Le Pca de la Cmc revient sur la gestion interne de la structure et le paiement des droits d’auteurs par les sociétés brassicoles.
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Il paraît qu’à la Cmc, c’est le Pca qui est au four et au moulin. Alors comment cela se passe concrètement chez-vous ?
Je représente la société et je m’exprime au nom du conseil d’administration. S’il n’y avait pas eu conseil d’administration, je ne serai pas au four et aux moulins. Il y a une résolution du conseil d’administration qui me charge en tant que président du conseil d’aller par exemple négocier avec les sociétés brassicoles pour sortir de l’impasse dans lequel nous nous trouvons. Et sans toutefois me jeter des fleurs, je pense que la Cmc a à ce jour-ci un manuel de procédures qui est assez clair. Le directeur général gère la société au quotidien, non pas avec les instructions du Pca que je suis, mais avec les résolutions du conseil d’administration. Je ne suis que le président du conseil. Je m’exprime au nom de 22 personnes. Et en tant que Pca, je peux arriver à n’importe quel moment dans l’entreprise pour procéder aux vérifications des résolutions.
22 mois après la mise en place de la Cmc, quels sont aujourd’hui les acquis … sur les plans administratif, lutte contre la piraterie …
Les acquis sont nombreux. Et le premier acquis c’était de ramener l’espoir qui consistait à percevoir les droits et les répartir plus vite. C’etait pas facile ! Il fallait le faire grâce à un logiciel (qui va peut-être disparaître dans les prochains jours, puisque les bases de données de la Cmc sont grandes maintenant). Nous avons pu repartir 800 millions de Franc Cfa alors que les artistes ne touchaient plus leurs droits depuis l’an 2000. Il fallait aussi donner une visibilité au niveau de la transparence de la gestion. Seul le directeur et le Daf ont désormais le droit de mouvementer de l’argent. Je ne peux même pas mouvementer 25 francs Cfa. Sur le point de vu international, il fallait ramener la Cmc dans la famille Cisac (Confédération internationale des sociétés d’auteurs et de compositeurs). Cela a permis d’avoir ce qu’on appelle les accords de représentation réciproque avec la Sacem qui nous a donnés pratiquement le répertoire mondial. Pour percevoir de l’argent ou des redevances dues par les usagers, il faudrait que vous puissiez avoir mandat des autres sociétés sœurs. Et pour cela, il fallait des accords de représentation. C’est un acquis non négligeable. Sur le point de vue de l’assistance technique internationale. Il fallait absolument montrer que le droit d’auteur est une spécialité. Grâce au ministre d’Etat, Ferdinand Léopold Oyono qui a demandé une assistance technique internationale à la Sacem, on a recruté un ancien cadre de la Sacem. Il est là non pas pour remplacer un Camerounais, mais pour former tout le personnel y compris son successeur.
Maintenant, les faiblesses de la Cmc restent encore la formation du personnel. Il faut encore former nos auteurs. Là encore, il y a encore des zones d’ombre, c’est-à-dire des faiblesses. Et on ne communique pas assez en matière de sensibilisation au niveau des usagers. D’ailleurs, le droit d’auteur reste toujours perçu, à tord ou à raison, comme un impôt, alors que c’est pas un impôt. Il nous faut beaucoup communiquer et sensibiliser. Ça c’est une des faiblesses de la Cmc. Il y a aussi la lutte contre la piraterie. Celle-ci s’étend sur 475 000 Km2.
La Cmc a deux ans et elle ne peut pas se déployer sur l’ensemble du territoire. Mais à Yaoundé et à Douala, nous commençons de plus en plus à maîtriser les phonogrammes de musique qu’on confond très souvent au vidéo. Nous avons décidé de ramener le seuil de tolérance à 5 %. c’est assez ambitieux et j’espère que nous pourrons y arriver. Mais il y a une inquiétude quand même, sur lequel nous devons anticiper. C’est que dans quelques mois, le Cameroun va passer à la fibre optique. Ainsi, les jeunes pourront, à partir d’un ordinateur, télécharger les œuvres dans le monde entier. En clair, même ceux qui sont dans la rue à vendre des Cd pourraient disparaître. Alors, comment anticiper ? Est-ce qu’il ne faut pas changer la législation en vigueur ? Là ce sont aussi des défis qui interpellent la Cmc comme force d’alternative, de changement et dépression sur le gouvernement.
