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Spectacle : Meiway et Anne Marie Ndzié toujours au top

Les artistes ont donné des prestations mémorables pour une collecte de fonds pour des enfants déshérités.
Marion Obam – S’il y’a une chose qui a traversé les années en gardant la même fraîcheur, c’est sa voix. Anne Marie Ndzié a émerveillé le public qui s’est rendus nombreux au Saint John’s Plazza à Douala pour la soirée qu’organisait l’Association des femmes d’Orange Cameroun (Adforc), vendredi dernier. La soirée qui visait à collecter des fonds pour des œuvres humanitaires à l’endroit des enfants déshérités s’est transformée en spectacle. Un beau spectacle. Un timbre inusable une voix qui parle au cœur. La " mémé " de la musique camerounaise a permis au public de revisiter un répertoire de 57 ans de carrière. C’est avec un plaisir entier que l’on a accueilli en fredonnant "Be za ba djo djo", son dernier album où l’orchestration a été entièrement faite par Manu Dibango. Micro à la main, sur la scènes en T du Saint John’s Plazza, elle voguait allégrement de la mélancolie à la gaieté, du pathétique au sublime, elle a encore conquis malgré le poids de l’âge. Certains avaient les larmes aux yeux. L’éclosion de cette ambiance si intimiste et particulière avait déjà été préparée par l’artiste ivoirien Meiway.

C’est à 23h35mn que Meiway fait son entrée dans la salle entourée de quatre danseuses aux tenues suggestives. Collants noirs, mini jupe serrée avec une ceinture de cauris. Toutes les formes étaient dessinées. Prête pour une expression du corps. Frédéric Ehui, alias Meiway foulard noir sur la tête, veste brillante t pantalon noir commence par l’un des titres de son dernier album "9ème commandement", "Emeraude". On redécouvre un zoblazo, mais cette fois ci à 900%. La rythmique qui incite à la danse permet aux danseuses de montrer qu’elles n’ont pas "d’os" aux reins. Des vibrations parcourent la salle. On applaudit à tout rompre. Mais la véritable communion arrive quand Meiway reprend le titre "100% Zoblazo". Toute la salle était debout. Les mouchoirs blancs qui enserraient le couvert ont été affectés à autre chose. Les invités agitaient les mouchoirs et accompagnaient l’artiste en reprenant le fameux refrain "Blazo-zoblazo. On a gagné…". Le show était chaud. L’interruption, de Anani Moukouri et Blaise Etoa Tsanga, présentateurs de la soirée, a accordé un peu de répit aux mains des invités. Pas pour bien longtemps.

Grand jeu
Car Papa Aliou Abo et les stylistes Parfait Behen et Catherine Lagaffe ont décidé de sortir le grand jeu. Les bijoux et les sacs en bois de papa Aliou étaient magnifiques portés par des mannequins dont les légers draps de soie n’arrivaient pas à masquer une sensualité forte. Ventres nus, le vent qui rentrait dans les fentes des pagnes dénudait des cuisses interminables… La collection chic et grand soir de Parfait Behen était intéressante malgré des relents de déjà pour certains modèles. Cependant les tenues de soirées étaient sublimes et le pagne Cicam a trouvé sa place au milieu de ces froufrous de tissu nobles. Une vente aux enchères des ballons et maillot du Fc Barcelone dédicacés par Samuel Eto’o et d’autres objets de valeurs a été engagée. Des fonds son rentrés, "mais pas comme on l’espérait. Nous somme contentes parce qu’au vu de la conjoncture les gens qui ont répondus présents nous ont apporté un soutien importants. Nous pourrons, avec des efforts supplémentaires, organiser la rentrée scolaire 2007/2008 digne aux enfants déshérités", conclut Anne Marie Booh, présidente de l’Adforc.

