Valséro : On a dépensé trop de fric pour rien
L’artiste musicien engagé revient sur la récente débâcle des Lions indomptables à la Coupe du monde 2010. –
Malgré que le fait Cameroun soit déjà éliminé de la Coupe du monde, vous portez un maillot des Lions indomptables….
C’est clair, je suis patriote. Mais je précise que le maillot vert-rouge-jaune n’appartient pas seulement aux Lions indomptables. Le vert-rouge-jaune appartient à tout le monde. Le volleyeur qui représente le Cameroun lors d’une compétition porte le vert-rouge-jaune. Idem pour le militaire qui va à Bakassi pour défendre le territoire national. J’aime le foot comme tous les Camerounais, mais je crois que ça nous écarte de nos vraies priorités. Les priorités des Camerounais, c’est l’emploi des jeunes, c’est l’auto-suffisance alimentaire, c’est de se soigner et se vêtir normalement. On a dépensé des centaines et des centaines des millions pour rien. On a dépensé trop de fric pour rien alors qu’on savait pertinemment qu’on n’a pas une équipe pour gagner la Coupe du monde. On ne peut pas gagner la Coupe du monde parce qu’on n’a pas une équipe nationale. On n’a pas une équipe parce que la majorité des joueurs ne jouent pas au Cameroun. A la Coupe du monde 1990 par exemple, nous avions sept joueurs qui jouait dans le championnat camerounais.
A votre avis, que devons-nous faire pour avoir une équipe conquérante ?
C’est simple, tout le monde sait qu’on doit faire. Vous avez vu que toute la Fédération camerounaise de football (Fécafoot), une quarantaine de personnes qui étaient en Afrique du Sud. Qu’est-ce qu’ils foutaient là-bas ? Ils disent qu’ils n’ont pas l’argent pour financer le football des jeunes ou le football féminin par exemple, mais ils ont quand même de l’argent pour se payer plus de deux semaines de mission en Afrique du Sud. C’est qu’il faut faire, ce qu’il faut nettoyer et astiquer la Fécafoot et le ministère des Sports et de l’Education physique. Si on ne le fait pas, rien ne va changer ! Imaginez-vous qu’on puisse faire avancer notre football si on n’a pas de stades dignes de ce nom après six participations à la Coupe du monde ?
Vous menez décidément plusieurs combats à la fois…
Lorsque les gens m’appellent «Général» Valséro, ça ne signifie pas que je sois «Général» du rap ou du hip hop. Je suis en réalité «Général» du Cameroun. En tant que «Général», je mène plusieurs combats à la foi, lorsqu’ils valent la peine.
Ne pensez-vous pas que les joueurs et l’encadrement technique ont également leur part de responsabilité dans cette défaite ?
Non, je ne le crois. Si on n’a pas une équipe nationale, on a pourtant des bons joueurs. Ce n’est pas la faute de Samuel Eto’o ou de qui que ce soit. Le football est un sport collectif. Si vous avez les meilleures individualités du monde et si vous n’avez pas un bon collectif, ça ne sert à rien. On a quel fond de jeu ? Et si à côté de ça, on ramasse plein de gens qui n’ont rien à faire et qui encombre la tanière des Lions avec les multiples réunions qui déconcentrent les Lions, quel résultat attendez-vous?
Propos recueillis par Eric Roland Kongou

