Le livre du jour : Noire dans un camp nazi
Le roman de Michelle Maillet présente le drame de Sidonie, déportée avec ses jumeaux de cinq ans pendant la seconde guerre mondiale.
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Celui qui veut découvrir le drame brillamment romancé d’une déportation dans un camp de concentration (Ravensbrück) au cours de la seconde guerre mondiale sera servi par le roman de Michelle Maillet. Mais, il y a plus. Ce drame, c’est celui d’une noire. Depuis Serge Bilé, on sait désormais qu’il y avait des noirs dans les camps nazis. Donc une narration épicée, aux allures de reportage, vaut bien le détour.
Celui qui veut découvrir le drame brillamment romancé d’une déportation dans un camp de concentration (Ravensbrück) au cours de la seconde guerre mondiale sera servi par le roman de Michelle Maillet. Mais, il y a plus. Ce drame, c’est celui d’une noire. Depuis Serge Bilé, on sait désormais qu’il y avait des noirs dans les camps nazis. Donc une narration épicée, aux allures de reportage, vaut bien le détour.
Et pourtant, le principal centre d’intérêt du roman de Michelle Maillet se trouve ailleurs. Récit à la première personne comme « Stupeur et tremblements» d’Amélie Nothomb, «L’Etoile noire» peut être considéré comme un modèle littéraire d’hybridation culturelle. On y voit toutes les catégories caractéristiques de l’identité s’entremêler et s’entrechoquer : la race, la religion, la culture, la civilisation, la nationalité, etc. La co-présence et l’interpénétration de ces facteurs font apparaître parfaitement la difficulté qu’il y a à définir l’identité dans le monde actuel.
Au cœur de cette complexité, il y a le drame d’une native de la ville de Saint-Pierre, «la plus jolie ville des Antilles françaises», Sidonie, élève à l’école de médecine, mère de jumeaux de cinq ans, Nicaise et Désiré. La petite famille a été abandonnée par le parent français de race blanche. Noire et domestique de juifs, elle a 25 ans et travaille comme domestique chez des juifs à Bordeaux. Mais, quand éclate la deuxième guerre mondiale, il ne fait pas bon côtoyer les juifs. Sidonie sera donc déportée à l’occasion d’une rafle en 1943.
L’évocation alternée du passé esclavagiste des Noirs au milieu de cette déportation extrabordelaise est une illustration parfaite de la notion de palimpsestes, telle que développée par Gérard Genette : de temps à autre, la narration du voyage par train ou du séjour dans le camp de concentration laisse place à des scènes datant de trois siècles et présentant des esclaves dans des plantations, dans les cales des navires, les chaînes au pied. Autres scènes du passé, plus récent, l’enfance de Sidonie.
La torture physique, la promscuité, les pestilences, voire la folie du camp de Ravensbrück ne seront endurées que grâce à l’invention d’une spiritualité centrée autour d’un dieu baptisé «Agénor». La quête des origines martiniquaises et africaines y sera aussi pour beaucoup. Peu à peu, se servant d’un crayon de fortune, elle se met à écrire le journal de son séjour dans l’enfer des camps de concentration. Une entreprise qui l’aidera à faire le deuil d’une fille morte et d’un fils dont elle a été sevrée et qu’elle ne verra jamais, si l’on en croit cette précision sur laquelle se referme le roman : « C’est ainsi que se termine / le petit carnet de Sidonie./ L’écriture, de plus en plus ténue,/ y est presque illisible./ Ce carnet a été renvoyé par les soins d’une codétenue à la mère de Sidonie,/ qui l’a reçu après la guerre. »
par Maurice Simo Djom
Michelle Maillet,
L’Etoile noire,
Roman, Oh ! Éditions, 2006 (réédition 2009)
Prix Licra
Préface de Simone Veil
209p.