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Pimenteries : les plaisirs épicés des Yaoundéens

Ces lieux de réjouissance font le bonheur des adeptes de sensations fortes, qui en ont presque fait des sanctuaires .  S.O.O

La fausse impression de martyr de l’officier de police, après avoir avalé la première cuillérée de son bouillon, ne transcrit pas son véritable état d’âme. Une grimace, un claquement de langue accompagné d’un " haaaa ! ", très sonore. Puis, l’air satisfait et l’œil humide, il se retourne vers une jeune fille installée à ses côtés, pour apprécier la qualité de sa pitance : " le piment là est vraiment fort aujourd’hui ! " Sa compagne ne relève pas, trop concentrée à défaire son paquet de poisson à l’étouffée. La sauce d’un rouge vif et les picotements qui attaquent instantanément les narines et même les yeux dévoilent la teneur du mélange. Le plat est encore fumant, et les effluves de piment agacent presque agréablement les sens. Le poisson au piment est la spécialité de cette " pimenterie " du quartier Mvog-Atangana Mballa. L’une des plus anciennes et les plus fréquentées de Yaoundé. C’est depuis de très longues années que l’homme en tenue l’a découverte et adoptée. C’est ici qu’il amène ses invités de marque, ses véritables amis. C’est surtout sur ces bancs rugueux qu’il prend sa pause quotidienne, entre 13 et 14h. Pour 500 ou 1 000 francs le plat, la bière au prix du bar, les sensations fortes d’un piment bien chaud se vendent à très bas prix ici.

Quelques minutes sont passées, depuis qu’on lui a apporté son assiette. Un autre petit groupe s’est entre temps installé sur la table à côté du couple. Trois jeunes gens gouaillards, qui ne se font pas prier pour plonger le nez dans leurs plats. La voix quelque peu éraillée, l’un d’entre eux interpelle une serveuse : " C’est la soif qui va tuer quelqu’un ici… " La jeune fille ne se fait pas prier, pour lui servir une autre bière. La troisième, depuis un peu plus d’une demi-heure, le même bilan que ses acolytes. Tout en portant sa bouteille à sa bouche, le jeune homme sniffe, pour stopper une coulée naissante. Puis, du revers de la manche de sa chemise, s’éponge le visage en sueur. D’un geste magnanime ou compréhensif, la compagne de l’officier de police lui propose un mouchoir jetable. Un accessoire indispensable, que la bande de joyeux lurons n’avait pas pris la précaution d’acheter, avant de s’installer. Sur la table voisine, un tas de bouteilles désespérément vides témoigne de la bravoure du vaillant " soldat " et de sa compagne.

Cette présence féminine ne laisse d’ailleurs pas les autres clients de marbre. D’un air railleur, un homme d’un certain âge lui lance un " tiens bon ma fille ", pas du tout innocent. Cet intermède a le don de délier les langues. Les unes après les autres, les blagues se succèdent. Chacun des orateurs voulant placer son mot. Seul un jeune homme en blouson de cuir semble ne pas s’intéresser à la frénésie collective, qui progressivement gagne la sorte de terrasse qui accueille les clients. Par inexpérience, il n’a pas pensé à se débarrasser de son vêtement trop chaud, avant d’ " attaquer " son plat. Sa gaucherie lui vaut d’ailleurs quelques quolibets et le sourire en coin de ses quatre voisins de table. Comme dans l’intention de se soutenir dans l’épreuve, il se crée progressivement une sorte de convivialité entre les clients, unis par la même folie des sensations fortes.

Frénésie

Autre lieu, décor presque identique. Nous sommes en plein quartier Emana, au lieu dit " Borne fontaine ". Il est un peu plus de 17h, ce vendredi. La procession coutumière de voitures à cette heure de la journée en ajoute à l’ambiance électrique de ce quartier chaud de la capitale. Pourtant, ce ne sont ni les coups de klaxon des automobilistes furieux, ni la gymnastique des piétons et des motocyclistes entre les voitures, encore moins le manège d’un vendeur ambulant qui essaye de vendre des mouchoirs jetables aux usagers coincés dans le bouchon, qui retiennent l’attention. En contrebas d’un trottoir, de petits groupes joyeux commencent à se former sur la véranda d’une concession jouxtant un bar aux allures plutôt ordinaires. La place est sordide. Une devanture de vente à emporter, quelques fourneaux du genre qu’on utilise pour cuire le " soya ", un hangar à la toiture noircie de fumée et de graisse… Rien de bien attrayant, à première vue. La " pimenterie " d’Emana n’a de toute évidence rien d’un joyau architectural. Mais, ce n’est pas ce qui intéresse J. P. Abada, cadre contractuel dans un ministère. En compagnie de deux collègues de bureau et d’un ami d’enfance, il est encore là aujourd’hui, pour sacrifier à ce qui, depuis trois ans qu’il travaille, est devenu un rituel de début de week-end. Un bon plat de rat palmiste assaisonné de piment. La particularité de ce secteur ce sont les plats, variés et rares.

