’emploierai plutôt l’expression je suis rare et non absente des soirées. Autrement la musique sur scène est différente de celle des albums, j’essaye de la rendre assez ambiante de façon à partager et passer de bons moments avec le public et mes fans qui n’hésitent pas à danser. Il faut par ailleurs souligner que le public africain attend généralement venant d’un artiste des extravagances telles que des marques Dior, Versace qu’on aperçoit de part et d’autres de sa tenue, des cheveux défrisés et autres que je ne peux pas leur offrir. D’où la particularité de ceux qui viennent me voir en spectacle. Des gens qui aiment ce que je fais, des personnes prêtes à découvrir, à ressentir d’autres sensations. C’est donc normal que certain public et certains organisateurs me boudent parce que ça les amuse plus d’avoir des personnes à travers lesquelles ils s’identifient.

– Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans votre travail ?

 La difficulté principale est le fait que notre public soit moindre par rapport à celui des chanteurs de rock, de pop et autre musique ambiante. Nous, nous avons besoin d’un public qui nous suit, c’est un élan musical qui petit à petit se crée un chemin avec d’autres artistes tels que Richard Bona, Étienne Mbappè, Oumou Sangaré l’avenir s’annonce promoteur et j’y crois. Aussi devrais-je ajouter avec ironie que le nègre évolué ça ne vend pas beaucoup. Les gens quand ils arrivent à un concert, ils ont envie de ressentir des sensations qu’ils auraient eu en allant en Afrique. Mais si tu arrives avec le piano, la batterie, la guitare, choses qu’ils ont déjà je ne vois pas où est notre apport à ces gens-là. Que découvrent-ils du coup ?. Son semblable au leur. On va écouter du Sting pour que ça sonne et on vient à un concert africain en Occident pour que ça dépayse. C’est ce qui justifie le fait que notre public soit très occidentalisé.

– Quel est votre avis sur les phénomènes actuels de l’industrie du disque : piraterie et détournement des droits d’auteur ?

 C’est simple il n’y a sûrement plus d’artistes intègres, de modèles vivants, mais il y a encore des gens qui aiment leur art, qui sont en constante recherche de la perfection. Je ne vais pas créer la polémique mais je sais qu’il y en a qui se sont servis et qui ont trouvé leur compte en encaissant les droits d’auteur des artistes, les droits des nuits sans sommeil des chanteurs africains. Ce qui est regrettable. La piraterie qui la tolère ? Qui la fait au vu et au su de tout le monde ? Je pense qu’il n’y a que les réponses à trouver et les coupables à punir.

– Est-ce par effet de mode que vous avez quitté la France pour l’Angleterre. Phénomène très observé actuellement dans le monde des artistes ?

 Absolument pas. Au contraire c’est avec beaucoup de regrets que j’ai pris la décision de partir moi qui suis née en France ainsi que mon mari. Mais il le fallait pour protéger les enfants à qui je voulais pas donner pour seul exemple de réussite Rachid l’arabe du coin accusé de vol et Touré le noir taxé de dealer de cocaïne. Les clichés qui j’avoue ne ressemblent pas du tout à cette France d’il y a vingt ans. Je voyais Paris comme une ville cosmopolite ou des personnes d’origines diverses avaient décidé et étaient fières de vivre ensemble. Le mélange culturel qui pour ma part devait être enrichissant. Ce qui n’est pas le cas, c’est plutôt l’objet de diverses ségrégations, d’hypocrisie et comme ce n’était pas des valeurs que je voulais inculquer à mes enfants, des choses qu’ils n’étaient pas bonnes pour notre épanouissement nous avons décidé de partir pour Londres où le travail n’est pas offert à la tête du demandeur mais plutôt selon les compétences et les capacités de celui-ci. En France mes enfants n’avaient aucun modèle noir à suivre. On peut réussir par le football, le rap, la musique, la comédie mais pourquoi pas aussi être président directeur général d’une grande firme quand on est noir. Ce que l’on voit ici en Grande-Bretagne. Les jamaïcains qui nous ont devancé ont aboli si je peux me permettre le verbe certains comportements envers les noirs. Les personnes de couleur on en aperçoit à la télévision nationale anglaise, elles sont anoblies par la reine. Le combat de la communauté noire en Angleterre est ailleurs aujourd’hui mais plus au niveau où se trouve la France. Les Anglais sont froids dit-on d’eux mais je pense aussi que notre but premier à nous les africains présents en Europe reste de gagner assez d’argent pour aller participer au développement de notre continent. Tant qu’on m’insulte et qu’on me donne du travail ça me va. Vous m’imaginez allant traduire pour IBM à Paris avec mes dreadlocks ? C’est impossible ce serait plutôt l’occasion d’entendre des réflexions du genre «  écoutez ! Je veux bien être gentille, mais vous vous coiffez autrement sinon les clients auront peur ».  C’est donc dans le souci de préserver mes enfants en leur montrant d’autres modèles de noirs qui ont réussi ailleurs que dans le sport et la musique, que nous nous sommes installés à Londres.

