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Espace livres : La main du travail de Beyala

Râle mâle d’une amante abandonnée.
Haman Mana –



Ceux qui ne sont au courant du dernier Beyala que par ouï dire, ont dû comprendre qu’il s’agit d’un truc scabreux, dans lequel elle règle ses comptes, de manière peu ou prou scandaleuse, avec une star en vue de la télé française, avec qui elle a été en affaire, et qui l’a laissée tomber, " au carrefour ", comme on dit chez eux au Cameroun… Cà, c’est pour la vie mondaine parisienne et ses joyeusetés : il y en a qui en raffolent, il y a toute une presse qui en a fait son fonds de commerce.
Mais lorsqu’on prend entre les mains "l’homme qui m’offrait le ciel " de Calixthe Beyala, on s’aperçoit au fil des lignes qu’il s’agit bel et bien d’un roman, conforme à ce que dans une éloge au genre, on décrit en ces termes dans Le Monde des Livres (vendredi 25 Mai 2006) : " L’arme principale du roman, dans cette diffraction du monde réel, n’est pas la démonstration, la théorie, l’exercice de la raison pure. C’est la capacité à projeter le lecteur dans un monde fictif à la fois différent du sien et semblable en un point fondamental : son humanité. " Quoi de plus humain donc que le plus noble des sentiments, l’amour ? Calixthe Beyaya parle donc, tout au long de ces pages, d’amour. Et de ses ingrédients courants que sont la désillusion, la trahison, la déception.

Andela est une écrivaine noire, plutôt en vue, qui par ses livres et ses interventions publiques, milite pour toutes sortes de causes, afin que les gens de sa race cessent d’être méprisés en France et ailleurs. François est un animateur de première ligne de la télévision française, adulé par les téléspectateurs, et dont la vie privée, en apparence, ne présente aucune aspérité. L’écrivaine, quadragénaire et l’animateur sexagénaire laissent leurs destins se rencontrer.
A partir de cette rencontre, tout n’est plus que désirs, plaisirs, soupirs, corps et chairs, odeurs et couleurs ; extases. François avouera à Andela le fait que ce soit à cet âge plutôt avancé qu’il découvre l’amour vrai, la volupté à portée de main. Andela, moitié surprise, moitié obnubilée par l’étoile dénudée comme un ver de terre dans son lit, se donne, s’adonne. Elle fait découvrir à François les trésors de la cuisine et de la " main du travail " de chez eux. Tous les soirs, avant d’aller découvrir Andela, François se met d’abord en condition grâce aux nnam ngon, petits piments rouges et toutes ces autres petites choses que les amoureuses de chez nous donnent à leurs hommes avant de se donner à eux.

Rupture par Sms
Mais nous sommes à Paris. Et ça bruit. Un temps, François, tout à son amour, construit des châteaux au Burkina avec sa bien aimée. Ils pourraient se consacrer à la lutte contre les souffrances, et vivre de leur amour et d’eau fraîche s’il le faut.
Nous sommes donc à Paris, et le retour sur terre se fait, un de ces jours, après une idylle de deux ans. François coupe brutalement les ponts, en faisant annoncer par sa secrétaire à Andela, un soir où comme les autres l’amoureuse attendait : " François ne viendra pas, il ne viendra plus ". François confirme la rupture par…Sms !

On lit la longue complainte d’un trait, comme elle a été écrite. La plume n’est ni vengeresse, ni traîtresse. Elle essaye d’embellir au mieux, une histoire qui hélas, n’est pas glamour d’un bout à ‘autre. La narratrice essaye de trouver une explication honorable, quelque chose d’un peu glorieux aux pires lâchetés du tortionnaire de son cœur. Pire, elle s’offre à lui encore, une dernière fois après leur rupture, dans le genre, " faisons l’amour avant de nous dire adieu ". L’érotisme est l’un des points les plus remarquables de cette production de Calixthe Beyala. Elle écrit la rencontre des corps, dans une poésie qui la sauve de toute vulgarité. Elle sait cheminer, d’une écriture chaloupée, sur cette limite ténue mais exigeante, qui existe entre le vulgaire et le décent.

Au-delà, et comme un glaive de plus, Calixthe Beyala sait trop bien inscrire son livre dans le sillage de ses combats : comme quoi, la société française, qui aime si souvent à se gargariser de sa volonté d’intégration des autres races et cultures, sait très bien mettre les freins là où elle le désire. La preuve ? Calixthe Beyala, si souvent portée aux nues pour des œuvres franchement moyennes, est largement boudée par la presse française, sur " l’homme qui m’offrait le ciel ", qui est pourtant, sans doute, le meilleur de ce qu’elle a fait jusqu’ici…

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André Marie Tala : La cécité n’est pas un handicap

André Marie Tala : La cécité n’est pas un handicap


L’artiste vient de sortir un dix-huitième album, un an après avoir célébré ses 35 ans de carrière musicale.
Dippah Kayessé


L’année dernière, André Marie Tala, célébrait sans tambour ni trompette ses 35 années de musique à travers des concerts de musique sur l’étendue du territoire national. Lâché par les sponsors, sans soutien du ministère de tutelle, l’évènement se transforma très vite en un véritable échec. "Si j’avais écouté les conseils, cet évènement n’aurait pas eu lieu", regrette aujourd’hui l’artiste. "C’est la plus grosse déception de toute ma carrière musicale. Qu’au Cameroun les pouvoirs publics ne puissent pas se mobiliser pour m’apporter le soutien nécessaire en pareille circonstance est impensable", fulmine-t-il avec amertume.

Le promoteur du Tchamassi et précurseur du Bend skin, a fortement marqué la scène musicale nationale et internationale. Son titre Je vais à Yaoundé, sorti en 1972, lui ouvre les portes de la consécration à l’étranger. Le texte de cette chanson figure dans les manuels scolaires de la classe de 5e en France. En juin 1983, cette chanson et son auteur sont cités par le chef de l’Etat français, François Mitterrand alors en visite officielle au Cameroun. En 1978, "Je vais à Yaoundé vaut à son auteur le prix de la jeune chanson française à Paris…”
L’échec consommé en 2005, André Marie Tala revient vers son public à la faveur de son 19e album, Source des montagnes, sorti en décembre 2006, après Koungne paru en 2000. Il vient ainsi de semer tous ceux qui croyaient qu’il était à cours d’inspiration. C’était seulement mal connaître cet artiste dont la rigueur, le professionnalisme et l’esprit perfectionniste ont toujours guidé l’œuvre musicale.