En plus de la viande de bœuf, du petit gibier (rats, lapins, cochons d’Inde et autres), il est possible de passer une commande spéciale. Selon Bernard S., tenancier d’un grill, il est possible de se faire confectionner un plat d’escargots ou de tout autre chose de plus recherché. Il suffit d’y mettre les moyens. Dans tous les cas, ce ne sont pas les opportunités qui manquent aux clients les plus compliqués. Dans la zone périphérique de la capitale, une petite localité s’est, depuis les derniers mois, fait une réputation. Il n’y a qu’à faire un tour au carrefour Nkoabang un dimanche matin pour s’en rendre compte. C’est ici où la plupart des amoureux du gibier rare se retrouvent. La spécialité du coin, le " ndomba " d’écureuil à la sauce de piment. Bien malheureusement, cette frénésie grandissante fait très peu cas de la pérennisation des espèces. Du coup, certains adeptes font remarquer, pas forcément pour y remédier, que le gibier y est de plus en plus maigre et rare. Pourtant, il serait peut-être temps de réfléchir sur les gros dégâts que ces petits plaisirs peuvent avoir sur la nature, et même et surtout sur la santé des gros consommateurs de piment.

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Pimenteries : les plaisirs épicés des Yaoundéens

Ces lieux de réjouissance font le bonheur des adeptes de sensations fortes, qui en ont presque fait des sanctuaires .  S.O.O

La fausse impression de martyr de l’officier de police, après avoir avalé la première cuillérée de son bouillon, ne transcrit pas son véritable état d’âme. Une grimace, un claquement de langue accompagné d’un " haaaa ! ", très sonore. Puis, l’air satisfait et l’œil humide, il se retourne vers une jeune fille installée à ses côtés, pour apprécier la qualité de sa pitance : " le piment là est vraiment fort aujourd’hui ! " Sa compagne ne relève pas, trop concentrée à défaire son paquet de poisson à l’étouffée. La sauce d’un rouge vif et les picotements qui attaquent instantanément les narines et même les yeux dévoilent la teneur du mélange. Le plat est encore fumant, et les effluves de piment agacent presque agréablement les sens. Le poisson au piment est la spécialité de cette " pimenterie " du quartier Mvog-Atangana Mballa. L’une des plus anciennes et les plus fréquentées de Yaoundé. C’est depuis de très longues années que l’homme en tenue l’a découverte et adoptée. C’est ici qu’il amène ses invités de marque, ses véritables amis. C’est surtout sur ces bancs rugueux qu’il prend sa pause quotidienne, entre 13 et 14h. Pour 500 ou 1 000 francs le plat, la bière au prix du bar, les sensations fortes d’un piment bien chaud se vendent à très bas prix ici.

Quelques minutes sont passées, depuis qu’on lui a apporté son assiette. Un autre petit groupe s’est entre temps installé sur la table à côté du couple. Trois jeunes gens gouaillards, qui ne se font pas prier pour plonger le nez dans leurs plats. La voix quelque peu éraillée, l’un d’entre eux interpelle une serveuse : " C’est la soif qui va tuer quelqu’un ici… " La jeune fille ne se fait pas prier, pour lui servir une autre bière. La troisième, depuis un peu plus d’une demi-heure, le même bilan que ses acolytes. Tout en portant sa bouteille à sa bouche, le jeune homme sniffe, pour stopper une coulée naissante. Puis, du revers de la manche de sa chemise, s’éponge le visage en sueur. D’un geste magnanime ou compréhensif, la compagne de l’officier de police lui propose un mouchoir jetable. Un accessoire indispensable, que la bande de joyeux lurons n’avait pas pris la précaution d’acheter, avant de s’installer. Sur la table voisine, un tas de bouteilles désespérément vides témoigne de la bravoure du vaillant " soldat " et de sa compagne.