– Après la description de toues ces choses qui restent réelles en France, quels conseils à ceux qui en Afrique malgré tout continuent à risquer leur vie pour venir en Europe ?

 Vous savez un jour j’ai voulu déconseiller à une fille de venir en Europe elle m’a répondu que j’étais contente d’être en Europe et de mieux y vivre et qu’en retour je ne voulais pas que sa vie soit aussi belle.
 Maintenant que leur dire ? Tout simplement à ceux qui viennent étudier c’est une bonne chose parce que le système scolaire européen à des avantages sur tout matériel que nous ne possédons pas en Afrique. Des filières comme le tertiaire qui sont difficiles d’accès chez nous ici sont plutôt accessibles. Venir par contre entreprendre des études de conservateur du musée franchement ce serait pour aller conserver quel musée un Afrique ? Rêver de venir pour avoir des papiers par des moyens indignes tels que des enfants non désirés, des mariages blancs qui parfois tournent à la catastrophe c’est assez alarmant.
 La seule solution revient nos gouvernements qui devraient se bouger de façon à ce que la vie sociale des individus ne serait-ce qu’elle change pour éviter les maladies telles que la rupture d’anévrisme, l’hypertension, le Sida. Il y aura sûrement encore des personnes candidates au départ mais au moins il y en aura qui aiment leur pays et d’ailleurs ne demande qu’à rester.

Voir un extrait de son dvd

Site officiel de Coco Mbassi : www.coco-mbassi.com

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Coco Mbassi

Après une enfance entre le Cameroun et la France qu’elle rejoindra pour ses études, Coco Mbassi aujourd’hui se crée une voie du côté de la Grande-Bretagne; pays qu’elle définit comme étant le lieu du salut où seul le talent est la représentation des humains et non les considérations raciales et autres.

Entretien accordé à Rosette.S

Coco Mbassi en quête de reconnaissance musicale et humaine à Londres.

-parlez-nous de vos débuts en tant qu’artiste ?

 Le début de ma carrière est quelque chose d’un peu complexe. J’ai commencé à chanter professionnellement en France dans les années 1990 -1991, j’ai accompagné de nombreux artistes tels que Manu Dibango, Ray Lema, Salif Kéita, les frères Touré Kounda, ensuite après ce long parcours de choriste, j’ai participé et été lauréate du concours «  découverte RFI France » en 1996 puis vient la sortie de mon premier album en 2001.

– Avoir été la choriste de Manu Dibango un des piliers de la musique africaine, est-il une couverture positive pour une carrière ?

 Oui et non. Ceci parce que c’est exactement comme vous le dîtes un grand artiste donc l’enjeu pour moi est assez grand. Néanmoins quand mon mari et moi avions produit mon deuxième album, il a su être là pour nous, pour la promotion et tout ce qui a suivi. Malgré tout chanter auprès d’autres artistes tels que Rokia Traoré et j’en passe m’a aussi beaucoup apporté dans mon travail et même encore aujourd’hui cette base continue à me guider et m’inspirer dans tout ce que je fais. Avoir été à leur côté m’a permis d’observer le professionnalisme dont ils faisaient preuve et d’apprendre à l’être.

– Est-ce à cause de ces artistes que vous citez qui font plutôt une musique soft que vous avez refusé de faire dans le genre dansant, mais avez plutôt opté pour l’acoustique ?

 Non c’est un choix délibéré parce qu’en dehors de ces artistes que j’ai cités, j’ai travaillé avec des talents artistiques camerounais comme Toto Guillaume, Dina Bell, participé à la plupart des albums arrangés par Aladji Touré, partant de cela j’aurais pu faire une musique dansante mais je pense que la musique part plutôt de mon mélange de culture. J’ai vécu treize ans au Cameroun, vingt-deux ans en France depuis deux ans à Londres. Et quand on calcule on se rend compte que j’ai plus vécu en Europe qu’en Afrique ce qui explique pour moi mon genre musical.

