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Jean Pierre Bekolo: «Le Cameroun n’a pas financé le film sur Eto’o Fils»

Quelles sont les raisons de votre séjour au Cameroun?
J’ai beaucoup de choses à faire, à présenter et à proposer. En plus je suis chez moi, il n’y a pas forcément à justifier pourquoi on est chez soi. Mon agenda, pendant ce séjour a deux axes principaux. Je ressens une espèce de fatigue dans le […]

Quelles sont les raisons de votre séjour au Cameroun?
J’ai beaucoup de choses à faire, à présenter et à proposer. En plus je suis chez moi, il n’y a pas forcément à justifier pourquoi on est chez soi. Mon agenda, pendant ce séjour a deux axes principaux. Je ressens une espèce de fatigue dans le cinéma camerounais, c’est une espèce de coup de blues, personne ne croit plus en rien, les gens se lassent, tout le monde est pessimiste, des salles de cinéma n’existent plus… Je me dis que face à cette ambiance morose, il faut faire quelque chose. La dynamique vient de l’homme, il n’y a pas une intervention providentielle, un destin qui plane négativement sur le cinéma camerounais. C’est dans cet élan que j’essaye de faire quelque chose qui va se décliner dans les prochains jours. Je suis également au Cameroun parce qu’il y a cette opportunité qui ne faut pas rater. La Coupe du monde de football. Près de 2 milliards de téléspectateurs vont regarder l’Afrique et des images. En tant qu’homme d’images, je pense que j’ai mon rôle à jouer. Pour ce faire, j’ai commencé par le projet de réaliser un film sur Samuel Eto’o. Cela a débouché sur une série d’émissions télé dans lesquelles le Cameroun présente l’ensemble de l’Afrique au reste du monde. Le Cameroun en tant que leader bien entendu, car c’est grâce à lui que l’Afrique abrite pour la première fois une phase finale de la Coupe du monde de football.

Depuis plusieurs années, vous êtes sur les traces du goléador camerounais Samuel Eto’o à l’effet de réaliser un film. Où en êtes-vous avec ce projet ?

Il faut comprendre pourquoi ce film est intéressant. Je ne suis déjà pas un fan de foot avant ce projet. Vous savez, quand on parle d’Eto’o d’aujourd’hui, ce n’est pas une affaire nationale, mais plutôt mondiale. Le cinéma africain souffre et il a besoin d’un traitement de choc. Le film sur Samuel Eto’o résolvait le problème du mal être du cinéma africain. On a une star, on a un événement majeur (la Coupe du monde, Ndlr), on a tous les créateurs camerounais et africains qui peuvent se retrouver dans plusieurs métiers et autres domaines comme le graphisme, la prise de son, l’animation la fabrication des costumes, la musique… autour d’un produit qui peut se vendre à l’échelle mondiale. Ce film aurait suffi pour faire renaître le cinéma africain. Un film d’envergure comme celui-là, n’est pas toujours facile à réaliser en Afrique et par les Africains.

Pourquoi, depuis plusieurs années, ce projet de faire un film sur Eto’o tarde à décoller ?

