Mutuelles : La perche des artistes
Alors que plusieurs artistes continuent de vivre dans des conditions difficiles, on se demande s’il n’est pas temps de relancer ces initiatives. –
En 2008, les artistes étaient tous guillerets, notamment ceux de l’Ensemble national du Cameroun. La ministre de la Culture, Ama Tutu Muna, annonçait alors la signature d’un certain nombre de conventions avec une société d’assurance ; conventions qui auraient du permettre aux artistes détenteurs d’une carte de santé d’avoir accès aux soins de santé et de ne plus présenter, à chaque fois, le visage de l’artiste démuni, sans le sou et incapable de se prendre en charge. Et alors que les artistes membres de l’ensemble national festoyaient, ceux n’ayant pas accès à cette "manne" n’en revenaient pas. D’autant que, pour la plupart, ils ont difficilement accès aux soins de santé et doivent souvent, pour se soigner, faire appel à la solidarité de leurs confrères s’ils n’ont pu bénéficier de l’aide de la société de gestion collective du droit d’auteur dont ils dépendent.
Malheureusement, depuis cette date, l’euphorie s’est estompée chez les membres de l’ensemble national. Et pour cause : "après la déclaration, rien n’a été fait. Madame [la ministre de la Culture, Ama Tutu Muna] nous a fait comprendre qu’il y avait quelques lourdeurs administratives mais qu’elle aussi tient à ce que les choses avancent et que nous puissions nous soigner dignement. Seulement avant cela, il faut que notre statut soit mis au clair", confie sous anonymat un membre du balai national qui, en attendant que toute la procédure soit clarifiée, garde soigneusement la carte de santé qui lui avait été remise et ne lui sert, jusque-là, qu’à nourrir ses espoirs. " C’est l’espoir qui fait vivre, dit-on et on espère donc que comme la ministre a été reconduite à son poste, les choses vont enfin être réglées", lance-t-il, le regard dans le vide.
Leadership
Du coup, parmi les artistes, c’est avec tristesse que l’on repense à toutes ces tentatives avortées de créer une mutuelle des artistes qui ont souvent été engagées au lendemain du décès d’un artiste. C’est ainsi qu’en 1984, au lendemain du décès de l’artiste Bébé Black, Jo Mboulè et Nkotti François créent la Mutuelle des artistes du Cameroun (Mac) dont le but est de créer l’entraide entre les artistes locaux (toute tendance confondue). Malheureuse-ment, les guerres de leadership viendront mettre un frein aux activités de ladite mutuelle qui finira par disparaître laissant les artistes livrés à leur triste sort. Il faudra attendre 21 ans, au lendemain du décès de l’humoriste Essindi Mindja le 25 juillet 2005 pour que l’idée de la mise sur pied d’une mutuelle refasse surface. L’idée soutenue par Bassek ba Kobhio est de créer une mutuelle des artistes qui devrait porter le nom de Mutuelle Essindi Mindja. Mais très vite, à la suite de plusieurs disputes autour des sommes collectées le collectif "sos artistes" arrêtera également ses activités.
Ce qui fait s’interroger Roméo Dika, artiste musicien "avant toute chose, il faut d’abord s’assurer que les artistes eux-mêmes ont besoin de cette mutuelle, savoir s’ils sont prêts à la faire vivre". Ce d’autant que, depuis lors, rien de concret n’a été mis sur pied pour assurer la prise en charge médicale des artistes. Les sociétés de gestion collective du droit d’auteur essaient tant bien que mal de gérer, chacune dans sa catégorie, en puisant dans les fonds d’aide aux artistes. Et Roméo Dika de préciser : "tant que la culture ne sera pas considérée au Cameroun comme un instrument d’action politique, je ne pense pas que nous connaîtrons des évolutions. On veut créer une mutuelle pour quel objectif ? Si tout est défini, je pense que le reste ne souffrira d’aucune complication. Le politique a été celui qui a tué la Mac avec la contribution des musiciens qui ont accepté de se laisser entraîner dans certaines reptations aujourd’hui préjudiciables à notre évolution". Pour l’artiste le premier changement devra s’opérer au sein de la communauté artistique camerounaise qui donne souvent l’impression de ne ps vouloir sortir de l’impasse dans laquelle ils sont engagés.
Dorine Ekwè