Cette présence féminine ne laisse d’ailleurs pas les autres clients de marbre. D’un air railleur, un homme d’un certain âge lui lance un " tiens bon ma fille ", pas du tout innocent. Cet intermède a le don de délier les langues. Les unes après les autres, les blagues se succèdent. Chacun des orateurs voulant placer son mot. Seul un jeune homme en blouson de cuir semble ne pas s’intéresser à la frénésie collective, qui progressivement gagne la sorte de terrasse qui accueille les clients. Par inexpérience, il n’a pas pensé à se débarrasser de son vêtement trop chaud, avant d’ " attaquer " son plat. Sa gaucherie lui vaut d’ailleurs quelques quolibets et le sourire en coin de ses quatre voisins de table. Comme dans l’intention de se soutenir dans l’épreuve, il se crée progressivement une sorte de convivialité entre les clients, unis par la même folie des sensations fortes.

Frénésie

Autre lieu, décor presque identique. Nous sommes en plein quartier Emana, au lieu dit " Borne fontaine ". Il est un peu plus de 17h, ce vendredi. La procession coutumière de voitures à cette heure de la journée en ajoute à l’ambiance électrique de ce quartier chaud de la capitale. Pourtant, ce ne sont ni les coups de klaxon des automobilistes furieux, ni la gymnastique des piétons et des motocyclistes entre les voitures, encore moins le manège d’un vendeur ambulant qui essaye de vendre des mouchoirs jetables aux usagers coincés dans le bouchon, qui retiennent l’attention. En contrebas d’un trottoir, de petits groupes joyeux commencent à se former sur la véranda d’une concession jouxtant un bar aux allures plutôt ordinaires. La place est sordide. Une devanture de vente à emporter, quelques fourneaux du genre qu’on utilise pour cuire le " soya ", un hangar à la toiture noircie de fumée et de graisse… Rien de bien attrayant, à première vue. La " pimenterie " d’Emana n’a de toute évidence rien d’un joyau architectural. Mais, ce n’est pas ce qui intéresse J. P. Abada, cadre contractuel dans un ministère. En compagnie de deux collègues de bureau et d’un ami d’enfance, il est encore là aujourd’hui, pour sacrifier à ce qui, depuis trois ans qu’il travaille, est devenu un rituel de début de week-end. Un bon plat de rat palmiste assaisonné de piment. La particularité de ce secteur ce sont les plats, variés et rares.

En plus de la viande de bœuf, du petit gibier (rats, lapins, cochons d’Inde et autres), il est possible de passer une commande spéciale. Selon Bernard S., tenancier d’un grill, il est possible de se faire confectionner un plat d’escargots ou de tout autre chose de plus recherché. Il suffit d’y mettre les moyens. Dans tous les cas, ce ne sont pas les opportunités qui manquent aux clients les plus compliqués. Dans la zone périphérique de la capitale, une petite localité s’est, depuis les derniers mois, fait une réputation. Il n’y a qu’à faire un tour au carrefour Nkoabang un dimanche matin pour s’en rendre compte. C’est ici où la plupart des amoureux du gibier rare se retrouvent. La spécialité du coin, le " ndomba " d’écureuil à la sauce de piment. Bien malheureusement, cette frénésie grandissante fait très peu cas de la pérennisation des espèces. Du coup, certains adeptes font remarquer, pas forcément pour y remédier, que le gibier y est de plus en plus maigre et rare. Pourtant, il serait peut-être temps de réfléchir sur les gros dégâts que ces petits plaisirs peuvent avoir sur la nature, et même et surtout sur la santé des gros consommateurs de piment.