– Le marché du disque actuellement vit une mauvaise passe, n’avez-vous pas peur que votre musique différente de la « musique en tam-tam » qu’on connaît à l’Afrique aujourd’hui n’intéresse personne. Tout en sachant que le coupez -décalez, les musiques folkloriques sont de plus en plus celles qui s’exportent ?

 À vrai dire que je me suis plus lancé sans me poser de questions, en voyant des aînés dans la musique comme Lokua Kanza me donnait la force de continuer, et c’est une fois vraiment dedans que je me suis rendu compte du fait de la particularité de votre musique qui est celle de ceux qui recherchent autre chose que de la musique qui bouge. Mais à mon avis, il est important de rester intègre artistiquement. Il y en a sûrement qui font des choses qu’ils sentent pas malheureusement moi je n’y arrive pas.

 

– La différence de votre musique avec les autres du marché explique-t-elle le pourquoi de votre absence dans les soirées africaines organisées en Europe ?

 Non je ne pense pas. Aussi, généralement je choisis assez souvent mes prestations parce que j’aime sentir un événement pour y participer. C’est pourquoi j’emploierai plutôt l’expression je suis rare et non absente des soirées. Autrement la musique sur scène est différente de celle des albums, j’essaye de la rendre assez ambiante de façon à partager et passer de bons moments avec le public et mes fans qui n’hésitent pas à danser. Il faut par ailleurs souligner que le public africain attend généralement venant d’un artiste des extravagances telles que des marques Dior, Versace qu’on aperçoit de part et d’autres de sa tenue, des cheveux défrisés et autres que je ne peux pas leur offrir. D’où la particularité de ceux qui viennent me voir en spectacle. Des gens qui aiment ce que je fais, des personnes prêtes à découvrir, à ressentir d’autres sensations. C’est donc normal que certain public et certains organisateurs me boudent parce que ça les amuse plus d’avoir des personnes à travers lesquelles ils s’identifient.

– Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans votre travail ?

 La difficulté principale est le fait que notre public soit moindre par rapport à celui des chanteurs de rock, de pop et autre musique ambiante. Nous, nous avons besoin d’un public qui nous suit, c’est un élan musical qui petit à petit se crée un chemin avec d’autres artistes tels que Richard Bona, Étienne Mbappè, Oumou Sangaré l’avenir s’annonce promoteur et j’y crois. Aussi devrais-je ajouter avec ironie que le nègre évolué ça ne vend pas beaucoup. Les gens quand ils arrivent à un concert, ils ont envie de ressentir des sensations qu’ils auraient eu en allant en Afrique. Mais si tu arrives avec le piano, la batterie, la guitare, choses qu’ils ont déjà je ne vois pas où est notre apport à ces gens-là. Que découvrent-ils du coup ?. Son semblable au leur. On va écouter du Sting pour que ça sonne et on vient à un concert africain en Occident pour que ça dépayse. C’est ce qui justifie le fait que notre public soit très occidentalisé.

– Quel est votre avis sur les phénomènes actuels de l’industrie du disque : piraterie et détournement des droits d’auteur ?

 C’est simple il n’y a sûrement plus d’artistes intègres, de modèles vivants, mais il y a encore des gens qui aiment leur art, qui sont en constante recherche de la perfection. Je ne vais pas créer la polémique mais je sais qu’il y en a qui se sont servis et qui ont trouvé leur compte en encaissant les droits d’auteur des artistes, les droits des nuits sans sommeil des chanteurs africains. Ce qui est regrettable. La piraterie qui la tolère ? Qui la fait au vu et au su de tout le monde ? Je pense qu’il n’y a que les réponses à trouver et les coupables à punir.

– Est-ce par effet de mode que vous avez quitté la France pour l’Angleterre. Phénomène très observé actuellement dans le monde des artistes ?