Comment allez-vous faire pour que ces artistes ne vivent plus non seulement de la répartition des droits d’auteurs et pour que l’artiste camerounais soit à l’image de l’artiste ivoirien ou sénégalais, c’est-à-dire quelqu’un de respecté dans son milieu ?
Vous le dites si bien, les droits d’auteurs sont même une des faiblesses de toute la profession. Car tout le monde se focalise négativement sur le petit droit d’auteur. Les syndicats ne sont pas assez forts, les associations ne sont pas assez fortes. Parce que, le statut social de l’artiste ne dépend pas en réalité de la perception des droits. Ça dépend d’un mouvement syndicale qui pourrait initier des conventions collectives avec tous ceux qui utilisent nos œuvres, une sorte de plate-forme qui aboutirait effectivement à une loi, un code du travail comme en France, pour donner un statut social à l’artiste musicien ou à l’auteur. c’est inscrit dans la loi. Or, ici, tant que cela n’est pas fait, avec des conventions collectives, le statut social de l’artiste restera une chimère. Mais, il n’est pas tard, il faudrait que les mouvements syndicaux et les associations s’y mettent. Ma foi, ça va être difficile. Mais, il faudrait qu’on y arrive. Alors, maintenant, comment faire en sorte que l’artiste ne puisse plus compter que sur les droits d’auteurs ? Là aussi, si nous avions une force, et si nous étions assez unis, on pourrait susciter de la par de la junte économique camerounaise des projets, et leur faire comprendre que l’industrie culturelle dans les pays riches représente 6 % des Pib. Parmi les hommes les plus riches dans le monde, comme aux Usa et en Angletère, où il n’y a pas de ministère de la Culture, on trouve des artistes, des producteurs. Alors comment faire pour convaincre Victor Fotso, kadji Defosso, James Onobiono etc…? c’est à nous de les convaincre pour que les choses changent. Là où on prétend que l’Etat a échoué, il y a l’initiative privée qui peut se mettre en place car l’Etat c’est nous. A quand une salle Douala Manga Bell à Douala qui ressemblerait à l’Olympia à Paris ? Ismaelo serait fier de jouer dans une salle qui s’appellerait Douala Manga Bell, une salle mythique. Là par exemple il n’y en a pas. Mais, les hommes d’affaire peuvent le faire.
Nous avons entendu parler d’une "Opération épervier" que le ministère de la culture vient de lancer et qui planerait sur la tête des dirigeants des sociétés civiles de gestion collectives des droits d’auteurs. Qu’en est-il avec la Cmc qui est particulièrement visée et à qui on reproche de brasser beaucoup d’argent ?
La Cmc brasse beaucoup d’argent et Sam Mbende reste 22 mois sans toucher ses indemnités ? ce n’est que 22 petits millions Fcfa. Dans quelques années, nous allons certainement brasser beaucoup d’argent si les usagers paient. Et ce n’est que mérité. Je vous rappelle simplement que nous sommes sous le contrôle administratif du ministère de la culture. C’est tout. Une action publique peut se mettre en branle. Mais, donner le bâton au ministre de la Justice pour dire qu’il y a l’opération épervier, je serai prudent à votre place parce que connaissant le mode de fonctionnement des sociétés privées que nous sommes, je serai prudent de le dire. Mais, il peut arriver des défaillances dans le contrôle administratif. Je suis d’accord qu’il y ait même l’opération épervier. Mais, je souhaite qu’un jour enfin, on fasse le procès du droit d’auteur au Cameroun. Et le véritable procès doit commencer depuis l’époque où la Sacem est partie. Elle doit partir de la Socadra, en passant par la Socinada, en prenant la direction de la première Cmc et finalement la deuxième Cmc. On verra qu’il y a eu des audits judiciaires plus loin de nous. Il y a eu des détournements à la Socinada. Plus proche encore, la première Cmc s’est envolée avec de l’argent. Il ny a pas eu tout ce tapage que vous voulez faire aujourd’hui. A peine nous sommes là, après deux ans, que vous nous parlez de "l’opération épervier". J’estime que c’est une mascarade et elle n’aura pas lieu, permettez-moi de vous le dire.
