“Exils 4” et la question de l’identité
Le spectacle proposé par la compagnie “La part du pauvre” a captivé le public du Ccf mercredi 10 juin 2009 –
Il est 20 heures 30 ce mercredi 10 juin 2009 lorsque les projecteurs qui illuminaient jusque-là la scène de la salle des spectacles du Centre culturel français Blaise Cendrars se sont éteints. Un documentaire projeté s’ouvre sur un dialogue entre un immigré Africain et une jeune femme à la peau blanche. Au menu des échanges l’immigration. L’on a cru un moment qu’Exils 4 était du cinéma. Le public est dérouté. Subitement les projecteurs s’allument avec une faible luminosité. Sur la scène, une valise et une chaise constituent le décor. Une comédienne, traduit par des gestes et des mouvements synchronisés qui ne vont pas sans rappeler quelques exercices de gymnastique, les propos d’une autre actrice qui apparaîtra plus tard sur les planches. Elle fantasme sans arrêt sur son retour au pays.
C’est que Exils 4 est un spectacle transdisciplinaire, hybride, métis et jubilatoire où s’entremêlent la musique, la danse, le texte et la vidéo. Eva Doumbia qui a assuré la conception et la mise en scène justifie ce choix esthétique par la pluralité des messages véhiculés. “Exils 4 est la traduction de l’exil intérieur des enfants immigrés, des problèmes que soulèvent l’immigration, la double identité et l’impossible retour des enfants au bercail” a-t-elle relevé à la fin du show. “Partir chez moi. Je suis prête. Ici, même pas une poubelle, même pas un cendrier. Ici c’est vide. “ Je pars chez moi ” déclare Sherry Traoré à la recherche de son identité auprès de sa tante paternelle Fatoumata Traoré. Le même son de cloche est entonné par le personnage métis, puis une actrice à la peau blanche. “J’ai besoin d’un regard inquisiteur. J’ai besoin d’un regard qui identifie ” clament les trois actrices.
En fait, Sidiki Traoré un immigré africain, lors de son séjour en Occident a procrée trois enfants : une noire, une blanche et une métisse qui recherchent leur identité, qui veulent s’imprégner des réalités locales et au besoin intégrer l’univers culturel de leur géniteur. Il s’agit de la dette du cordon ombilical !
Syncrétisme culturel
Pendant 52 minutes, les spectateurs ne se sont pas tournés les pouces. Ils ont ri au point de mettre les côtes en difficultés. La scène où Sabine Samba dans le rôle de Sherry Traoré subit les rites d’initiation par les bons soins de sa tante Salimata Kamaté dans le rôle de Fatoumata Traoré provoque le délire dans la salle. En milieu de scène, projecteurs allumés, un pagne faisant office de rideau entre le public et les comédiennes, Fatouma Traoré lave sa nièce, Sherry Traoré, enfouie dans un grand récipient. Puis elle convoque les ancêtres en pleine nuit pour une onction initiatique. Ça y est Sherry Traoré, mère de deux enfants, de retour au pays natal a retrouvé sa voie. Le sourire qui ne la quitte plus enfin traduit le syncrétisme culturel réussi.
Exils 4 est finalement un plateau de quatre interprètes d’âges et de cultures différentes jouant un seul personnage en quête de son identité. Un spectacle salué à sa juste valeur par Brigitte Husson, en séjour au Cameroun : “C’est courageux de partir de son pays pour essayer de faire sa vie. Par contre ce n’est pas évident d’être métisse. Une vie embryonnaire n’est pas du tout facile. Je salue les comédiennes qui ont fait preuve de beaucoup d’ingéniosité” a-t-elle affirmé. Après Douala, la bande à Eva Doumbia devait mettre le cap sur la Guinée équatoriale pour la suite de sa tournée.

