Le coordinateur de la lutte contre la contrefaçon et la piraterie à l’Omd parle des menaces qui pèsent sur le tissu économique africain.
Propos recueillis par Lazare Kolyang – Vous coordonnez le séminaire douanier de lutte contre la fraude et la contrefaçon dans la Cemac qui se tient depuis le 10 décembre et s’achève ce jour. Quel est l’intérêt d’une telle réflexion?
Il s’agit avant tout de protéger le consommateur et défendre les industries qui sont en réalité des petites et moyennes entreprises. Si la contrefaçon entre, nous n’aurons plus d’entreprises, plus de vie artistique, la contrefaçon va tous les tuer. Quelqu’un qui fabrique, par exemple, des piles ou des pâtes dentifrice ici au niveau de la Cemac ne pourra plus vendre ses produits. Les producteurs de la contrefaçon vont avoir des produits moins chers que les siens. Et là c’est une véritable catastrophe économique.
Vous dites qu’il faut une bonne législation pour lutter contre ces phénomènes, en même temps vous affirmez que le combat doit se faire sur le terrain : y a-t-il pas un paradoxe ?
Il n’y a pas de paradoxe, simplement parce que vous pouvez avoir la meilleure législation du monde, si vous ne savez pas dans quel conteneur la fraude arrive, vous ne pourrez jamais appliquer votre meilleure législation du monde.
Que faut-il donc faire ?
Ce qu’il faut faire, c’est la spécialisation de certains douaniers dans la lutte contre la contrefaçon dans les principaux ports, aéroports et points frontaliers terrestres. Il faut avoir des formations dynamiques qui évoluent en fonction de la fraude. Et mettre en place une structure juridique. C’est pour cela que la formation des douaniers à travers le monde est à parfaire. Parce que ce type de fraude évolue tellement vite.
Pensez-vous que l’administration douanière est la seule à mener cette lutte ?
Absolument pas. Les administrations douanières au niveau international saisissent à peu près 80% de la contrefaçon dans le monde. Le reste se fait par la police. Cela veut dire se limiter à la douane sera une catastrophe.
Pourquoi les autres services ne sont-ils pas invités à ce séminaire ?
On devait avoir à priori les représentants de la police. Je ne sais pas pourquoi ils ne sont pas là. Mais dans tous les cas, ce genre de séminaire doit toucher la douane, la police et aussi la justice. Il faut une coopération. C’est la raison pour laquelle dans tous les programmes de l’Organisation des douanes (Omd), les conférences internationales et séminaires que nous faisons nous nous associons à l’Organisation mondiale de la Propriété intellectuelle. Ainsi qu’à Interpol et à l’Organisation mondiale de la Santé (Oms).
Au Cameroun, il y a une contrefaçon très en vue : c’est celle de la piraterie des œuvres musicales. A votre avis, comment peut-on efficacement lutter contre cette piraterie ?
C’est un véritable problème et c’est la raison pour laquelle il faut unir tous les services de l’Etat pour lutter contre la contrefaçon. Parce que si c’est un Cd qui est téléchargé, la douane ne peut pas intervenir. C’est dématérialisé, il n’y a pas de colis qui passe. Et là c’est le rôle de la police. Si ce sont des Cd qui viennent de l’étranger, c’est de moins en moins le cas, parce que c’est fait maintenant au niveau national, ils font entrer des Cd vierges.
Quel est l’état de la situation de la fraude et de la contrefaçon dans la zone Cemac ?
Comme tous les grands ports de l’Afrique de l’Ouest, l’Afrique centrale a les portes ouvertes. Les conteneurs arrivent à flot. La Cemac n’a pas une situation particulière par rapport aux pays de l’Uemoa ou une autre sous région. C’est une pieuvre et cette pieuvre a mis ses tentacules sur le monde entier. Quel est le taux de pénétration de la contrefaçon aujourd’hui au Cameroun ? Personne ne le sait. Mais quand vous écoutez les opérateurs du secteur privé, ils sont en train de mourir.
Ça veut donc dire que le taux de pénétration est énorme. Vous savez, on est un million de douaniers dans le monde, il y a 400 millions de conteneurs maritimes qui, au moment où je vous parle, sont sur les flots. Je ne vous parle pas des avions, des passagers, des camions, etc. C’est aussi la globalisation de la fraude. Alors il faut mettre en place des nouvelles techniques, comme le ciblage à l’avance. Mettre en place une législation et en coopération avec le secteur privé. La contrefaçon va délocaliser les seules industries qui sont encore en Afrique : si elles ne parviennent plus à vendre leurs produits, elles vont partir.
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