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2009 : une année de braises sociales


Les problèmes sociaux ne trouveront probablement pas un dénouement favorable au peuple. En plus, l’Epervier va sévir. Etoudi sera inondé de plaintes. L’insécurité risque d’être entretenue…

Cette année, des choses extraordinaires risquent se passer au Cameroun. Quelques-unes méritent que l’on s’y arrête au regard de leur signification sociale. Il s’agit – le choix est essentiellement subjectif – de la réglementation des mototaxis, de l’Opération Epervier, des revendications sociales, de l’insécurité, de la vie chère, etc.
On attend en effet, au cours de l’année 2009, une reprise de l’opération de lutte contre la corruption et le détournement de deniers publics lancés il y a deux ans et baptisée “ Opération Epervier ” par la presse. On se rappelle qu’au dernier trimestre 2008, cette opération s’est un peu tassée avec le développement du dossier relatif à l’achat foireux de l’avion présidentiel (affaire de l’Albatros) pour lequel il a été manifestement difficile d’écrouer des protagonistes. On avait alors expliqué le relâchement de l’Epervier d’une part par l’influence des réseaux, et d’autre part par l’insuffisance des juges appelés à connaître des différents dossiers qui devaient leur être soumis par le ministère public. Avec le renforcement des corps de la magistrature – intégration et affection de nouvelles recrues sorties de l’Ecole nationale d’administration et de magistrature (Enam) –, l’on peut logiquement espérer un nouveau déploiement si tant est que le motif d’insuffisance des juges était fondé. En ce début d’année, on annonce d’ailleurs déjà de nouvelles interpellations, à la suite des conclusions des missions du contrôle supérieur de l’Etat. Le cas des dirigeants de l’Hôpital central de Yaoundé est illustratif de la razzia que la Justice pourrait opérer si tous les rapports du contrôle supérieur de l’Etat dans les organismes publics sont exploités par le ministère public.
Au-delà des poursuites, les procès constituent l’autre face de l’Opération Epervier. Cette année, on pourrait avoir de nouvelles affaires en instruction. Mais ce qui est sûr, c’est que l’on devrait assister au dénouement de certains contentieux en appel. Tel est par exemple le cas de l’affaire Port autonome de Douala et Etat du Cameroun contre Siyam Siwe, Etondè Ekoto, et autres. L’affaire Sic (Société immobilière du Cameroun) connaîtra probablement aussi une issue. Il en est de même de l’affaire Crédit foncier du Cameroun. Pas d’accord avec les condamnations prononcées contre eux en instance, les condamnés, et dans certains cas le ministère public, avaient relevé appel. L’année, en tout cas, pourrait être riche. Il n’y a qu’à se rappeler les propos à l’Assemblée nationale ou à la presse, d’Amadou Ali, le vice-Premier ministre, ministre de la Justice garde des sceaux : une soixantaine de dossiers sont ficelés ! Les corrupteurs, corrompus et autres détourneurs de deniers publics ont des raisons de trembler.
A côté de ces affaires relevant de l’Epervier, il y a d’autres, notamment l’affaire Titus Edzoa, considérée depuis 1997/1998 comme un procès politique. On devrait assister cette année à une autre décision de Justice se prononçant notamment sur la relaxe de Thierry Michel Atangana, écroué avec Titus Edzoa, ou alors son maintien en détention.