Les brasseries du Cameroun ont attendu le limogeage du Ferdinand Oyono pour introduire un recours gracieux. Et dans ce recours, ils remettent en question le paiement de 15 Fcfa par casier tel que décidé par l’ex-ministre d’Etat de la culture. Aujourd’hui, il y a comme un blocage, même si certains essaient de trouver un terrain d’entente. Alors comment vit-on cette situation à la Cmc ?
D’abord je ne pense pas qu’il faille faire un procès d’intention aux Brasseries du Cameroun. Les Brasseries du Cameroun n’ont pas attendu le départ de Ferdinand Leopold Oyono. Deuxième chose, vous parlez d’un recours gracieux. Sachons que tout le monde est libre de faire ce qu’il veut dans une République. Mais les lois sont claires. Lorsqu’une décision est publiée et notifiée à l’individu, il a deux mois pour faire un recours gracieux. Si dix-huit (18) mois après, vous faites un recours gracieux, on doit laisser parler le droit. Mais je ne pense plus que nous sommes sur cette voie-là. Nous sommes plutôt sur la voie de l’apaisement, de la concertation, et d’un compromis pour sortir enfin de ce que l’on appellerait les incompréhensions. Il s’agit là vraiment d’une incompréhension. Et vous devez remarquer que la Cmc et les brasseries entretiennent des rapports hautement privilégiés. Donc c’est notre partenaire privilégié. Et dans le cas d’espèce ; c’est l’une des sociétés brassicoles que je dirai être de très bonne foi. Ceci parce que des deux décisions, notamment celle qui concerne le Gicam, ils se sont acquittés de 96 millions de Fcfa, soit 7 millions de Fcfa par an depuis 2001 jusqu’à 2007. Ils ne doivent rien en tant que société aux structures de gestion collective. Or ce n’est le cas des trois autres sociétés brassicoles en ce concerne la première décision. Pour ce qui est de la deuxième décision, celle qui fixe la redevance due par le débits de boissons, les bar et les ventes à emporter, il fallait majorer simplement de 15 Fcfa le prix du casier qui devait être payé auprès des sociétés brassicoles ? Celles-ci devaient à leur tour reverser ces 15 Fcfa mensuellement dans les caisses des sociétés de gestion collective. Les brasseries du Cameroun de nouveau ont fait valoir des difficultés pour appliquer cette décision. Et ces difficultés sont réelles, mais pas insurmontables puisqu’il s’agit de s’asseoir autour d’une table et de trouver des solutions. Et c’est ce que nous sommes en train de faire aujourd’hui. Deux autre sociétés, à savoir Insenbeck et Ucb, ont prétendu et disent même que 15 Fcfa par casier ne leur pose pas de problème. Seul Guiness Cameroon a augmenté non pas de 15 Fcfa le casier, mais de 1 200 Fcfa le casier. Et elle ne dit toujours rien sur les 15 Fcfa par casier. Or il y a un mois, c’est la même Guinness qui nous disait que si le prix augmente de 15 Fcfa, cela va être très mal ressenti par les consommateurs et même cette augmentation est trop grande. Mais aujourd’hui, ils ont augmenté à 1 200 Fcfa le casier et aucun consommateur n’est dans la rue pour se plaindre. Alors comment cette société brassicole peut nous expliquer qu’elle n’arrive pas à augmenter de 15 F cfa le casier pour reverser l’argent des bars et débits de boissons, alors que ce sont les consommateurs qui supportent ces 15 Fcfa ?
Mais le blocage est évident puisque les 15 Fcfa ne sont toujours pas perçus…
J’avoue un peu mon étonnement parce que vous appelez blocage. Je souhaite vous dire que je suis la source la plus autorisée pour vous dire que les brasseries n’ont jamais été de mauvaise foi. Et à l’heure où je vous parle, les courriers que j’ai en ma possession démontrent la bonne foi des brasseries du Cameroun qui souhaitent s’assoir pour qu’on puisse trouver une solution à travers un compromis pour que l’argent soit versé. Les brasseries n’ont jamais été opposées à ce principe qui est de percevoir de l’argent auprès des débits de boisson pour nous le reverser. Mais c’est le mode de prélèvement qui fait problème.
Par la Rédaction Le Messager
Le 30-10-2007