"Ce sont les seules raisons pour lesquelles j’ai jugé utile de prendre le temps nécessaire à la réalisation de cet album de onze titres en live avec des rythmes variés et tirés des profondeurs de la culture grassfield", soutient-il. Fidèle à lui-même, André Marie Tala puise une fois de plus aux sources de la culture traditionnelle de l’Ouest Cameroun, usant des proverbes et des instruments de musique appropriés pour son genre. Source des montagnes se retrouve donc dans les bacs 33 ans après Hot Koki. Cet album qui avait connu un succès international a d’ailleurs d’être plagié par James Brown, parrain de la Soul music, à l’époque au sommet de son art, sous le titre de The Hustle.
En 1978, après quatre années de rudes combats juridiques, la justice américaine donne raison au Camerounais et James Brown est condamné à lui verser la totalité des droits. "Il faut avouer que ce fut une étape marquante tout au début de ma carrière. Elle m’a aussitôt donné la parfaite mesure de mon talent et une vraie idée du monde de la musique", se félicite André Marie Tala.

Toutefois, André Marie Tala garde du parrain de la Soul music, décédé le 25 décembre 2005, l’image d’un homme ayant accompli sa mission sur terre. A ses yeux, James Brown a marqué de son empreinte les genres du Rap, du Disco ou encore du Funk dans les années 50. Né le 29 octobre 1950 à Bandjoun, chef-lieu du département du Khoung-Khi dans la province de l’Ouest, André Marie Tala, très vite, se familiarise avec le monde de la musique. Il bénéficie du soutien de son oncle et de sa grand-mère, tous musiciens. "A trois ans déjà, je jouais du tambour et sans trop savoir comment, je faisais danser tout le monde autour de moi", confie-t-il. Pour l’entourage, l’inclinaison musicale d’André Marie Tala est innée, car d’aussi loin qu’on le suit, la musique a toujours occupé une place prépondérante dans sa vie.

Cécité
Orphelin de mère à quatre ans, André Marie Tala perd son père quelque temps plus tard. Il sera confié à sa grand-mère qui se charge de lui assurer une éducation. "Celle-ci sera essentiellement basée sur l’enseignement des saintes Ecritures et de la prière dont la lecture de la bible le matin, le soir…à toute heure est devenue une articulation incontournable de l’activité courante". Issu d’un milieu défavorisé et piqué par le virus de la musique, il fabrique lui-même sa première guitare à base de fil de nylon et s’applique à imiter le plus fidèlement possible les rythmes qui berçaient son enfance. En l’absence de conservatoire, c’est dans les cabarets et boîtes de nuit à Douala et à Bafoussam que Tala va apprendre à jouer véritablement la musique.

Ces expériences vont lui conférer rapidement la maîtrise de la scène, de la voix, de l’orchestration… éléments indispensables pour sa future carrière. Malheureusement, à l’âge de 15 ans, le jeune collégien va brutalement perdre la vue. "Ce fut d’abord un œil, puis l’autre. A l’époque, j’ai rencontré à Douala un médecin français qui s’est limité à me prescrire des collyres", se souvient-il. "A mon arrivée en France en 1972, les médecins vont m’annoncer qu’ils ne peuvent pas m’opérer parce qu’il y avait un décollement de la rétine des deux côtés. C’est ainsi que je vais perdre définitivement la vue". Depuis lors, cet homme ne se sépare plus de sa paire de lunettes noires.
En dehors de son guide, qui lui tient la main lors des concerts de musique ou dans les lieux publics, André Marie Tala tient à mener sa vie avec une grande marge d’indépendance. "Je n’ai pas de complexe à ce sujet, je suis un homme équilibré. A Paris comme à Douala, j’ai appris à connaître les coins et les recoins de ma maison. Je me déplace sans aide. Je retrouve facilement les clés et ouvre les portes sans difficulté", déclare-t-il.

Avec le temps, les autres sens se sont considérablement développés chez lui. Il pianote tout seul sur ses deux téléphones portables pour joindre des amis. Il reconnaît aussi facilement les appels de ses amis à partir des voix. Plus surprenant encore, quand le temps lui permet, André Marie Tala est très souvent aperçu au stade de la Réunification de Douala ou Ahmadou Ahidjo de Yaoundé à l’occasion des matches de football. "Je vis les mêmes sensations de match que tous les autres spectateurs. Si je n’ai personne pour me faire relater les matches, je mets ma radio à l’oreille. N’oubliez pas que cette cécité intervient à l’âge de quinze ans. J’ai donc eu le temps de jouer au football et de maîtriser son langage", explique Tala qui n’a jamais voulu intégrer les centres de formation pour aveugles ou malvoyants.

"Je n’ai jamais appris la musique à l’aide du braille mais à l’oreille. J’avais tout simplement besoin que l’on me demande de placer l’index dans tel cadre, l’annulaire dans tel autre…", affirme-t-il. A l’âge de 17 ans, à l’instar des jeunes gens de sa génération, André Marie Tala succombe à la déferlante de la musique française. C’est l’époque des "yéyés". Et de tous les chanteurs, c’est à Johnny Hallyday que va sa préférence. Influencé par ces sonorités occidentales et accords nouveaux, il fonde son tout premier groupe musical, les Rock Boys avec lesquels il interprète ses premières compositions à succès: Les peines du travail, Honore ton père et ta mère.

André Marie Tala et son groupe font quelques tournées à l’Ouest, dans le Cameroun tout entier, puis à travers l’Afrique. Pour matérialiser leur appartenance à l’Afrique noire, les Rock Boys deviennent les Black Tigers avec pour guitariste le jeune Sam Fan Thomas, créateur plus tard du rythme Makassi. Le groupe va ensuite voler de succès en succès. A 20 ans, André Marie Tala rencontre Manu Dibango dont les enseignements sont riches et bénéfiques à plus d’un titre. D’autant que Manu lui donne quelques bonnes adresses de maisons de disques en France.