Revendications, dénonciations, memoranda
Malgré les promesses du ministre de la Santé publique en 2008, la situation des personnels travaillant dans les hôpitaux publics ne s’est toujours pas améliorée. On est passé à côté d’une grève d’envergure dès le début de l’année. Dans certains grands hôpitaux, les personnels intégrés à la fonction publique accusent des arriérés de primes. Les vacataires n’ont pas de salaires depuis plusieurs mois. Nécessaires au fonctionnement des hôpitaux au regard du déficit en personnels médical et paramédical, ces derniers pourraient paralyser le service dans les hôpitaux. Ils promettent par ailleurs de donner des insomnies au ministre de la Santé publique, avec des sit-in au ministère, dans le dessein d’obtenir une amélioration de leurs conditions de travail, notamment une contractualisation à la fonction publique.
Cette contractualisation des temporaires des services publics autorisée par le président de la République est aujourd’hui très critiquée. Les méthodes appliquées pour retenir les contractualisables sont fortement contestées. Le ministre de la Fonction publique, Emmanuel Bonde, a beau expliquer que seuls ceux qui travaillent comme vacataires ou bénévoles dans les services publics depuis 2006 sont concernés par la contractualisation, rien n’y fait. Des hommes politiques, de l’opposition notamment, ont remarqué que les critères d’entrée à la fonction publique n’ont pas été respectés. L’un de ces critères est la planification régionale. En conséquence, affirment-ils, 90% de ceux qui ont été retenus pour la contractualisation sont originaires du sud. La raison en est simple, selon eux. C’est que l’essentiel des membres du gouvernement et de la haute administration étant du sud, et le recrutement des temporaires n’obéissant à aucune règle officielle, chacun a coopté des gens de son village pour les sortir du chômage. Résultat : seules quelques tribus sont fortement représentées. Les dénonciations ont commencé ; elles risquent s’accentuer au cours de cette année.
Le président de la République, qui a sollicité dans son discours du 31 décembre 2008 des relais sociaux pour l’aider à connaître les problèmes du peuple pourra être inondé de memoranda. Surtout qu’il a indiqué qu’il sera attentif aux revendications. Avec les libéralités accordées à l’élite du septentrion à travers le recrutement massif des originaires du nord-Cameroun à l’Ecole normale supérieure de l’Université de Maroua, le chef de l’Etat a ouvert un boulevard aux revendications ethniques et claniques. Une voie que beaucoup n’hésiteront pas à emprunter.  

Par Alexandre T. DJIMELI

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2009 : une année de braises sociales


Les problèmes sociaux ne trouveront probablement pas un dénouement favorable au peuple. En plus, l’Epervier va sévir. Etoudi sera inondé de plaintes. L’insécurité risque d’être entretenue…

Cette année, des choses extraordinaires risquent se passer au Cameroun. Quelques-unes méritent que l’on s’y arrête au regard de leur signification sociale. Il s’agit – le choix est essentiellement subjectif – de la réglementation des mototaxis, de l’Opération Epervier, des revendications sociales, de l’insécurité, de la vie chère, etc.
On attend en effet, au cours de l’année 2009, une reprise de l’opération de lutte contre la corruption et le détournement de deniers publics lancés il y a deux ans et baptisée “ Opération Epervier ” par la presse. On se rappelle qu’au dernier trimestre 2008, cette opération s’est un peu tassée avec le développement du dossier relatif à l’achat foireux de l’avion présidentiel (affaire de l’Albatros) pour lequel il a été manifestement difficile d’écrouer des protagonistes. On avait alors expliqué le relâchement de l’Epervier d’une part par l’influence des réseaux, et d’autre part par l’insuffisance des juges appelés à connaître des différents dossiers qui devaient leur être soumis par le ministère public. Avec le renforcement des corps de la magistrature – intégration et affection de nouvelles recrues sorties de l’Ecole nationale d’administration et de magistrature (Enam) –, l’on peut logiquement espérer un nouveau déploiement si tant est que le motif d’insuffisance des juges était fondé. En ce début d’année, on annonce d’ailleurs déjà de nouvelles interpellations, à la suite des conclusions des missions du contrôle supérieur de l’Etat. Le cas des dirigeants de l’Hôpital central de Yaoundé est illustratif de la razzia que la Justice pourrait opérer si tous les rapports du contrôle supérieur de l’Etat dans les organismes publics sont exploités par le ministère public.
Au-delà des poursuites, les procès constituent l’autre face de l’Opération Epervier. Cette année, on pourrait avoir de nouvelles affaires en instruction. Mais ce qui est sûr, c’est que l’on devrait assister au dénouement de certains contentieux en appel. Tel est par exemple le cas de l’affaire Port autonome de Douala et Etat du Cameroun contre Siyam Siwe, Etondè Ekoto, et autres. L’affaire Sic (Société immobilière du Cameroun) connaîtra probablement aussi une issue. Il en est de même de l’affaire Crédit foncier du Cameroun. Pas d’accord avec les condamnations prononcées contre eux en instance, les condamnés, et dans certains cas le ministère public, avaient relevé appel. L’année, en tout cas, pourrait être riche. Il n’y a qu’à se rappeler les propos à l’Assemblée nationale ou à la presse, d’Amadou Ali, le vice-Premier ministre, ministre de la Justice garde des sceaux : une soixantaine de dossiers sont ficelés ! Les corrupteurs, corrompus et autres détourneurs de deniers publics ont des raisons de trembler.
A côté de ces affaires relevant de l’Epervier, il y a d’autres, notamment l’affaire Titus Edzoa, considérée depuis 1997/1998 comme un procès politique. On devrait assister cette année à une autre décision de Justice se prononçant notamment sur la relaxe de Thierry Michel Atangana, écroué avec Titus Edzoa, ou alors son maintien en détention.

