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Peintures de « femmes fortes »
Exposition. Au cœur des ombres de l’esprit humain, de la sensualité féminine et du réalisme déformé avec Justine Gaga, Aza Mansongi et Kristine Tsala. –
Toutes trois sont parties de Douala pour exposer leurs tableaux au siège de la Coopération allemande à Yaoundé, dans le cadre de la 5ème édition de la semaine des « Femmes et filles fortes ». Trois styles complètement différents.
Justine Gaga, 38 ans, explore les ombres de l’esprit humain et plonge dans l’abstraction totale. Avec des titres qui vont avec : Frontières, Incertitudes, Aventure mystérieuse, Panique, Voyage dans l’espace… Il y a là du Goddy Leye, le maître décédé, dont Justine Gaga est bien la fille spirituelle. Les formes humaines sont parfois énigmatiques, posées sur des décors improbables où prédominent le blanc et le noir. « Au départ, je parlais de moi. Aujourd’hui, je parle de vous. Le tourbillon dans lequel l’on vit, la quête de l’identité, la démarche intérieure de chaque individu en vue de ses fins et ses ambitions, le souci du bien-être et de la réussite », explique l’artiste. Dans sa plongée permanente dans la solitude, elle traduit nos angoisses quotidiennes, mais aussi nos espérances, bref, nos esprits sans cesse tiraillés.
Kristine Tsala, 33 ans, est aux antipodes de Gaga, en donnant à voir un réalisme déformé et déformant. Des personnages longilignes, agrandis, avec des cous longs et effilés. Le résultat, c’est cette impression de gigantisme. La recherche d’impact, confie l’artiste. « Il y a de l’élégance mais aussi de l’ironie. L’artiste joue avec l’humour », pense Ulrike Bossler, animatrice d’art et coorganisatrice de l’exposition. Kristine Tsala a su couper et assembler des morceaux de papier, de tissus et de fibres végétales. Ses tableaux prennent des allures folkloriques. La peintre dit traduire les cultures du Cameroun : du jeu et des rites. Ses toiles sont à cheval entre tradition et modernité. Elles représentent des scènes de vie, dans la rue ou dans un bistrot, par exemple. Les personnages ne sont jamais seuls, la marque de la collectivité. Le mouvement est omniprésent. « L’Afrique, ce n’est pas seulement la guerre, c’est sa joie millénaire », affirme l’artiste. La voilà saisie du crédo de l’heure : l’afro-optimisme. Tant mieux !
Même le dernier des profanes ne s’ennuierait pas devant les peintures de la congolaise Aza Mansongi, 32 ans. Que de visages de femmes ! Des images et des décors empreints de sensualité et parfois d’érotisme. L’artiste fait du figuratif. Le réalisme est plus net et prononcé. Les dessins trahissent un talent indéniable. Le style Mansongi est marqué par les bandes dessinées qu’elle a dévorées dans son enfance. Ulrike Bossler voit en elle et en Kristine Tsala, des professionnelles du dessin. Elles sont bien diplômées de l’Académie des beaux arts de Kinshasa. Sur les 25 tableaux qui composaient l’exposition des trois peintres, 14 ont été achetés lors du vernissage le 2 mars 2012. Et dire que la présentation doit aller jusqu’au 23 mars.
Assongmo Necdem