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Ces lieux de réjouissance font le bonheur des adeptes de sensations fortes, qui en ont presque fait des sanctuaires .  S.O.O

La fausse impression de martyr de l’officier de police, après avoir avalé la première cuillérée de son bouillon, ne transcrit pas son véritable état d’âme. Une grimace, un claquement de langue accompagné d’un " haaaa ! ", très sonore. Puis, l’air satisfait et l’œil humide, il se retourne vers une jeune fille installée à ses côtés, pour apprécier la qualité de sa pitance : " le piment là est vraiment fort aujourd’hui ! " Sa compagne ne relève pas, trop concentrée à défaire son paquet de poisson à l’étouffée. La sauce d’un rouge vif et les picotements qui attaquent instantanément les narines et même les yeux dévoilent la teneur du mélange. Le plat est encore fumant, et les effluves de piment agacent presque agréablement les sens. Le poisson au piment est la spécialité de cette " pimenterie " du quartier Mvog-Atangana Mballa. L’une des plus anciennes et les plus fréquentées de Yaoundé. C’est depuis de très longues années que l’homme en tenue l’a découverte et adoptée. C’est ici qu’il amène ses invités de marque, ses véritables amis. C’est surtout sur ces bancs rugueux qu’il prend sa pause quotidienne, entre 13 et 14h. Pour 500 ou 1 000 francs le plat, la bière au prix du bar, les sensations fortes d’un piment bien chaud se vendent à très bas prix ici.

Quelques minutes sont passées, depuis qu’on lui a apporté son assiette. Un autre petit groupe s’est entre temps installé sur la table à côté du couple. Trois jeunes gens gouaillards, qui ne se font pas prier pour plonger le nez dans leurs plats. La voix quelque peu éraillée, l’un d’entre eux interpelle une serveuse : " C’est la soif qui va tuer quelqu’un ici… " La jeune fille ne se fait pas prier, pour lui servir une autre bière. La troisième, depuis un peu plus d’une demi-heure, le même bilan que ses acolytes. Tout en portant sa bouteille à sa bouche, le jeune homme sniffe, pour stopper une coulée naissante. Puis, du revers de la manche de sa chemise, s’éponge le visage en sueur. D’un geste magnanime ou compréhensif, la compagne de l’officier de police lui propose un mouchoir jetable. Un accessoire indispensable, que la bande de joyeux lurons n’avait pas pris la précaution d’acheter, avant de s’installer. Sur la table voisine, un tas de bouteilles désespérément vides témoigne de la bravoure du vaillant " soldat " et de sa compagne.

Cette présence féminine ne laisse d’ailleurs pas les autres clients de marbre. D’un air railleur, un homme d’un certain âge lui lance un " tiens bon ma fille ", pas du tout innocent. Cet intermède a le don de délier les langues. Les unes après les autres, les blagues se succèdent. Chacun des orateurs voulant placer son mot. Seul un jeune homme en blouson de cuir semble ne pas s’intéresser à la frénésie collective, qui progressivement gagne la sorte de terrasse qui accueille les clients. Par inexpérience, il n’a pas pensé à se débarrasser de son vêtement trop chaud, avant d’ " attaquer " son plat. Sa gaucherie lui vaut d’ailleurs quelques quolibets et le sourire en coin de ses quatre voisins de table. Comme dans l’intention de se soutenir dans l’épreuve, il se crée progressivement une sorte de convivialité entre les clients, unis par la même folie des sensations fortes.