Revendications, dénonciations, memoranda
Malgré les promesses du ministre de la Santé publique en 2008, la situation des personnels travaillant dans les hôpitaux publics ne s’est toujours pas améliorée. On est passé à côté d’une grève d’envergure dès le début de l’année. Dans certains grands hôpitaux, les personnels intégrés à la fonction publique accusent des arriérés de primes. Les vacataires n’ont pas de salaires depuis plusieurs mois. Nécessaires au fonctionnement des hôpitaux au regard du déficit en personnels médical et paramédical, ces derniers pourraient paralyser le service dans les hôpitaux. Ils promettent par ailleurs de donner des insomnies au ministre de la Santé publique, avec des sit-in au ministère, dans le dessein d’obtenir une amélioration de leurs conditions de travail, notamment une contractualisation à la fonction publique.
Cette contractualisation des temporaires des services publics autorisée par le président de la République est aujourd’hui très critiquée. Les méthodes appliquées pour retenir les contractualisables sont fortement contestées. Le ministre de la Fonction publique, Emmanuel Bonde, a beau expliquer que seuls ceux qui travaillent comme vacataires ou bénévoles dans les services publics depuis 2006 sont concernés par la contractualisation, rien n’y fait. Des hommes politiques, de l’opposition notamment, ont remarqué que les critères d’entrée à la fonction publique n’ont pas été respectés. L’un de ces critères est la planification régionale. En conséquence, affirment-ils, 90% de ceux qui ont été retenus pour la contractualisation sont originaires du sud. La raison en est simple, selon eux. C’est que l’essentiel des membres du gouvernement et de la haute administration étant du sud, et le recrutement des temporaires n’obéissant à aucune règle officielle, chacun a coopté des gens de son village pour les sortir du chômage. Résultat : seules quelques tribus sont fortement représentées. Les dénonciations ont commencé ; elles risquent s’accentuer au cours de cette année.
Le président de la République, qui a sollicité dans son discours du 31 décembre 2008 des relais sociaux pour l’aider à connaître les problèmes du peuple pourra être inondé de memoranda. Surtout qu’il a indiqué qu’il sera attentif aux revendications. Avec les libéralités accordées à l’élite du septentrion à travers le recrutement massif des originaires du nord-Cameroun à l’Ecole normale supérieure de l’Université de Maroua, le chef de l’Etat a ouvert un boulevard aux revendications ethniques et claniques. Une voie que beaucoup n’hésiteront pas à emprunter.  