Bend skin
Grâce à la solidarité des membres de sa famille, il s’envole pour Paris en octobre 1972 où il signe son tout premier contrat avec la maison Decca. L’opportunité est donc ainsi offerte à André Marie Tala de faire étalage une fois de plus de son talent. Il compose alors des titres tels que Sikati, Potaksina, Namala Ebolo, Pardonne-moi, arrangés par Manu Dibango. Pour ce coup d’essai, André Marie Tala va réaliser un véritable coup de maître, avec plus de cent mille disques vendus. Depuis ce temps-là, Tala va entrer dans la cour des grands et se faire définitivement un nom tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays.
"Si la musique est l’art d’agencer les sons de manière à les rendre agréables à l’oreille, elle n’est pas moins un moyen efficace pour passer des messages et remuer les consciences", déclare-t-il. Moraliste, philosophe et visionnaire, il a su décrire avec ferveur, dans ses chansons, les maux qui minent notre société. Dans Lomdie, Tala fustige l’attitude de ces parents qui transforment leurs filles en marchandise banalisant ainsi le concept du mariage. Dans Potaksina, il déplore l’insatiabilité, l’ingratitude de l’homme vis-à-vis de son Créateur.

A travers Up side strong l’artiste prévoyait la cherté de la vie, ce qui se vérifie de nos jours. Dans son très célèbre Je vais à Yaoundé, il posait, il y a plus de trente ans, le problème de l’exode rural et ses conséquences. Poneka s’adresse à ces Africains de plus en plus tournés vers la facilité au détriment du travail. Qui saurait me dire est un Sos lancé en direction des décideurs du monde afin qu’ils aident les pays pauvres à sortir de l’impasse économique. Dans What your problem? Tala se demande comment l’Afrique peut-elle avoir un sous-sol riche et vivre continuellement dans la misère. Dans Source de montagnes, André Marie Tala invite les Africains à prendre conscience de la valeur de leur culture, à se ressourcer et à bouter hors de la société, le phénomène d’acculturation.

En français, en anglais, et dans de nombreuses langues du Cameroun, André Marie Tala pose ces problèmes. L’on ne saurait parler de Tala sans toutefois faire allusion au rythme ben skin auquel il donna une nouvelle dimension au début des années 90. Avant cette période, ce rythme bien que connu des milieux culturels de l’Ouest Cameroun, ne déchaînait pas encore de nombreuses passions à travers le pays. Fort de ce constat, André Marie Tala réalise que le Bend skin peut être un élément fédérateur pour les différentes tribus du Cameroun. Ceci le pousse à effectuer des recherches profondes pour l’arrimer à la modernité. Le Bend skin, le culte de l’effort, est dorénavant joué avec le piano, la basse, les batteries, …

La guitare sur laquelle il a su créer les harmonies de cette nouvelle trouvaille, lui donnant ainsi une dimension internationale avec la sortie en 1993 de l’album Bend skin. Avec André Marie Tala le Bend skin va faire tache d’huile. Après des tournées en Europe et aux Etats-Unis qui ont permis à l’artiste de faire connaître ce rythme, les fruits de cette reconnaissance ne se font pas attendre. Le prix Kora 2000 lui sera décerné à Sun city en Afrique du Sud dans la catégorie de meilleur artiste de l’Afrique centrale pour le titre Piego hela. Et à ce jour, au bout d’un parcours de 36 ans, André-Marie Tala poursuit son chemin et soutient surtout que sans la musique, la vie serait une erreur.

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André Marie Tala : La cécité n’est pas un handicap

André Marie Tala : La cécité n’est pas un handicap


L’artiste vient de sortir un dix-huitième album, un an après avoir célébré ses 35 ans de carrière musicale.
Dippah Kayessé


L’année dernière, André Marie Tala, célébrait sans tambour ni trompette ses 35 années de musique à travers des concerts de musique sur l’étendue du territoire national. Lâché par les sponsors, sans soutien du ministère de tutelle, l’évènement se transforma très vite en un véritable échec. "Si j’avais écouté les conseils, cet évènement n’aurait pas eu lieu", regrette aujourd’hui l’artiste. "C’est la plus grosse déception de toute ma carrière musicale. Qu’au Cameroun les pouvoirs publics ne puissent pas se mobiliser pour m’apporter le soutien nécessaire en pareille circonstance est impensable", fulmine-t-il avec amertume.

Le promoteur du Tchamassi et précurseur du Bend skin, a fortement marqué la scène musicale nationale et internationale. Son titre Je vais à Yaoundé, sorti en 1972, lui ouvre les portes de la consécration à l’étranger. Le texte de cette chanson figure dans les manuels scolaires de la classe de 5e en France. En juin 1983, cette chanson et son auteur sont cités par le chef de l’Etat français, François Mitterrand alors en visite officielle au Cameroun. En 1978, "Je vais à Yaoundé vaut à son auteur le prix de la jeune chanson française à Paris…”
L’échec consommé en 2005, André Marie Tala revient vers son public à la faveur de son 19e album, Source des montagnes, sorti en décembre 2006, après Koungne paru en 2000. Il vient ainsi de semer tous ceux qui croyaient qu’il était à cours d’inspiration. C’était seulement mal connaître cet artiste dont la rigueur, le professionnalisme et l’esprit perfectionniste ont toujours guidé l’œuvre musicale.

"Ce sont les seules raisons pour lesquelles j’ai jugé utile de prendre le temps nécessaire à la réalisation de cet album de onze titres en live avec des rythmes variés et tirés des profondeurs de la culture grassfield", soutient-il. Fidèle à lui-même, André Marie Tala puise une fois de plus aux sources de la culture traditionnelle de l’Ouest Cameroun, usant des proverbes et des instruments de musique appropriés pour son genre. Source des montagnes se retrouve donc dans les bacs 33 ans après Hot Koki. Cet album qui avait connu un succès international a d’ailleurs d’être plagié par James Brown, parrain de la Soul music, à l’époque au sommet de son art, sous le titre de The Hustle.
En 1978, après quatre années de rudes combats juridiques, la justice américaine donne raison au Camerounais et James Brown est condamné à lui verser la totalité des droits. "Il faut avouer que ce fut une étape marquante tout au début de ma carrière. Elle m’a aussitôt donné la parfaite mesure de mon talent et une vraie idée du monde de la musique", se félicite André Marie Tala.