 Absolument pas. Au contraire c’est avec beaucoup de regrets que j’ai pris la décision de partir moi qui suis née en France ainsi que mon mari. Mais il le fallait pour protéger les enfants à qui je voulais pas donner pour seul exemple de réussite Rachid l’arabe du coin accusé de vol et Touré le noir taxé de dealer de cocaïne. Les clichés qui j’avoue ne ressemblent pas du tout à cette France d’il y a vingt ans. Je voyais Paris comme une ville cosmopolite ou des personnes d’origines diverses avaient décidé et étaient fières de vivre ensemble. Le mélange culturel qui pour ma part devait être enrichissant. Ce qui n’est pas le cas, c’est plutôt l’objet de diverses ségrégations, d’hypocrisie et comme ce n’était pas des valeurs que je voulais inculquer à mes enfants, des choses qu’ils n’étaient pas bonnes pour notre épanouissement nous avons décidé de partir pour Londres où le travail n’est pas offert à la tête du demandeur mais plutôt selon les compétences et les capacités de celui-ci. En France mes enfants n’avaient aucun modèle noir à suivre. On peut réussir par le football, le rap, la musique, la comédie mais pourquoi pas aussi être président directeur général d’une grande firme quand on est noir. Ce que l’on voit ici en Grande-Bretagne. Les jamaïcains qui nous ont devancé ont aboli si je peux me permettre le verbe certains comportements envers les noirs. Les personnes de couleur on en aperçoit à la télévision nationale anglaise, elles sont anoblies par la reine. Le combat de la communauté noire en Angleterre est ailleurs aujourd’hui mais plus au niveau où se trouve la France. Les Anglais sont froids dit-on d’eux mais je pense aussi que notre but premier à nous les africains présents en Europe reste de gagner assez d’argent pour aller participer au développement de notre continent. Tant qu’on m’insulte et qu’on me donne du travail ça me va. Vous m’imaginez allant traduire pour IBM à Paris avec mes dreadlocks ? C’est impossible ce serait plutôt l’occasion d’entendre des réflexions du genre «  écoutez ! Je veux bien être gentille, mais vous vous coiffez autrement sinon les clients auront peur ».  C’est donc dans le souci de préserver mes enfants en leur montrant d’autres modèles de noirs qui ont réussi ailleurs que dans le sport et la musique, que nous nous sommes installés à Londres.

– Après la description de toues ces choses qui restent réelles en France, quels conseils à ceux qui en Afrique malgré tout continuent à risquer leur vie pour venir en Europe ?

 Vous savez un jour j’ai voulu déconseiller à une fille de venir en Europe elle m’a répondu que j’étais contente d’être en Europe et de mieux y vivre et qu’en retour je ne voulais pas que sa vie soit aussi belle.
 Maintenant que leur dire ? Tout simplement à ceux qui viennent étudier c’est une bonne chose parce que le système scolaire européen à des avantages sur tout matériel que nous ne possédons pas en Afrique. Des filières comme le tertiaire qui sont difficiles d’accès chez nous ici sont plutôt accessibles. Venir par contre entreprendre des études de conservateur du musée franchement ce serait pour aller conserver quel musée un Afrique ? Rêver de venir pour avoir des papiers par des moyens indignes tels que des enfants non désirés, des mariages blancs qui parfois tournent à la catastrophe c’est assez alarmant.
 La seule solution revient nos gouvernements qui devraient se bouger de façon à ce que la vie sociale des individus ne serait-ce qu’elle change pour éviter les maladies telles que la rupture d’anévrisme, l’hypertension, le Sida. Il y aura sûrement encore des personnes candidates au départ mais au moins il y en aura qui aiment leur pays et d’ailleurs ne demande qu’à rester.

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Après une enfance entre le Cameroun et la France qu’elle rejoindra pour ses études, Coco Mbassi aujourd’hui se crée une voie du côté de la Grande-Bretagne; pays qu’elle définit comme étant le lieu du salut où seul le talent est la représentation des humains et non les considérations raciales et autres.

Entretien accordé à Rosette.S

Coco Mbassi en quête de reconnaissance musicale et humaine à Londres.

-parlez-nous de vos débuts en tant qu’artiste ?

 Le début de ma carrière est quelque chose d’un peu complexe. J’ai commencé à chanter professionnellement en France dans les années 1990 -1991, j’ai accompagné de nombreux artistes tels que Manu Dibango, Ray Lema, Salif Kéita, les frères Touré Kounda, ensuite après ce long parcours de choriste, j’ai participé et été lauréate du concours «  découverte RFI France » en 1996 puis vient la sortie de mon premier album en 2001.

– Avoir été la choriste de Manu Dibango un des piliers de la musique africaine, est-il une couverture positive pour une carrière ?

 Oui et non. Ceci parce que c’est exactement comme vous le dîtes un grand artiste donc l’enjeu pour moi est assez grand. Néanmoins quand mon mari et moi avions produit mon deuxième album, il a su être là pour nous, pour la promotion et tout ce qui a suivi. Malgré tout chanter auprès d’autres artistes tels que Rokia Traoré et j’en passe m’a aussi beaucoup apporté dans mon travail et même encore aujourd’hui cette base continue à me guider et m’inspirer dans tout ce que je fais. Avoir été à leur côté m’a permis d’observer le professionnalisme dont ils faisaient preuve et d’apprendre à l’être.