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Les problèmes sociaux ne trouveront probablement pas un dénouement favorable au peuple. En plus, l’Epervier va sévir. Etoudi sera inondé de plaintes. L’insécurité risque d’être entretenue…

Cette année, des choses extraordinaires risquent se passer au Cameroun. Quelques-unes méritent que l’on s’y arrête au regard de leur signification sociale. Il s’agit – le choix est essentiellement subjectif – de la réglementation des mototaxis, de l’Opération Epervier, des revendications sociales, de l’insécurité, de la vie chère, etc.
On attend en effet, au cours de l’année 2009, une reprise de l’opération de lutte contre la corruption et le détournement de deniers publics lancés il y a deux ans et baptisée “ Opération Epervier ” par la presse. On se rappelle qu’au dernier trimestre 2008, cette opération s’est un peu tassée avec le développement du dossier relatif à l’achat foireux de l’avion présidentiel (affaire de l’Albatros) pour lequel il a été manifestement difficile d’écrouer des protagonistes. On avait alors expliqué le relâchement de l’Epervier d’une part par l’influence des réseaux, et d’autre part par l’insuffisance des juges appelés à connaître des différents dossiers qui devaient leur être soumis par le ministère public. Avec le renforcement des corps de la magistrature – intégration et affection de nouvelles recrues sorties de l’Ecole nationale d’administration et de magistrature (Enam) –, l’on peut logiquement espérer un nouveau déploiement si tant est que le motif d’insuffisance des juges était fondé. En ce début d’année, on annonce d’ailleurs déjà de nouvelles interpellations, à la suite des conclusions des missions du contrôle supérieur de l’Etat. Le cas des dirigeants de l’Hôpital central de Yaoundé est illustratif de la razzia que la Justice pourrait opérer si tous les rapports du contrôle supérieur de l’Etat dans les organismes publics sont exploités par le ministère public.
Au-delà des poursuites, les procès constituent l’autre face de l’Opération Epervier. Cette année, on pourrait avoir de nouvelles affaires en instruction. Mais ce qui est sûr, c’est que l’on devrait assister au dénouement de certains contentieux en appel. Tel est par exemple le cas de l’affaire Port autonome de Douala et Etat du Cameroun contre Siyam Siwe, Etondè Ekoto, et autres. L’affaire Sic (Société immobilière du Cameroun) connaîtra probablement aussi une issue. Il en est de même de l’affaire Crédit foncier du Cameroun. Pas d’accord avec les condamnations prononcées contre eux en instance, les condamnés, et dans certains cas le ministère public, avaient relevé appel. L’année, en tout cas, pourrait être riche. Il n’y a qu’à se rappeler les propos à l’Assemblée nationale ou à la presse, d’Amadou Ali, le vice-Premier ministre, ministre de la Justice garde des sceaux : une soixantaine de dossiers sont ficelés ! Les corrupteurs, corrompus et autres détourneurs de deniers publics ont des raisons de trembler.
A côté de ces affaires relevant de l’Epervier, il y a d’autres, notamment l’affaire Titus Edzoa, considérée depuis 1997/1998 comme un procès politique. On devrait assister cette année à une autre décision de Justice se prononçant notamment sur la relaxe de Thierry Michel Atangana, écroué avec Titus Edzoa, ou alors son maintien en détention.