Toutefois, André Marie Tala garde du parrain de la Soul music, décédé le 25 décembre 2005, l’image d’un homme ayant accompli sa mission sur terre. A ses yeux, James Brown a marqué de son empreinte les genres du Rap, du Disco ou encore du Funk dans les années 50. Né le 29 octobre 1950 à Bandjoun, chef-lieu du département du Khoung-Khi dans la province de l’Ouest, André Marie Tala, très vite, se familiarise avec le monde de la musique. Il bénéficie du soutien de son oncle et de sa grand-mère, tous musiciens. "A trois ans déjà, je jouais du tambour et sans trop savoir comment, je faisais danser tout le monde autour de moi", confie-t-il. Pour l’entourage, l’inclinaison musicale d’André Marie Tala est innée, car d’aussi loin qu’on le suit, la musique a toujours occupé une place prépondérante dans sa vie.

Cécité
Orphelin de mère à quatre ans, André Marie Tala perd son père quelque temps plus tard. Il sera confié à sa grand-mère qui se charge de lui assurer une éducation. "Celle-ci sera essentiellement basée sur l’enseignement des saintes Ecritures et de la prière dont la lecture de la bible le matin, le soir…à toute heure est devenue une articulation incontournable de l’activité courante". Issu d’un milieu défavorisé et piqué par le virus de la musique, il fabrique lui-même sa première guitare à base de fil de nylon et s’applique à imiter le plus fidèlement possible les rythmes qui berçaient son enfance. En l’absence de conservatoire, c’est dans les cabarets et boîtes de nuit à Douala et à Bafoussam que Tala va apprendre à jouer véritablement la musique.

Ces expériences vont lui conférer rapidement la maîtrise de la scène, de la voix, de l’orchestration… éléments indispensables pour sa future carrière. Malheureusement, à l’âge de 15 ans, le jeune collégien va brutalement perdre la vue. "Ce fut d’abord un œil, puis l’autre. A l’époque, j’ai rencontré à Douala un médecin français qui s’est limité à me prescrire des collyres", se souvient-il. "A mon arrivée en France en 1972, les médecins vont m’annoncer qu’ils ne peuvent pas m’opérer parce qu’il y avait un décollement de la rétine des deux côtés. C’est ainsi que je vais perdre définitivement la vue". Depuis lors, cet homme ne se sépare plus de sa paire de lunettes noires.
En dehors de son guide, qui lui tient la main lors des concerts de musique ou dans les lieux publics, André Marie Tala tient à mener sa vie avec une grande marge d’indépendance. "Je n’ai pas de complexe à ce sujet, je suis un homme équilibré. A Paris comme à Douala, j’ai appris à connaître les coins et les recoins de ma maison. Je me déplace sans aide. Je retrouve facilement les clés et ouvre les portes sans difficulté", déclare-t-il.

Avec le temps, les autres sens se sont considérablement développés chez lui. Il pianote tout seul sur ses deux téléphones portables pour joindre des amis. Il reconnaît aussi facilement les appels de ses amis à partir des voix. Plus surprenant encore, quand le temps lui permet, André Marie Tala est très souvent aperçu au stade de la Réunification de Douala ou Ahmadou Ahidjo de Yaoundé à l’occasion des matches de football. "Je vis les mêmes sensations de match que tous les autres spectateurs. Si je n’ai personne pour me faire relater les matches, je mets ma radio à l’oreille. N’oubliez pas que cette cécité intervient à l’âge de quinze ans. J’ai donc eu le temps de jouer au football et de maîtriser son langage", explique Tala qui n’a jamais voulu intégrer les centres de formation pour aveugles ou malvoyants.

"Je n’ai jamais appris la musique à l’aide du braille mais à l’oreille. J’avais tout simplement besoin que l’on me demande de placer l’index dans tel cadre, l’annulaire dans tel autre…", affirme-t-il. A l’âge de 17 ans, à l’instar des jeunes gens de sa génération, André Marie Tala succombe à la déferlante de la musique française. C’est l’époque des "yéyés". Et de tous les chanteurs, c’est à Johnny Hallyday que va sa préférence. Influencé par ces sonorités occidentales et accords nouveaux, il fonde son tout premier groupe musical, les Rock Boys avec lesquels il interprète ses premières compositions à succès: Les peines du travail, Honore ton père et ta mère.

André Marie Tala et son groupe font quelques tournées à l’Ouest, dans le Cameroun tout entier, puis à travers l’Afrique. Pour matérialiser leur appartenance à l’Afrique noire, les Rock Boys deviennent les Black Tigers avec pour guitariste le jeune Sam Fan Thomas, créateur plus tard du rythme Makassi. Le groupe va ensuite voler de succès en succès. A 20 ans, André Marie Tala rencontre Manu Dibango dont les enseignements sont riches et bénéfiques à plus d’un titre. D’autant que Manu lui donne quelques bonnes adresses de maisons de disques en France.

Bend skin
Grâce à la solidarité des membres de sa famille, il s’envole pour Paris en octobre 1972 où il signe son tout premier contrat avec la maison Decca. L’opportunité est donc ainsi offerte à André Marie Tala de faire étalage une fois de plus de son talent. Il compose alors des titres tels que Sikati, Potaksina, Namala Ebolo, Pardonne-moi, arrangés par Manu Dibango. Pour ce coup d’essai, André Marie Tala va réaliser un véritable coup de maître, avec plus de cent mille disques vendus. Depuis ce temps-là, Tala va entrer dans la cour des grands et se faire définitivement un nom tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays.
"Si la musique est l’art d’agencer les sons de manière à les rendre agréables à l’oreille, elle n’est pas moins un moyen efficace pour passer des messages et remuer les consciences", déclare-t-il. Moraliste, philosophe et visionnaire, il a su décrire avec ferveur, dans ses chansons, les maux qui minent notre société. Dans Lomdie, Tala fustige l’attitude de ces parents qui transforment leurs filles en marchandise banalisant ainsi le concept du mariage. Dans Potaksina, il déplore l’insatiabilité, l’ingratitude de l’homme vis-à-vis de son Créateur.