– Est-ce à cause de ces artistes que vous citez qui font plutôt une musique soft que vous avez refusé de faire dans le genre dansant, mais avez plutôt opté pour l’acoustique ?

 Non c’est un choix délibéré parce qu’en dehors de ces artistes que j’ai cités, j’ai travaillé avec des talents artistiques camerounais comme Toto Guillaume, Dina Bell, participé à la plupart des albums arrangés par Aladji Touré, partant de cela j’aurais pu faire une musique dansante mais je pense que la musique part plutôt de mon mélange de culture. J’ai vécu treize ans au Cameroun, vingt-deux ans en France depuis deux ans à Londres. Et quand on calcule on se rend compte que j’ai plus vécu en Europe qu’en Afrique ce qui explique pour moi mon genre musical.

– Le marché du disque actuellement vit une mauvaise passe, n’avez-vous pas peur que votre musique différente de la « musique en tam-tam » qu’on connaît à l’Afrique aujourd’hui n’intéresse personne. Tout en sachant que le coupez -décalez, les musiques folkloriques sont de plus en plus celles qui s’exportent ?

 À vrai dire que je me suis plus lancé sans me poser de questions, en voyant des aînés dans la musique comme Lokua Kanza me donnait la force de continuer, et c’est une fois vraiment dedans que je me suis rendu compte du fait de la particularité de votre musique qui est celle de ceux qui recherchent autre chose que de la musique qui bouge. Mais à mon avis, il est important de rester intègre artistiquement. Il y en a sûrement qui font des choses qu’ils sentent pas malheureusement moi je n’y arrive pas.

 

– La différence de votre musique avec les autres du marché explique-t-elle le pourquoi de votre absence dans les soirées africaines organisées en Europe ?

 Non je ne pense pas. Aussi, généralement je choisis assez souvent mes prestations parce que j’aime sentir un événement pour y participer. C’est pourquoi j’emploierai plutôt l’expression je suis rare et non absente des soirées. Autrement la musique sur scène est différente de celle des albums, j’essaye de la rendre assez ambiante de façon à partager et passer de bons moments avec le public et mes fans qui n’hésitent pas à danser. Il faut par ailleurs souligner que le public africain attend généralement venant d’un artiste des extravagances telles que des marques Dior, Versace qu’on aperçoit de part et d’autres de sa tenue, des cheveux défrisés et autres que je ne peux pas leur offrir. D’où la particularité de ceux qui viennent me voir en spectacle. Des gens qui aiment ce que je fais, des personnes prêtes à découvrir, à ressentir d’autres sensations. C’est donc normal que certain public et certains organisateurs me boudent parce que ça les amuse plus d’avoir des personnes à travers lesquelles ils s’identifient.

– Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans votre travail ?

 La difficulté principale est le fait que notre public soit moindre par rapport à celui des chanteurs de rock, de pop et autre musique ambiante. Nous, nous avons besoin d’un public qui nous suit, c’est un élan musical qui petit à petit se crée un chemin avec d’autres artistes tels que Richard Bona, Étienne Mbappè, Oumou Sangaré l’avenir s’annonce promoteur et j’y crois. Aussi devrais-je ajouter avec ironie que le nègre évolué ça ne vend pas beaucoup. Les gens quand ils arrivent à un concert, ils ont envie de ressentir des sensations qu’ils auraient eu en allant en Afrique. Mais si tu arrives avec le piano, la batterie, la guitare, choses qu’ils ont déjà je ne vois pas où est notre apport à ces gens-là. Que découvrent-ils du coup ?. Son semblable au leur. On va écouter du Sting pour que ça sonne et on vient à un concert africain en Occident pour que ça dépayse. C’est ce qui justifie le fait que notre public soit très occidentalisé.

– Quel est votre avis sur les phénomènes actuels de l’industrie du disque : piraterie et détournement des droits d’auteur ?

 C’est simple il n’y a sûrement plus d’artistes intègres, de modèles vivants, mais il y a encore des gens qui aiment leur art, qui sont en constante recherche de la perfection. Je ne vais pas créer la polémique mais je sais qu’il y en a qui se sont servis et qui ont trouvé leur compte en encaissant les droits d’auteur des artistes, les droits des nuits sans sommeil des chanteurs africains. Ce qui est regrettable. La piraterie qui la tolère ? Qui la fait au vu et au su de tout le monde ? Je pense qu’il n’y a que les réponses à trouver et les coupables à punir.

– Est-ce par effet de mode que vous avez quitté la France pour l’Angleterre. Phénomène très observé actuellement dans le monde des artistes ?