Revendications, dénonciations, memoranda
Malgré les promesses du ministre de la Santé publique en 2008, la situation des personnels travaillant dans les hôpitaux publics ne s’est toujours pas améliorée. On est passé à côté d’une grève d’envergure dès le début de l’année. Dans certains grands hôpitaux, les personnels intégrés à la fonction publique accusent des arriérés de primes. Les vacataires n’ont pas de salaires depuis plusieurs mois. Nécessaires au fonctionnement des hôpitaux au regard du déficit en personnels médical et paramédical, ces derniers pourraient paralyser le service dans les hôpitaux. Ils promettent par ailleurs de donner des insomnies au ministre de la Santé publique, avec des sit-in au ministère, dans le dessein d’obtenir une amélioration de leurs conditions de travail, notamment une contractualisation à la fonction publique.
Cette contractualisation des temporaires des services publics autorisée par le président de la République est aujourd’hui très critiquée. Les méthodes appliquées pour retenir les contractualisables sont fortement contestées. Le ministre de la Fonction publique, Emmanuel Bonde, a beau expliquer que seuls ceux qui travaillent comme vacataires ou bénévoles dans les services publics depuis 2006 sont concernés par la contractualisation, rien n’y fait. Des hommes politiques, de l’opposition notamment, ont remarqué que les critères d’entrée à la fonction publique n’ont pas été respectés. L’un de ces critères est la planification régionale. En conséquence, affirment-ils, 90% de ceux qui ont été retenus pour la contractualisation sont originaires du sud. La raison en est simple, selon eux. C’est que l’essentiel des membres du gouvernement et de la haute administration étant du sud, et le recrutement des temporaires n’obéissant à aucune règle officielle, chacun a coopté des gens de son village pour les sortir du chômage. Résultat : seules quelques tribus sont fortement représentées. Les dénonciations ont commencé ; elles risquent s’accentuer au cours de cette année.
Le président de la République, qui a sollicité dans son discours du 31 décembre 2008 des relais sociaux pour l’aider à connaître les problèmes du peuple pourra être inondé de memoranda. Surtout qu’il a indiqué qu’il sera attentif aux revendications. Avec les libéralités accordées à l’élite du septentrion à travers le recrutement massif des originaires du nord-Cameroun à l’Ecole normale supérieure de l’Université de Maroua, le chef de l’Etat a ouvert un boulevard aux revendications ethniques et claniques. Une voie que beaucoup n’hésiteront pas à emprunter.  

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Les problèmes sociaux ne trouveront probablement pas un dénouement favorable au peuple. En plus, l’Epervier va sévir. Etoudi sera inondé de plaintes. L’insécurité risque d’être entretenue…

Cette année, des choses extraordinaires risquent se passer au Cameroun. Quelques-unes méritent que l’on s’y arrête au regard de leur signification sociale. Il s’agit – le choix est essentiellement subjectif – de la réglementation des mototaxis, de l’Opération Epervier, des revendications sociales, de l’insécurité, de la vie chère, etc.
On attend en effet, au cours de l’année 2009, une reprise de l’opération de lutte contre la corruption et le détournement de deniers publics lancés il y a deux ans et baptisée “ Opération Epervier ” par la presse. On se rappelle qu’au dernier trimestre 2008, cette opération s’est un peu tassée avec le développement du dossier relatif à l’achat foireux de l’avion présidentiel (affaire de l’Albatros) pour lequel il a été manifestement difficile d’écrouer des protagonistes. On avait alors expliqué le relâchement de l’Epervier d’une part par l’influence des réseaux, et d’autre part par l’insuffisance des juges appelés à connaître des différents dossiers qui devaient leur être soumis par le ministère public. Avec le renforcement des corps de la magistrature – intégration et affection de nouvelles recrues sorties de l’Ecole nationale d’administration et de magistrature (Enam) –, l’on peut logiquement espérer un nouveau déploiement si tant est que le motif d’insuffisance des juges était fondé. En ce début d’année, on annonce d’ailleurs déjà de nouvelles interpellations, à la suite des conclusions des missions du contrôle supérieur de l’Etat. Le cas des dirigeants de l’Hôpital central de Yaoundé est illustratif de la razzia que la Justice pourrait opérer si tous les rapports du contrôle supérieur de l’Etat dans les organismes publics sont exploités par le ministère public.
Au-delà des poursuites, les procès constituent l’autre face de l’Opération Epervier. Cette année, on pourrait avoir de nouvelles affaires en instruction. Mais ce qui est sûr, c’est que l’on devrait assister au dénouement de certains contentieux en appel. Tel est par exemple le cas de l’affaire Port autonome de Douala et Etat du Cameroun contre Siyam Siwe, Etondè Ekoto, et autres. L’affaire Sic (Société immobilière du Cameroun) connaîtra probablement aussi une issue. Il en est de même de l’affaire Crédit foncier du Cameroun. Pas d’accord avec les condamnations prononcées contre eux en instance, les condamnés, et dans certains cas le ministère public, avaient relevé appel. L’année, en tout cas, pourrait être riche. Il n’y a qu’à se rappeler les propos à l’Assemblée nationale ou à la presse, d’Amadou Ali, le vice-Premier ministre, ministre de la Justice garde des sceaux : une soixantaine de dossiers sont ficelés ! Les corrupteurs, corrompus et autres détourneurs de deniers publics ont des raisons de trembler.
A côté de ces affaires relevant de l’Epervier, il y a d’autres, notamment l’affaire Titus Edzoa, considérée depuis 1997/1998 comme un procès politique. On devrait assister cette année à une autre décision de Justice se prononçant notamment sur la relaxe de Thierry Michel Atangana, écroué avec Titus Edzoa, ou alors son maintien en détention.