A travers Up side strong l’artiste prévoyait la cherté de la vie, ce qui se vérifie de nos jours. Dans son très célèbre Je vais à Yaoundé, il posait, il y a plus de trente ans, le problème de l’exode rural et ses conséquences. Poneka s’adresse à ces Africains de plus en plus tournés vers la facilité au détriment du travail. Qui saurait me dire est un Sos lancé en direction des décideurs du monde afin qu’ils aident les pays pauvres à sortir de l’impasse économique. Dans What your problem? Tala se demande comment l’Afrique peut-elle avoir un sous-sol riche et vivre continuellement dans la misère. Dans Source de montagnes, André Marie Tala invite les Africains à prendre conscience de la valeur de leur culture, à se ressourcer et à bouter hors de la société, le phénomène d’acculturation.

En français, en anglais, et dans de nombreuses langues du Cameroun, André Marie Tala pose ces problèmes. L’on ne saurait parler de Tala sans toutefois faire allusion au rythme ben skin auquel il donna une nouvelle dimension au début des années 90. Avant cette période, ce rythme bien que connu des milieux culturels de l’Ouest Cameroun, ne déchaînait pas encore de nombreuses passions à travers le pays. Fort de ce constat, André Marie Tala réalise que le Bend skin peut être un élément fédérateur pour les différentes tribus du Cameroun. Ceci le pousse à effectuer des recherches profondes pour l’arrimer à la modernité. Le Bend skin, le culte de l’effort, est dorénavant joué avec le piano, la basse, les batteries, …

La guitare sur laquelle il a su créer les harmonies de cette nouvelle trouvaille, lui donnant ainsi une dimension internationale avec la sortie en 1993 de l’album Bend skin. Avec André Marie Tala le Bend skin va faire tache d’huile. Après des tournées en Europe et aux Etats-Unis qui ont permis à l’artiste de faire connaître ce rythme, les fruits de cette reconnaissance ne se font pas attendre. Le prix Kora 2000 lui sera décerné à Sun city en Afrique du Sud dans la catégorie de meilleur artiste de l’Afrique centrale pour le titre Piego hela. Et à ce jour, au bout d’un parcours de 36 ans, André-Marie Tala poursuit son chemin et soutient surtout que sans la musique, la vie serait une erreur.

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André Marie Tala : La cécité n’est pas un handicap


L’artiste vient de sortir un dix-huitième album, un an après avoir célébré ses 35 ans de carrière musicale.
Dippah Kayessé


L’année dernière, André Marie Tala, célébrait sans tambour ni trompette ses 35 années de musique à travers des concerts de musique sur l’étendue du territoire national. Lâché par les sponsors, sans soutien du ministère de tutelle, l’évènement se transforma très vite en un véritable échec. "Si j’avais écouté les conseils, cet évènement n’aurait pas eu lieu", regrette aujourd’hui l’artiste. "C’est la plus grosse déception de toute ma carrière musicale. Qu’au Cameroun les pouvoirs publics ne puissent pas se mobiliser pour m’apporter le soutien nécessaire en pareille circonstance est impensable", fulmine-t-il avec amertume.

Le promoteur du Tchamassi et précurseur du Bend skin, a fortement marqué la scène musicale nationale et internationale. Son titre Je vais à Yaoundé, sorti en 1972, lui ouvre les portes de la consécration à l’étranger. Le texte de cette chanson figure dans les manuels scolaires de la classe de 5e en France. En juin 1983, cette chanson et son auteur sont cités par le chef de l’Etat français, François Mitterrand alors en visite officielle au Cameroun. En 1978, "Je vais à Yaoundé vaut à son auteur le prix de la jeune chanson française à Paris…”
L’échec consommé en 2005, André Marie Tala revient vers son public à la faveur de son 19e album, Source des montagnes, sorti en décembre 2006, après Koungne paru en 2000. Il vient ainsi de semer tous ceux qui croyaient qu’il était à cours d’inspiration. C’était seulement mal connaître cet artiste dont la rigueur, le professionnalisme et l’esprit perfectionniste ont toujours guidé l’œuvre musicale.

"Ce sont les seules raisons pour lesquelles j’ai jugé utile de prendre le temps nécessaire à la réalisation de cet album de onze titres en live avec des rythmes variés et tirés des profondeurs de la culture grassfield", soutient-il. Fidèle à lui-même, André Marie Tala puise une fois de plus aux sources de la culture traditionnelle de l’Ouest Cameroun, usant des proverbes et des instruments de musique appropriés pour son genre. Source des montagnes se retrouve donc dans les bacs 33 ans après Hot Koki. Cet album qui avait connu un succès international a d’ailleurs d’être plagié par James Brown, parrain de la Soul music, à l’époque au sommet de son art, sous le titre de The Hustle.
En 1978, après quatre années de rudes combats juridiques, la justice américaine donne raison au Camerounais et James Brown est condamné à lui verser la totalité des droits. "Il faut avouer que ce fut une étape marquante tout au début de ma carrière. Elle m’a aussitôt donné la parfaite mesure de mon talent et une vraie idée du monde de la musique", se félicite André Marie Tala.

Toutefois, André Marie Tala garde du parrain de la Soul music, décédé le 25 décembre 2005, l’image d’un homme ayant accompli sa mission sur terre. A ses yeux, James Brown a marqué de son empreinte les genres du Rap, du Disco ou encore du Funk dans les années 50. Né le 29 octobre 1950 à Bandjoun, chef-lieu du département du Khoung-Khi dans la province de l’Ouest, André Marie Tala, très vite, se familiarise avec le monde de la musique. Il bénéficie du soutien de son oncle et de sa grand-mère, tous musiciens. "A trois ans déjà, je jouais du tambour et sans trop savoir comment, je faisais danser tout le monde autour de moi", confie-t-il. Pour l’entourage, l’inclinaison musicale d’André Marie Tala est innée, car d’aussi loin qu’on le suit, la musique a toujours occupé une place prépondérante dans sa vie.