 Absolument pas. Au contraire c’est avec beaucoup de regrets que j’ai pris la décision de partir moi qui suis née en France ainsi que mon mari. Mais il le fallait pour protéger les enfants à qui je voulais pas donner pour seul exemple de réussite Rachid l’arabe du coin accusé de vol et Touré le noir taxé de dealer de cocaïne. Les clichés qui j’avoue ne ressemblent pas du tout à cette France d’il y a vingt ans. Je voyais Paris comme une ville cosmopolite ou des personnes d’origines diverses avaient décidé et étaient fières de vivre ensemble. Le mélange culturel qui pour ma part devait être enrichissant. Ce qui n’est pas le cas, c’est plutôt l’objet de diverses ségrégations, d’hypocrisie et comme ce n’était pas des valeurs que je voulais inculquer à mes enfants, des choses qu’ils n’étaient pas bonnes pour notre épanouissement nous avons décidé de partir pour Londres où le travail n’est pas offert à la tête du demandeur mais plutôt selon les compétences et les capacités de celui-ci. En France mes enfants n’avaient aucun modèle noir à suivre. On peut réussir par le football, le rap, la musique, la comédie mais pourquoi pas aussi être président directeur général d’une grande firme quand on est noir. Ce que l’on voit ici en Grande-Bretagne. Les jamaïcains qui nous ont devancé ont aboli si je peux me permettre le verbe certains comportements envers les noirs. Les personnes de couleur on en aperçoit à la télévision nationale anglaise, elles sont anoblies par la reine. Le combat de la communauté noire en Angleterre est ailleurs aujourd’hui mais plus au niveau où se trouve la France. Les Anglais sont froids dit-on d’eux mais je pense aussi que notre but premier à nous les africains présents en Europe reste de gagner assez d’argent pour aller participer au développement de notre continent. Tant qu’on m’insulte et qu’on me donne du travail ça me va. Vous m’imaginez allant traduire pour IBM à Paris avec mes dreadlocks ? C’est impossible ce serait plutôt l’occasion d’entendre des réflexions du genre «  écoutez ! Je veux bien être gentille, mais vous vous coiffez autrement sinon les clients auront peur ».  C’est donc dans le souci de préserver mes enfants en leur montrant d’autres modèles de noirs qui ont réussi ailleurs que dans le sport et la musique, que nous nous sommes installés à Londres.

– Après la description de toues ces choses qui restent réelles en France, quels conseils à ceux qui en Afrique malgré tout continuent à risquer leur vie pour venir en Europe ?

 Vous savez un jour j’ai voulu déconseiller à une fille de venir en Europe elle m’a répondu que j’étais contente d’être en Europe et de mieux y vivre et qu’en retour je ne voulais pas que sa vie soit aussi belle.
 Maintenant que leur dire ? Tout simplement à ceux qui viennent étudier c’est une bonne chose parce que le système scolaire européen à des avantages sur tout matériel que nous ne possédons pas en Afrique. Des filières comme le tertiaire qui sont difficiles d’accès chez nous ici sont plutôt accessibles. Venir par contre entreprendre des études de conservateur du musée franchement ce serait pour aller conserver quel musée un Afrique ? Rêver de venir pour avoir des papiers par des moyens indignes tels que des enfants non désirés, des mariages blancs qui parfois tournent à la catastrophe c’est assez alarmant.
 La seule solution revient nos gouvernements qui devraient se bouger de façon à ce que la vie sociale des individus ne serait-ce qu’elle change pour éviter les maladies telles que la rupture d’anévrisme, l’hypertension, le Sida. Il y aura sûrement encore des personnes candidates au départ mais au moins il y en aura qui aiment leur pays et d’ailleurs ne demande qu’à rester.

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Site officiel de Coco Mbassi : www.coco-mbassi.com

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Coco Mbassi

Après une enfance entre le Cameroun et la France qu’elle rejoindra pour ses études, Coco Mbassi aujourd’hui se crée une voie du côté de la Grande-Bretagne; pays qu’elle définit comme étant le lieu du salut où seul le talent est la représentation des humains et non les considérations raciales et autres.

Entretien accordé à Rosette.S

Coco Mbassi en quête de reconnaissance musicale et humaine à Londres.

-parlez-nous de vos débuts en tant qu’artiste ?

 Le début de ma carrière est quelque chose d’un peu complexe. J’ai commencé à chanter professionnellement en France dans les années 1990 -1991, j’ai accompagné de nombreux artistes tels que Manu Dibango, Ray Lema, Salif Kéita, les frères Touré Kounda, ensuite après ce long parcours de choriste, j’ai participé et été lauréate du concours «  découverte RFI France » en 1996 puis vient la sortie de mon premier album en 2001.