En réalité, nous avons raisonné de plusieurs manières, car le montage financier d’un film se fait également de manière classique. Il y a des partenaires qui apportent autour de la table leurs contributions et chacun met du sien. Je n’ai rien inventé. Dans le montage financier de ce film, nous n’avons jamais eu le Cameroun. Cela a joué plusieurs fois contre nous. Nous avons les Sud-africains qui misaient très gros. Le projet en lui-même devait mobiliser 4 milliards FCfa pour rapporter 17 milliards FCfa. 6millions d’Euros pour 17 millions d’euros de bénéfice. Je dois préciser que 6 millions d’Euros (environ 4 milliards FCfa, Ndlr) est le prix moyen du film en France. Or si l’on se situe sur l’échiquier mondial, quatre milliards c’est raisonnable et Eto’o Fils est une star planétaire. Ce chiffre est à la dimension de l’homme. Nous pouvons faire des choses qui touchent le monde parce que nous avons de la valeur. Nous avons eu les Sud-africains, à travers une chaîne de télévision (SNBC) qui a fait une offre très intéressante, des Espagnols, en l’occurrence un investisseur catalan et jamais le Cameroun. A un moment donné, les Sud-africains se sont mis à poser des questions. Pourquoi c’est à un Camerounais que l’on laisse faire ce film alors que c’est nous qui finançons. Ca c’est posé comme question. Toujours est-il que l’autre raison pour laquelle, les Sud-africains ont plongé est le conflit qui a opposé Jacob Zuma à Thabo Mbéki au conseil d’administration de la chaîne de télévision que nous avons évoquée plus haut. Il n’y a pas une sorte de consensus autour de ce projet. Bien d’autres en ont souffert. Moi, j’ai opté par ailleurs de ne rien demander à Eto’o car je pensais que c’était un moyen d’avoir ma propre liberté. Je suis cinéaste et pas quelqu’un qui fait la promotion d’un joueur. Le film ambitionne de montrer aux jeunes des repères à travers le parcours d’une star de football, modèle d’ascension sociale. Si une figure comme Eto’o peut permettre à cette jeunesse sans repères de trouver des valeurs, des essences, peu importe dans le football ou ailleurs.

Doit-on à ce jour dire adieu à ce projet, y a-t-il des chances que les écueils financiers dont vous faites allusion soient surmontés?

En fait, une affaire d’Eto’o n’est pas l’affaire d’un individu surtout à cette échelle là. J’espère que tout le monde va y mettre du sien, y compris Eto’o Fils lui-même. Nous voulons faire quelque chose pour notre continent. C’est pour cela que nous sommes ouverts et invitons tout le monde autour de la table. Aussi bien le gouvernement que d’autres opérateurs. Aujourd’hui c’est Eto’o, demain ça pourrait bien être quelqu’un d’autre. Si nous sommes unanimes que ce projet est porteur pour l’Afrique, il faut que l’on cesse de penser qu’il s’agit d’une affaire d’un seul individu. On ne peut pas réaliser un tel projet si l’on ne joue pas collectif. D’ailleurs, le football est collectif. Je suis quelqu’un qui va jusqu’au bout. Pour l’instant, je ne peux pas renoncer à ce projet. Je ne comprends pas pourquoi jusqu’à présent au Cameroun on n’a pas encore mis en place une politique culturelle qui prendrait en compte la définition du statut de l’artiste… Les artistes sont clochardisés au quotidien, d’autres en meurent dans l’indifférence générale. Je trouve que c’est dommage de ne pas prévoir car on sait que demain, ces artistes iront à la retraite. On laisse les artistes se débrouiller, amuser la galerie. Je pense que même le président Paul Biya doit veiller à ce que l’on mette sur pied une politique culturelle dans ce pays.

Dans le montage financier du film sur Eto’o, vous semblez dire que le gouvernement du Cameroun rechigne à apporter sa contribution. Or, on sait que la réalisation de votre long métrage « Les Saignantes » a bénéficié du coup de pouce financier du ministère de la Culture via le compte spécial d’affectation et de soutien à la politique culturelle, on reste quand même songeur… Qu’elle explication pouvez vous y apporter ?

Il n’y a pas de logique. Il n’y a pas d’actions concertées. Vous parlez Des Saignantes, ce long métrage a failli être censuré toujours par le même gouvernement. Il n’y a pas de vision, c’est de la navigation à vue. On fait une chose et son contraire. J’ai écrit des lettres à qui de droit et jamais je n’ai eu de réponse. Je me suis renseigné, on m’a dit que le film était trop cher. Je n’ai jamais reçu une réponse officielle. Il ne faut pas perdre l’objectif. Peut-être ce dont je rêve n’est pas utile. Je ne suis pas en train de dire que j’ai la potion magique qui sauvera le cinéma africain. Avec Eto’o, j’essaye de fédérer tous les talents camerounais autour d’un projet fiable dont l’acteur est aussi fiable.

