Jean Claude Laurent : Il y a beaucoup de choses à changer à la Cmc
Le nouveau DG de la société de droit d’auteur fait part de ses premières observations.
Propos recueillis par Jules Romuald Nkonlak – Vous étiez déjà là au mois de novembre, quand voius avez été porté à la tête de la Cmc, vous revenez en mars pour prendre vos fonctions. A quoi vous êtes vous attelé dans l’intervalle de temps ?
J’ai passé dix jours ici la première fois, je n’ai pas lâché le Pca d’une semelle et j’ai vu beaucoup de choses. De retour en France, je me suis documenté sur quantité de sujets, sur la loi, sur les problèmes que j’ai vu ici en ce qui concerne la comptabilité et les répartitions. Je suis allé au siège de la Sacem pour un complément de formation dans les domaines dans lesquels je n’avais pas travaillé et j’ai fait un grand voyage en Inde. Certains se sont posés des questions au Cameroun. En fait, quand la Sacem m’a contacté pour me demander si j’étais intéressé pour une mission au Cameroun, j’ai rencontré Sam Mbendé à Paris et je lui ai dit ainsi qu’à la Sacem que j’ai deux contraintes. La première c’est qu’avant que la Sacem ne me contacte, j’ai payé un voyage assez onéreux pour mon épouse et moi pour l’Inde et connaissant les finances de la Cmc, j’ai un peu de scrupules à leur demander de me rembourser mon voyage. La Cmc m’a dit, si vous voulez nous aider, venez voir pendant dix jours comment ça se passe, ensuite vous revenez en France, vous faites votre voyage. Voilà la vraie raison pour laquelle deux mois se sont écoulés.
Vous êtes désormais installés à la direction générale de la Cmc. Quelles sont vos premières observations ?
La Cmc existe depuis quelques années et a connu de mauvaises affaires. C’est Sam Mbendé qui a fait office plus ou moins de directeur général. Ce n’était pas son rôle, mais il a fait un travail extraordinaire pour faire en sorte que les répartitions puissent se faire. Il n’y avait pas de véritable direction générale. Mon constat aujourd’hui c’est qu’il y a une absence totale d’encadrement à la Cmc, avec une méconnaissance flagrante des procédures par l’ensemble du personnel, une absence totale de rigueur, un personnel livré à lui-même, un peu désemparé, mais avec beaucoup d’espoir. Tous m’ont dit être prêts à collaborer avec moi.
Ça va être difficile parce qu’il y a beaucoup de choses à changer, de procédures à mettre en place. Moi j’ai l’habitude de la rigueur, donc ça va être difficile. Mais, cela étant, je ne viens pas ici pour mettre en place de façon très brutale le management de la Sacem. Si je veux installer ça en huit jours, la Cmc va s’effondrer et le personnel ne va pas tenir le choc. Je vais aller en douceur. L’informatique de la maison est à revoir, il y a un gros problème fiscal, parce que la nouvelle direction a pris la Cmc avec un rappel de Tva très conséquent qui pose problème, parce que ça représente pratiquement la moitié du budget de la paie pour l’année…
On peut avoir un chiffre ?
C’est dans l’ordre de 53 millions de Fcfa. Donc, c’est un gros dossier. J’ai également identifié un problème assez sérieux, mais qui concerne l’extérieur. Je vais difficilement vous en dire plus, car il faudra d’abord que j’en parle aux personnes qui sont concernées. Je vais revoir également la documentation, la répartition…
Vous avez assisté mercredi à un conseil d’administration de la Cmc. Comment vous y avez trouvé l’ambiance ?
L’ambiance que j’ai trouvée c’est la même que celle que j’ai vue lorsque j’ai participé au premier conseil. De la France, je m’étais dit qu’au Cameroun il y avait beaucoup de fantaisie dans les conseils. J’ai assisté à des réunions de directoire à la Sacem et je retrouve la même ambiance.
Vous avez appris toutes les batailles qu’il y a eu autour du droit d’auteur au Cameroun. Quel est votre avis sur la façon dont il est géré ici ?
Avant de venir au Cameroun, je me suis documenté, j’ai analysé 5 ans de presse… quand vous êtes à des milliers de kilomètres, il faut être prudent. Quand vous lisez les journaux, vous n’avez pas toutes les clés. Les clés, je les ai eues quand je suis tombé sur l’audit qui a été réalisé par le cabinet Bekolo et Partners. Je me suis dit, avec ce document, ça me permet de lire la presse avec une certaine fiabilité. Je suis triste pour les auteurs camerounais. Je ne vais pas mettre mon énergie pour régler les problèmes du passé, ce qui m’importe c’est l’avenir.
Cet avenir-là, vous l’envisagez sous un jour plus radieux ?
Il y a un très gros problème d’organisation, en même temps, au niveau des perceptions, je pense qu’il y a beaucoup de choses à remettre en ordre. Si j’avais estimé que la situation était irréversible ou irréversiblement négative, je ne serais pas revenu au Cameroun.
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