– Avoir été la choriste de Manu Dibango un des piliers de la musique africaine, est-il une couverture positive pour une carrière ?

 Oui et non. Ceci parce que c’est exactement comme vous le dîtes un grand artiste donc l’enjeu pour moi est assez grand. Néanmoins quand mon mari et moi avions produit mon deuxième album, il a su être là pour nous, pour la promotion et tout ce qui a suivi. Malgré tout chanter auprès d’autres artistes tels que Rokia Traoré et j’en passe m’a aussi beaucoup apporté dans mon travail et même encore aujourd’hui cette base continue à me guider et m’inspirer dans tout ce que je fais. Avoir été à leur côté m’a permis d’observer le professionnalisme dont ils faisaient preuve et d’apprendre à l’être.

– Est-ce à cause de ces artistes que vous citez qui font plutôt une musique soft que vous avez refusé de faire dans le genre dansant, mais avez plutôt opté pour l’acoustique ?

 Non c’est un choix délibéré parce qu’en dehors de ces artistes que j’ai cités, j’ai travaillé avec des talents artistiques camerounais comme Toto Guillaume, Dina Bell, participé à la plupart des albums arrangés par Aladji Touré, partant de cela j’aurais pu faire une musique dansante mais je pense que la musique part plutôt de mon mélange de culture. J’ai vécu treize ans au Cameroun, vingt-deux ans en France depuis deux ans à Londres. Et quand on calcule on se rend compte que j’ai plus vécu en Europe qu’en Afrique ce qui explique pour moi mon genre musical.

– Le marché du disque actuellement vit une mauvaise passe, n’avez-vous pas peur que votre musique différente de la « musique en tam-tam » qu’on connaît à l’Afrique aujourd’hui n’intéresse personne. Tout en sachant que le coupez -décalez, les musiques folkloriques sont de plus en plus celles qui s’exportent ?

 À vrai dire que je me suis plus lancé sans me poser de questions, en voyant des aînés dans la musique comme Lokua Kanza me donnait la force de continuer, et c’est une fois vraiment dedans que je me suis rendu compte du fait de la particularité de votre musique qui est celle de ceux qui recherchent autre chose que de la musique qui bouge. Mais à mon avis, il est important de rester intègre artistiquement. Il y en a sûrement qui font des choses qu’ils sentent pas malheureusement moi je n’y arrive pas.

 

– La différence de votre musique avec les autres du marché explique-t-elle le pourquoi de votre absence dans les soirées africaines organisées en Europe ?

 Non je ne pense pas. Aussi, généralement je choisis assez souvent mes prestations parce que j’aime sentir un événement pour y participer. C’est pourquoi j’emploierai plutôt l’expression je suis rare et non absente des soirées. Autrement la musique sur scène est différente de celle des albums, j’essaye de la rendre assez ambiante de façon à partager et passer de bons moments avec le public et mes fans qui n’hésitent pas à danser. Il faut par ailleurs souligner que le public africain attend généralement venant d’un artiste des extravagances telles que des marques Dior, Versace qu’on aperçoit de part et d’autres de sa tenue, des cheveux défrisés et autres que je ne peux pas leur offrir. D’où la particularité de ceux qui viennent me voir en spectacle. Des gens qui aiment ce que je fais, des personnes prêtes à découvrir, à ressentir d’autres sensations. C’est donc normal que certain public et certains organisateurs me boudent parce que ça les amuse plus d’avoir des personnes à travers lesquelles ils s’identifient.

– Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans votre travail ?

 La difficulté principale est le fait que notre public soit moindre par rapport à celui des chanteurs de rock, de pop et autre musique ambiante. Nous, nous avons besoin d’un public qui nous suit, c’est un élan musical qui petit à petit se crée un chemin avec d’autres artistes tels que Richard Bona, Étienne Mbappè, Oumou Sangaré l’avenir s’annonce promoteur et j’y crois. Aussi devrais-je ajouter avec ironie que le nègre évolué ça ne vend pas beaucoup. Les gens quand ils arrivent à un concert, ils ont envie de ressentir des sensations qu’ils auraient eu en allant en Afrique. Mais si tu arrives avec le piano, la batterie, la guitare, choses qu’ils ont déjà je ne vois pas où est notre apport à ces gens-là. Que découvrent-ils du coup ?. Son semblable au leur. On va écouter du Sting pour que ça sonne et on vient à un concert africain en Occident pour que ça dépayse. C’est ce qui justifie le fait que notre public soit très occidentalisé.