Vous arrivez au Cameroun au moment où il n’existe plus de salles de cinéma. Que vous inspire cette actualité culturelle morose ?

Le modèle économique de ces salles ne tenait pas à la base. Quelqu’un qui ne paye pas ses loyers pendant 15 ans, vous n’allez quand même pas lui demander de rester là. Il s’agit d’un problème de gestion. Le gérant de ces salles vivaient à Paris avec des subventions qu’on lui accordait. Qu’il nous dise ce qu’il a fait de cet argent. La diffusion des films dans ces salles épousait une coloration coloniale. Les copies de films diffusés en France parachutaient au Cameroun. A un moment donné, on s’est essoufflé. A un moment donné, j’ai réuni Joséphine Ndagnou pour un projet de construction d’une salle. Je savais que l’on devrait en arriver là. Mais ce n’est pas une raison. Si c’est le privé qui se résume aujourd’hui à quelques compagnies de téléphone, qui doit tout faire, je dis il y a un problème. Les salles de cinéma, c’est l’équivalent des centres culturels. Des personnalités de ce pays ont bâti des villas, des châteaux grâce à la fortune publique qu’elles ont croquée. Pourquoi ne pas saisir ces immeubles pour en faire des maisons de la culture ? On nous dit qu’il y a des fonds PPTE, je n’en sais pas grand-chose. Mais on nous dit qu’on n’arrive pas à débloquer de l’argent. La procédure est-elle plus compliquée que les besoins ? Les procédures ne doivent pas primer sur les besoins. Elles ne doivent non plus être des reines. J’ai le sentiment qu’on ne s’occupe pas de l’essentiel. Si vous avez un caillou dans la chaussure, il faut l’enlever. Il ne faut pas dire qu’il faut y verser de l’eau glacée, ou des glaçons.

En attendant la réalisation de ce film sur Eto’o ; vous vous êtes engouffré dans un projet éditorial, peut-on en avoir les contours ?

J’avais fait un plan par rapport à cette Coupe du monde depuis de longues années. J’avais prévu des émissions TV entre autres, mais aussi un magazine baptisé Footura, comme pour dire que nous avons besoin du football pour parler des choses importantes et faire des choses pour notre développement. Ce magazine est prêt. Il est en anglais. Il ne concerne pas tous les « footeux ». On y parle d’architecture, à savoir la construction des stades, de la santé avec le cœur de Lilian Thuram qui a mis fin à sa carrière de footballeur, de la spiritualité avec des joueurs qui prient, qui croient en Dieu, de la politique avec tous ces footballeurs qui aujourd’hui veulent devenir président de la République. Le football est la porte d’entrée. Ce magazine sera dans les kiosques sud-africains. C’est une opportunité pour les annonceurs camerounais de se retrouver dans ces kiosques dès le début de la Coupe du monde (début juin, Ndlr).

Repères

1966 Naissance à Yaoundé

Célibataire, père d’enfants

1984 Obtention du Baccalauréat

1986 Monteur à la Cameroon television (CTV) après concours.

1987 Etudiant en physiques et chimie, Université de Yaoundé

Filmographie

1992 Quartier Mozart (Long métrage)

1996 -Le Complot d’Aristote (Long métrage)

– La grammaire de grand-mère (Court métrage)

2007 Les Saignantes (Long métrage)

2008 – Un Africain dans l’espace (Installation vidéo)

– Imagine Africa (Série TV)

2010 – 50 ans vus par JP Bekolo

– Eto’o (Long métrage en cours)

– The big Africa show (Emissions TV panafricaines)

– Gérard Essomba, portrait. (Court métrage)

Bibliographie

2009 Africa for the futur, Achères, France, 2009, 160 p.

Alain NJIPOU

 

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