Cécité
Orphelin de mère à quatre ans, André Marie Tala perd son père quelque temps plus tard. Il sera confié à sa grand-mère qui se charge de lui assurer une éducation. "Celle-ci sera essentiellement basée sur l’enseignement des saintes Ecritures et de la prière dont la lecture de la bible le matin, le soir…à toute heure est devenue une articulation incontournable de l’activité courante". Issu d’un milieu défavorisé et piqué par le virus de la musique, il fabrique lui-même sa première guitare à base de fil de nylon et s’applique à imiter le plus fidèlement possible les rythmes qui berçaient son enfance. En l’absence de conservatoire, c’est dans les cabarets et boîtes de nuit à Douala et à Bafoussam que Tala va apprendre à jouer véritablement la musique.

Ces expériences vont lui conférer rapidement la maîtrise de la scène, de la voix, de l’orchestration… éléments indispensables pour sa future carrière. Malheureusement, à l’âge de 15 ans, le jeune collégien va brutalement perdre la vue. "Ce fut d’abord un œil, puis l’autre. A l’époque, j’ai rencontré à Douala un médecin français qui s’est limité à me prescrire des collyres", se souvient-il. "A mon arrivée en France en 1972, les médecins vont m’annoncer qu’ils ne peuvent pas m’opérer parce qu’il y avait un décollement de la rétine des deux côtés. C’est ainsi que je vais perdre définitivement la vue". Depuis lors, cet homme ne se sépare plus de sa paire de lunettes noires.
En dehors de son guide, qui lui tient la main lors des concerts de musique ou dans les lieux publics, André Marie Tala tient à mener sa vie avec une grande marge d’indépendance. "Je n’ai pas de complexe à ce sujet, je suis un homme équilibré. A Paris comme à Douala, j’ai appris à connaître les coins et les recoins de ma maison. Je me déplace sans aide. Je retrouve facilement les clés et ouvre les portes sans difficulté", déclare-t-il.

Avec le temps, les autres sens se sont considérablement développés chez lui. Il pianote tout seul sur ses deux téléphones portables pour joindre des amis. Il reconnaît aussi facilement les appels de ses amis à partir des voix. Plus surprenant encore, quand le temps lui permet, André Marie Tala est très souvent aperçu au stade de la Réunification de Douala ou Ahmadou Ahidjo de Yaoundé à l’occasion des matches de football. "Je vis les mêmes sensations de match que tous les autres spectateurs. Si je n’ai personne pour me faire relater les matches, je mets ma radio à l’oreille. N’oubliez pas que cette cécité intervient à l’âge de quinze ans. J’ai donc eu le temps de jouer au football et de maîtriser son langage", explique Tala qui n’a jamais voulu intégrer les centres de formation pour aveugles ou malvoyants.

"Je n’ai jamais appris la musique à l’aide du braille mais à l’oreille. J’avais tout simplement besoin que l’on me demande de placer l’index dans tel cadre, l’annulaire dans tel autre…", affirme-t-il. A l’âge de 17 ans, à l’instar des jeunes gens de sa génération, André Marie Tala succombe à la déferlante de la musique française. C’est l’époque des "yéyés". Et de tous les chanteurs, c’est à Johnny Hallyday que va sa préférence. Influencé par ces sonorités occidentales et accords nouveaux, il fonde son tout premier groupe musical, les Rock Boys avec lesquels il interprète ses premières compositions à succès: Les peines du travail, Honore ton père et ta mère.

André Marie Tala et son groupe font quelques tournées à l’Ouest, dans le Cameroun tout entier, puis à travers l’Afrique. Pour matérialiser leur appartenance à l’Afrique noire, les Rock Boys deviennent les Black Tigers avec pour guitariste le jeune Sam Fan Thomas, créateur plus tard du rythme Makassi. Le groupe va ensuite voler de succès en succès. A 20 ans, André Marie Tala rencontre Manu Dibango dont les enseignements sont riches et bénéfiques à plus d’un titre. D’autant que Manu lui donne quelques bonnes adresses de maisons de disques en France.

Bend skin
Grâce à la solidarité des membres de sa famille, il s’envole pour Paris en octobre 1972 où il signe son tout premier contrat avec la maison Decca. L’opportunité est donc ainsi offerte à André Marie Tala de faire étalage une fois de plus de son talent. Il compose alors des titres tels que Sikati, Potaksina, Namala Ebolo, Pardonne-moi, arrangés par Manu Dibango. Pour ce coup d’essai, André Marie Tala va réaliser un véritable coup de maître, avec plus de cent mille disques vendus. Depuis ce temps-là, Tala va entrer dans la cour des grands et se faire définitivement un nom tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays.
"Si la musique est l’art d’agencer les sons de manière à les rendre agréables à l’oreille, elle n’est pas moins un moyen efficace pour passer des messages et remuer les consciences", déclare-t-il. Moraliste, philosophe et visionnaire, il a su décrire avec ferveur, dans ses chansons, les maux qui minent notre société. Dans Lomdie, Tala fustige l’attitude de ces parents qui transforment leurs filles en marchandise banalisant ainsi le concept du mariage. Dans Potaksina, il déplore l’insatiabilité, l’ingratitude de l’homme vis-à-vis de son Créateur.

A travers Up side strong l’artiste prévoyait la cherté de la vie, ce qui se vérifie de nos jours. Dans son très célèbre Je vais à Yaoundé, il posait, il y a plus de trente ans, le problème de l’exode rural et ses conséquences. Poneka s’adresse à ces Africains de plus en plus tournés vers la facilité au détriment du travail. Qui saurait me dire est un Sos lancé en direction des décideurs du monde afin qu’ils aident les pays pauvres à sortir de l’impasse économique. Dans What your problem? Tala se demande comment l’Afrique peut-elle avoir un sous-sol riche et vivre continuellement dans la misère. Dans Source de montagnes, André Marie Tala invite les Africains à prendre conscience de la valeur de leur culture, à se ressourcer et à bouter hors de la société, le phénomène d’acculturation.