– Quel est votre avis sur les phénomènes actuels de l’industrie du disque : piraterie et détournement des droits d’auteur ?

 C’est simple il n’y a sûrement plus d’artistes intègres, de modèles vivants, mais il y a encore des gens qui aiment leur art, qui sont en constante recherche de la perfection. Je ne vais pas créer la polémique mais je sais qu’il y en a qui se sont servis et qui ont trouvé leur compte en encaissant les droits d’auteur des artistes, les droits des nuits sans sommeil des chanteurs africains. Ce qui est regrettable. La piraterie qui la tolère ? Qui la fait au vu et au su de tout le monde ? Je pense qu’il n’y a que les réponses à trouver et les coupables à punir.

– Est-ce par effet de mode que vous avez quitté la France pour l’Angleterre. Phénomène très observé actuellement dans le monde des artistes ?

 Absolument pas. Au contraire c’est avec beaucoup de regrets que j’ai pris la décision de partir moi qui suis née en France ainsi que mon mari. Mais il le fallait pour protéger les enfants à qui je voulais pas donner pour seul exemple de réussite Rachid l’arabe du coin accusé de vol et Touré le noir taxé de dealer de cocaïne. Les clichés qui j’avoue ne ressemblent pas du tout à cette France d’il y a vingt ans. Je voyais Paris comme une ville cosmopolite ou des personnes d’origines diverses avaient décidé et étaient fières de vivre ensemble. Le mélange culturel qui pour ma part devait être enrichissant. Ce qui n’est pas le cas, c’est plutôt l’objet de diverses ségrégations, d’hypocrisie et comme ce n’était pas des valeurs que je voulais inculquer à mes enfants, des choses qu’ils n’étaient pas bonnes pour notre épanouissement nous avons décidé de partir pour Londres où le travail n’est pas offert à la tête du demandeur mais plutôt selon les compétences et les capacités de celui-ci. En France mes enfants n’avaient aucun modèle noir à suivre. On peut réussir par le football, le rap, la musique, la comédie mais pourquoi pas aussi être président directeur général d’une grande firme quand on est noir. Ce que l’on voit ici en Grande-Bretagne. Les jamaïcains qui nous ont devancé ont aboli si je peux me permettre le verbe certains comportements envers les noirs. Les personnes de couleur on en aperçoit à la télévision nationale anglaise, elles sont anoblies par la reine. Le combat de la communauté noire en Angleterre est ailleurs aujourd’hui mais plus au niveau où se trouve la France. Les Anglais sont froids dit-on d’eux mais je pense aussi que notre but premier à nous les africains présents en Europe reste de gagner assez d’argent pour aller participer au développement de notre continent. Tant qu’on m’insulte et qu’on me donne du travail ça me va. Vous m’imaginez allant traduire pour IBM à Paris avec mes dreadlocks ? C’est impossible ce serait plutôt l’occasion d’entendre des réflexions du genre «  écoutez ! Je veux bien être gentille, mais vous vous coiffez autrement sinon les clients auront peur ».  C’est donc dans le souci de préserver mes enfants en leur montrant d’autres modèles de noirs qui ont réussi ailleurs que dans le sport et la musique, que nous nous sommes installés à Londres.

– Après la description de toues ces choses qui restent réelles en France, quels conseils à ceux qui en Afrique malgré tout continuent à risquer leur vie pour venir en Europe ?

 Vous savez un jour j’ai voulu déconseiller à une fille de venir en Europe elle m’a répondu que j’étais contente d’être en Europe et de mieux y vivre et qu’en retour je ne voulais pas que sa vie soit aussi belle.
 Maintenant que leur dire ? Tout simplement à ceux qui viennent étudier c’est une bonne chose parce que le système scolaire européen à des avantages sur tout matériel que nous ne possédons pas en Afrique. Des filières comme le tertiaire qui sont difficiles d’accès chez nous ici sont plutôt accessibles. Venir par contre entreprendre des études de conservateur du musée franchement ce serait pour aller conserver quel musée un Afrique ? Rêver de venir pour avoir des papiers par des moyens indignes tels que des enfants non désirés, des mariages blancs qui parfois tournent à la catastrophe c’est assez alarmant.
 La seule solution revient nos gouvernements qui devraient se bouger de façon à ce que la vie sociale des individus ne serait-ce qu’elle change pour éviter les maladies telles que la rupture d’anévrisme, l’hypertension, le Sida. Il y aura sûrement encore des personnes candidates au départ mais au moins il y en aura qui aiment leur pays et d’ailleurs ne demande qu’à rester.

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