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Hommage : La pensée  » éboussienne  » au scanner

Les travaux du célèbre philosophe sont l’objet d’une somme intéressante dirigée par son ami Ambroise Kom. –

De son vivant, le poète turc Nazim Hikmet écrivait : "Le temps est lourd-Je crie, je crie, je crie- Etre captif là n’est pas la question-Il s’agit de ne pas se rendre". Tout un programme qui depuis a constitué des "raisons d’espérer" pour tous les penseurs qui, bien qu’acculés par un quotidien austère, s’emploient à développer des "ruses" pour extirper leurs peuples de la morosité et rendre quelque optimisme pour l’avenir.
En parcourant le dernier ouvrage du chercheur Ambroise Kom, on ne peut s’empêcher de penser à ces vers. Ce d’autant plus que la figure ainsi portée à la lumière se trouve être "un maître de la pensée" dont l’érudition n’est plus à démontrer tant dans les champs aussi bien philosophique et théologique qui l’ont pratiquement généré, que le champ social qu’il n’a cessé de butiner depuis son travail sur le "Bantu problématique" et "La crise du Muntu" il y a maintenant près de quatre décades.

Ce collectif disponible aux librairies Peuples noirs, Clé et Saint-Paul à Yaoundé sonne comme une sorte d’évaluation du travail de ce penseur, "vigie intellectuelle" dont la silhouette est pourtant familière aux Yaoundéens qui ne perçoivent pas toujours la profondeur d’une pensée fort dynamique. Une profondeur qui se mesure à l’aune du nombre et de la diversité des contributeurs de cette somme. Tant "la philosophie du Muntu" se déploie dans nombre d’aspects de la vie.

C’est ainsi que quatre parties composent l’ouvrage et portent sur la philosophie, la théologie, la pensée vis-à-vis de la société et les témoignages. Parties qui sont encadrées par trois discours d’escorte dont une préface, un prologue et un épilogue. Si les deux premières semblent moins pénétrables pour le grand public du fait du caractère réflexif même des textes, la troisième et la quatrième paraissent plus accessibles. Où le lecteur apprend par exemple que "L’ironie est à coup sûr une des veines majeures qui irriguent le récit éboussien" ; que "Elucider, démêler l’actualité de l’être-au-monde de l’Africain postcolonial pour en dégager le sens et les défis qui en appellent à la responsabilité historique, telle semble être la tâche essentielle que Fabien Eboussi Boulaga assigne à la philosophie" (Kasereka Kavwahirehi).

Un postulat qui fait de lui "Un entrepreneur de la pensée" (Etounga-Manguelle) qui, en pensant "librement (et) autrement" (Djéréké) débouche pour ainsi dire sur des réflexions qui désignent le chercheur comme une sorte de "mauvaise conscience" collective (Kom). Des réflexions qui, confrontées à l’humilité légendaire du chercheur, finissent de nous convaincre, comme il l’a dit lui-même un jour, que "l’expérience des cinq ou trois dernières décennies, achèvent de nous inculquer, dans le sang et les larmes, que la pensée est un problème politique où se joue la vie de tous et de chacun, des individus et des collectivités".

Une pensée si féconde qu’elle s’est donnée à voir sous la plume de l’infatigable chercheur jusque dans les médias comme l’atteste son recueil de textes paru en 1999 sous le titre de "Lignes de résistances". Un Eboussi méditique que le présent collectif a un peu ignoré. Mais on ne pourra point bouder son plaisir à lire la présente somme qui s’inscrit dans le mémorial post-mortem que le même Kom avait commis sur Mongo Béti. Des travaux qui resteront dans la mémoire collective comme des marqueurs importants d’une société qui se refuse encore à ériger ses penseurs en institution pouvant irriguer de nombreux organismes ou une jeunesse en quête de repères. Des penseurs qui, comme le dit un proverbe congolais, sculptent dans la sollicitude le tam-tam qui demain fera danser le pays.

Parfait Tabapsi

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