En français, en anglais, et dans de nombreuses langues du Cameroun, André Marie Tala pose ces problèmes. L’on ne saurait parler de Tala sans toutefois faire allusion au rythme ben skin auquel il donna une nouvelle dimension au début des années 90. Avant cette période, ce rythme bien que connu des milieux culturels de l’Ouest Cameroun, ne déchaînait pas encore de nombreuses passions à travers le pays. Fort de ce constat, André Marie Tala réalise que le Bend skin peut être un élément fédérateur pour les différentes tribus du Cameroun. Ceci le pousse à effectuer des recherches profondes pour l’arrimer à la modernité. Le Bend skin, le culte de l’effort, est dorénavant joué avec le piano, la basse, les batteries, …

La guitare sur laquelle il a su créer les harmonies de cette nouvelle trouvaille, lui donnant ainsi une dimension internationale avec la sortie en 1993 de l’album Bend skin. Avec André Marie Tala le Bend skin va faire tache d’huile. Après des tournées en Europe et aux Etats-Unis qui ont permis à l’artiste de faire connaître ce rythme, les fruits de cette reconnaissance ne se font pas attendre. Le prix Kora 2000 lui sera décerné à Sun city en Afrique du Sud dans la catégorie de meilleur artiste de l’Afrique centrale pour le titre Piego hela. Et à ce jour, au bout d’un parcours de 36 ans, André-Marie Tala poursuit son chemin et soutient surtout que sans la musique, la vie serait une erreur.

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André Marie Tala : La cécité n’est pas un handicap

André Marie Tala : La cécité n’est pas un handicap


L’artiste vient de sortir un dix-huitième album, un an après avoir célébré ses 35 ans de carrière musicale.
Dippah Kayessé


L’année dernière, André Marie Tala, célébrait sans tambour ni trompette ses 35 années de musique à travers des concerts de musique sur l’étendue du territoire national. Lâché par les sponsors, sans soutien du ministère de tutelle, l’évènement se transforma très vite en un véritable échec. "Si j’avais écouté les conseils, cet évènement n’aurait pas eu lieu", regrette aujourd’hui l’artiste. "C’est la plus grosse déception de toute ma carrière musicale. Qu’au Cameroun les pouvoirs publics ne puissent pas se mobiliser pour m’apporter le soutien nécessaire en pareille circonstance est impensable", fulmine-t-il avec amertume.

Le promoteur du Tchamassi et précurseur du Bend skin, a fortement marqué la scène musicale nationale et internationale. Son titre Je vais à Yaoundé, sorti en 1972, lui ouvre les portes de la consécration à l’étranger. Le texte de cette chanson figure dans les manuels scolaires de la classe de 5e en France. En juin 1983, cette chanson et son auteur sont cités par le chef de l’Etat français, François Mitterrand alors en visite officielle au Cameroun. En 1978, "Je vais à Yaoundé vaut à son auteur le prix de la jeune chanson française à Paris…”
L’échec consommé en 2005, André Marie Tala revient vers son public à la faveur de son 19e album, Source des montagnes, sorti en décembre 2006, après Koungne paru en 2000. Il vient ainsi de semer tous ceux qui croyaient qu’il était à cours d’inspiration. C’était seulement mal connaître cet artiste dont la rigueur, le professionnalisme et l’esprit perfectionniste ont toujours guidé l’œuvre musicale.

"Ce sont les seules raisons pour lesquelles j’ai jugé utile de prendre le temps nécessaire à la réalisation de cet album de onze titres en live avec des rythmes variés et tirés des profondeurs de la culture grassfield", soutient-il. Fidèle à lui-même, André Marie Tala puise une fois de plus aux sources de la culture traditionnelle de l’Ouest Cameroun, usant des proverbes et des instruments de musique appropriés pour son genre. Source des montagnes se retrouve donc dans les bacs 33 ans après Hot Koki. Cet album qui avait connu un succès international a d’ailleurs d’être plagié par James Brown, parrain de la Soul music, à l’époque au sommet de son art, sous le titre de The Hustle.
En 1978, après quatre années de rudes combats juridiques, la justice américaine donne raison au Camerounais et James Brown est condamné à lui verser la totalité des droits. "Il faut avouer que ce fut une étape marquante tout au début de ma carrière. Elle m’a aussitôt donné la parfaite mesure de mon talent et une vraie idée du monde de la musique", se félicite André Marie Tala.

Toutefois, André Marie Tala garde du parrain de la Soul music, décédé le 25 décembre 2005, l’image d’un homme ayant accompli sa mission sur terre. A ses yeux, James Brown a marqué de son empreinte les genres du Rap, du Disco ou encore du Funk dans les années 50. Né le 29 octobre 1950 à Bandjoun, chef-lieu du département du Khoung-Khi dans la province de l’Ouest, André Marie Tala, très vite, se familiarise avec le monde de la musique. Il bénéficie du soutien de son oncle et de sa grand-mère, tous musiciens. "A trois ans déjà, je jouais du tambour et sans trop savoir comment, je faisais danser tout le monde autour de moi", confie-t-il. Pour l’entourage, l’inclinaison musicale d’André Marie Tala est innée, car d’aussi loin qu’on le suit, la musique a toujours occupé une place prépondérante dans sa vie.

Cécité
Orphelin de mère à quatre ans, André Marie Tala perd son père quelque temps plus tard. Il sera confié à sa grand-mère qui se charge de lui assurer une éducation. "Celle-ci sera essentiellement basée sur l’enseignement des saintes Ecritures et de la prière dont la lecture de la bible le matin, le soir…à toute heure est devenue une articulation incontournable de l’activité courante". Issu d’un milieu défavorisé et piqué par le virus de la musique, il fabrique lui-même sa première guitare à base de fil de nylon et s’applique à imiter le plus fidèlement possible les rythmes qui berçaient son enfance. En l’absence de conservatoire, c’est dans les cabarets et boîtes de nuit à Douala et à Bafoussam que Tala va apprendre à jouer véritablement la musique.