Frénésie

Autre lieu, décor presque identique. Nous sommes en plein quartier Emana, au lieu dit " Borne fontaine ". Il est un peu plus de 17h, ce vendredi. La procession coutumière de voitures à cette heure de la journée en ajoute à l’ambiance électrique de ce quartier chaud de la capitale. Pourtant, ce ne sont ni les coups de klaxon des automobilistes furieux, ni la gymnastique des piétons et des motocyclistes entre les voitures, encore moins le manège d’un vendeur ambulant qui essaye de vendre des mouchoirs jetables aux usagers coincés dans le bouchon, qui retiennent l’attention. En contrebas d’un trottoir, de petits groupes joyeux commencent à se former sur la véranda d’une concession jouxtant un bar aux allures plutôt ordinaires. La place est sordide. Une devanture de vente à emporter, quelques fourneaux du genre qu’on utilise pour cuire le " soya ", un hangar à la toiture noircie de fumée et de graisse… Rien de bien attrayant, à première vue. La " pimenterie " d’Emana n’a de toute évidence rien d’un joyau architectural. Mais, ce n’est pas ce qui intéresse J. P. Abada, cadre contractuel dans un ministère. En compagnie de deux collègues de bureau et d’un ami d’enfance, il est encore là aujourd’hui, pour sacrifier à ce qui, depuis trois ans qu’il travaille, est devenu un rituel de début de week-end. Un bon plat de rat palmiste assaisonné de piment. La particularité de ce secteur ce sont les plats, variés et rares.

En plus de la viande de bœuf, du petit gibier (rats, lapins, cochons d’Inde et autres), il est possible de passer une commande spéciale. Selon Bernard S., tenancier d’un grill, il est possible de se faire confectionner un plat d’escargots ou de tout autre chose de plus recherché. Il suffit d’y mettre les moyens. Dans tous les cas, ce ne sont pas les opportunités qui manquent aux clients les plus compliqués. Dans la zone périphérique de la capitale, une petite localité s’est, depuis les derniers mois, fait une réputation. Il n’y a qu’à faire un tour au carrefour Nkoabang un dimanche matin pour s’en rendre compte. C’est ici où la plupart des amoureux du gibier rare se retrouvent. La spécialité du coin, le " ndomba " d’écureuil à la sauce de piment. Bien malheureusement, cette frénésie grandissante fait très peu cas de la pérennisation des espèces. Du coup, certains adeptes font remarquer, pas forcément pour y remédier, que le gibier y est de plus en plus maigre et rare. Pourtant, il serait peut-être temps de réfléchir sur les gros dégâts que ces petits plaisirs peuvent avoir sur la nature, et même et surtout sur la santé des gros consommateurs de piment.

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Ces lieux de réjouissance font le bonheur des adeptes de sensations fortes, qui en ont presque fait des sanctuaires .  S.O.O

La fausse impression de martyr de l’officier de police, après avoir avalé la première cuillérée de son bouillon, ne transcrit pas son véritable état d’âme. Une grimace, un claquement de langue accompagné d’un " haaaa ! ", très sonore. Puis, l’air satisfait et l’œil humide, il se retourne vers une jeune fille installée à ses côtés, pour apprécier la qualité de sa pitance : " le piment là est vraiment fort aujourd’hui ! " Sa compagne ne relève pas, trop concentrée à défaire son paquet de poisson à l’étouffée. La sauce d’un rouge vif et les picotements qui attaquent instantanément les narines et même les yeux dévoilent la teneur du mélange. Le plat est encore fumant, et les effluves de piment agacent presque agréablement les sens. Le poisson au piment est la spécialité de cette " pimenterie " du quartier Mvog-Atangana Mballa. L’une des plus anciennes et les plus fréquentées de Yaoundé. C’est depuis de très longues années que l’homme en tenue l’a découverte et adoptée. C’est ici qu’il amène ses invités de marque, ses véritables amis. C’est surtout sur ces bancs rugueux qu’il prend sa pause quotidienne, entre 13 et 14h. Pour 500 ou 1 000 francs le plat, la bière au prix du bar, les sensations fortes d’un piment bien chaud se vendent à très bas prix ici.

Quelques minutes sont passées, depuis qu’on lui a apporté son assiette. Un autre petit groupe s’est entre temps installé sur la table à côté du couple. Trois jeunes gens gouaillards, qui ne se font pas prier pour plonger le nez dans leurs plats. La voix quelque peu éraillée, l’un d’entre eux interpelle une serveuse : " C’est la soif qui va tuer quelqu’un ici… " La jeune fille ne se fait pas prier, pour lui servir une autre bière. La troisième, depuis un peu plus d’une demi-heure, le même bilan que ses acolytes. Tout en portant sa bouteille à sa bouche, le jeune homme sniffe, pour stopper une coulée naissante. Puis, du revers de la manche de sa chemise, s’éponge le visage en sueur. D’un geste magnanime ou compréhensif, la compagne de l’officier de police lui propose un mouchoir jetable. Un accessoire indispensable, que la bande de joyeux lurons n’avait pas pris la précaution d’acheter, avant de s’installer. Sur la table voisine, un tas de bouteilles désespérément vides témoigne de la bravoure du vaillant " soldat " et de sa compagne.

Cette présence féminine ne laisse d’ailleurs pas les autres clients de marbre. D’un air railleur, un homme d’un certain âge lui lance un " tiens bon ma fille ", pas du tout innocent. Cet intermède a le don de délier les langues. Les unes après les autres, les blagues se succèdent. Chacun des orateurs voulant placer son mot. Seul un jeune homme en blouson de cuir semble ne pas s’intéresser à la frénésie collective, qui progressivement gagne la sorte de terrasse qui accueille les clients. Par inexpérience, il n’a pas pensé à se débarrasser de son vêtement trop chaud, avant d’ " attaquer " son plat. Sa gaucherie lui vaut d’ailleurs quelques quolibets et le sourire en coin de ses quatre voisins de table. Comme dans l’intention de se soutenir dans l’épreuve, il se crée progressivement une sorte de convivialité entre les clients, unis par la même folie des sensations fortes.

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Autre lieu, décor presque identique. Nous sommes en plein quartier Emana, au lieu dit " Borne fontaine ". Il est un peu plus de 17h, ce vendredi. La procession coutumière de voitures à cette heure de la journée en ajoute à l’ambiance électrique de ce quartier chaud de la capitale. Pourtant, ce ne sont ni les coups de klaxon des automobilistes furieux, ni la gymnastique des piétons et des motocyclistes entre les voitures, encore moins le manège d’un vendeur ambulant qui essaye de vendre des mouchoirs jetables aux usagers coincés dans le bouchon, qui retiennent l’attention. En contrebas d’un trottoir, de petits groupes joyeux commencent à se former sur la véranda d’une concession jouxtant un bar aux allures plutôt ordinaires. La place est sordide. Une devanture de vente à emporter, quelques fourneaux du genre qu’on utilise pour cuire le " soya ", un hangar à la toiture noircie de fumée et de graisse… Rien de bien attrayant, à première vue. La " pimenterie " d’Emana n’a de toute évidence rien d’un joyau architectural. Mais, ce n’est pas ce qui intéresse J. P. Abada, cadre contractuel dans un ministère. En compagnie de deux collègues de bureau et d’un ami d’enfance, il est encore là aujourd’hui, pour sacrifier à ce qui, depuis trois ans qu’il travaille, est devenu un rituel de début de week-end. Un bon plat de rat palmiste assaisonné de piment. La particularité de ce secteur ce sont les plats, variés et rares.

En plus de la viande de bœuf, du petit gibier (rats, lapins, cochons d’Inde et autres), il est possible de passer une commande spéciale. Selon Bernard S., tenancier d’un grill, il est possible de se faire confectionner un plat d’escargots ou de tout autre chose de plus recherché. Il suffit d’y mettre les moyens. Dans tous les cas, ce ne sont pas les opportunités qui manquent aux clients les plus compliqués. Dans la zone périphérique de la capitale, une petite localité s’est, depuis les derniers mois, fait une réputation. Il n’y a qu’à faire un tour au carrefour Nkoabang un dimanche matin pour s’en rendre compte. C’est ici où la plupart des amoureux du gibier rare se retrouvent. La spécialité du coin, le " ndomba " d’écureuil à la sauce de piment. Bien malheureusement, cette frénésie grandissante fait très peu cas de la pérennisation des espèces. Du coup, certains adeptes font remarquer, pas forcément pour y remédier, que le gibier y est de plus en plus maigre et rare. Pourtant, il serait peut-être temps de réfléchir sur les gros dégâts que ces petits plaisirs peuvent avoir sur la nature, et même et surtout sur la santé des gros consommateurs de piment.

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