Ces expériences vont lui conférer rapidement la maîtrise de la scène, de la voix, de l’orchestration… éléments indispensables pour sa future carrière. Malheureusement, à l’âge de 15 ans, le jeune collégien va brutalement perdre la vue. "Ce fut d’abord un œil, puis l’autre. A l’époque, j’ai rencontré à Douala un médecin français qui s’est limité à me prescrire des collyres", se souvient-il. "A mon arrivée en France en 1972, les médecins vont m’annoncer qu’ils ne peuvent pas m’opérer parce qu’il y avait un décollement de la rétine des deux côtés. C’est ainsi que je vais perdre définitivement la vue". Depuis lors, cet homme ne se sépare plus de sa paire de lunettes noires.
En dehors de son guide, qui lui tient la main lors des concerts de musique ou dans les lieux publics, André Marie Tala tient à mener sa vie avec une grande marge d’indépendance. "Je n’ai pas de complexe à ce sujet, je suis un homme équilibré. A Paris comme à Douala, j’ai appris à connaître les coins et les recoins de ma maison. Je me déplace sans aide. Je retrouve facilement les clés et ouvre les portes sans difficulté", déclare-t-il.

Avec le temps, les autres sens se sont considérablement développés chez lui. Il pianote tout seul sur ses deux téléphones portables pour joindre des amis. Il reconnaît aussi facilement les appels de ses amis à partir des voix. Plus surprenant encore, quand le temps lui permet, André Marie Tala est très souvent aperçu au stade de la Réunification de Douala ou Ahmadou Ahidjo de Yaoundé à l’occasion des matches de football. "Je vis les mêmes sensations de match que tous les autres spectateurs. Si je n’ai personne pour me faire relater les matches, je mets ma radio à l’oreille. N’oubliez pas que cette cécité intervient à l’âge de quinze ans. J’ai donc eu le temps de jouer au football et de maîtriser son langage", explique Tala qui n’a jamais voulu intégrer les centres de formation pour aveugles ou malvoyants.

"Je n’ai jamais appris la musique à l’aide du braille mais à l’oreille. J’avais tout simplement besoin que l’on me demande de placer l’index dans tel cadre, l’annulaire dans tel autre…", affirme-t-il. A l’âge de 17 ans, à l’instar des jeunes gens de sa génération, André Marie Tala succombe à la déferlante de la musique française. C’est l’époque des "yéyés". Et de tous les chanteurs, c’est à Johnny Hallyday que va sa préférence. Influencé par ces sonorités occidentales et accords nouveaux, il fonde son tout premier groupe musical, les Rock Boys avec lesquels il interprète ses premières compositions à succès: Les peines du travail, Honore ton père et ta mère.

André Marie Tala et son groupe font quelques tournées à l’Ouest, dans le Cameroun tout entier, puis à travers l’Afrique. Pour matérialiser leur appartenance à l’Afrique noire, les Rock Boys deviennent les Black Tigers avec pour guitariste le jeune Sam Fan Thomas, créateur plus tard du rythme Makassi. Le groupe va ensuite voler de succès en succès. A 20 ans, André Marie Tala rencontre Manu Dibango dont les enseignements sont riches et bénéfiques à plus d’un titre. D’autant que Manu lui donne quelques bonnes adresses de maisons de disques en France.

Bend skin
Grâce à la solidarité des membres de sa famille, il s’envole pour Paris en octobre 1972 où il signe son tout premier contrat avec la maison Decca. L’opportunité est donc ainsi offerte à André Marie Tala de faire étalage une fois de plus de son talent. Il compose alors des titres tels que Sikati, Potaksina, Namala Ebolo, Pardonne-moi, arrangés par Manu Dibango. Pour ce coup d’essai, André Marie Tala va réaliser un véritable coup de maître, avec plus de cent mille disques vendus. Depuis ce temps-là, Tala va entrer dans la cour des grands et se faire définitivement un nom tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays.
"Si la musique est l’art d’agencer les sons de manière à les rendre agréables à l’oreille, elle n’est pas moins un moyen efficace pour passer des messages et remuer les consciences", déclare-t-il. Moraliste, philosophe et visionnaire, il a su décrire avec ferveur, dans ses chansons, les maux qui minent notre société. Dans Lomdie, Tala fustige l’attitude de ces parents qui transforment leurs filles en marchandise banalisant ainsi le concept du mariage. Dans Potaksina, il déplore l’insatiabilité, l’ingratitude de l’homme vis-à-vis de son Créateur.

A travers Up side strong l’artiste prévoyait la cherté de la vie, ce qui se vérifie de nos jours. Dans son très célèbre Je vais à Yaoundé, il posait, il y a plus de trente ans, le problème de l’exode rural et ses conséquences. Poneka s’adresse à ces Africains de plus en plus tournés vers la facilité au détriment du travail. Qui saurait me dire est un Sos lancé en direction des décideurs du monde afin qu’ils aident les pays pauvres à sortir de l’impasse économique. Dans What your problem? Tala se demande comment l’Afrique peut-elle avoir un sous-sol riche et vivre continuellement dans la misère. Dans Source de montagnes, André Marie Tala invite les Africains à prendre conscience de la valeur de leur culture, à se ressourcer et à bouter hors de la société, le phénomène d’acculturation.

En français, en anglais, et dans de nombreuses langues du Cameroun, André Marie Tala pose ces problèmes. L’on ne saurait parler de Tala sans toutefois faire allusion au rythme ben skin auquel il donna une nouvelle dimension au début des années 90. Avant cette période, ce rythme bien que connu des milieux culturels de l’Ouest Cameroun, ne déchaînait pas encore de nombreuses passions à travers le pays. Fort de ce constat, André Marie Tala réalise que le Bend skin peut être un élément fédérateur pour les différentes tribus du Cameroun. Ceci le pousse à effectuer des recherches profondes pour l’arrimer à la modernité. Le Bend skin, le culte de l’effort, est dorénavant joué avec le piano, la basse, les batteries, …

La guitare sur laquelle il a su créer les harmonies de cette nouvelle trouvaille, lui donnant ainsi une dimension internationale avec la sortie en 1993 de l’album Bend skin. Avec André Marie Tala le Bend skin va faire tache d’huile. Après des tournées en Europe et aux Etats-Unis qui ont permis à l’artiste de faire connaître ce rythme, les fruits de cette reconnaissance ne se font pas attendre. Le prix Kora 2000 lui sera décerné à Sun city en Afrique du Sud dans la catégorie de meilleur artiste de l’Afrique centrale pour le titre Piego hela. Et à ce jour, au bout d’un parcours de 36 ans, André-Marie Tala poursuit son chemin et soutient surtout que sans la musique, la vie serait une erreur.

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