Revendications, dénonciations, memoranda
Malgré les promesses du ministre de la Santé publique en 2008, la situation des personnels travaillant dans les hôpitaux publics ne s’est toujours pas améliorée. On est passé à côté d’une grève d’envergure dès le début de l’année. Dans certains grands hôpitaux, les personnels intégrés à la fonction publique accusent des arriérés de primes. Les vacataires n’ont pas de salaires depuis plusieurs mois. Nécessaires au fonctionnement des hôpitaux au regard du déficit en personnels médical et paramédical, ces derniers pourraient paralyser le service dans les hôpitaux. Ils promettent par ailleurs de donner des insomnies au ministre de la Santé publique, avec des sit-in au ministère, dans le dessein d’obtenir une amélioration de leurs conditions de travail, notamment une contractualisation à la fonction publique.
Cette contractualisation des temporaires des services publics autorisée par le président de la République est aujourd’hui très critiquée. Les méthodes appliquées pour retenir les contractualisables sont fortement contestées. Le ministre de la Fonction publique, Emmanuel Bonde, a beau expliquer que seuls ceux qui travaillent comme vacataires ou bénévoles dans les services publics depuis 2006 sont concernés par la contractualisation, rien n’y fait. Des hommes politiques, de l’opposition notamment, ont remarqué que les critères d’entrée à la fonction publique n’ont pas été respectés. L’un de ces critères est la planification régionale. En conséquence, affirment-ils, 90% de ceux qui ont été retenus pour la contractualisation sont originaires du sud. La raison en est simple, selon eux. C’est que l’essentiel des membres du gouvernement et de la haute administration étant du sud, et le recrutement des temporaires n’obéissant à aucune règle officielle, chacun a coopté des gens de son village pour les sortir du chômage. Résultat : seules quelques tribus sont fortement représentées. Les dénonciations ont commencé ; elles risquent s’accentuer au cours de cette année.
Le président de la République, qui a sollicité dans son discours du 31 décembre 2008 des relais sociaux pour l’aider à connaître les problèmes du peuple pourra être inondé de memoranda. Surtout qu’il a indiqué qu’il sera attentif aux revendications. Avec les libéralités accordées à l’élite du septentrion à travers le recrutement massif des originaires du nord-Cameroun à l’Ecole normale supérieure de l’Université de Maroua, le chef de l’Etat a ouvert un boulevard aux revendications ethniques et claniques. Une voie que beaucoup n’hésiteront pas à emprunter.  

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Homosexualité : Ces ministres accusés d’avoir fabriqué les listes

Le jeune présumé homosexuel cité au tribunal comme témoin par Biloa Ayissi indique que derrière le Top 50 se cacherait Remy Ze Meka, René Sadi, Luc Ayang, etc.
C’est sur l’une des radios où il était régulièrement invité pour pourfendre les pratiques homosexuelles des hommes au pouvoir à Yaoundé que le commun des yaoundéens a dû découvrir hier la charge contre Biloa Ayissi,
Top 50 : Un " homo " dénonce des manipulations


Parfait Mbapou présenté par des médias comme victime et amant de Grégoire Owona a tout démenti hier à Yaoundé.
Jean Baptiste Ketchateng


C’est sur l’une des radios où il était régulièrement invité pour pourfendre les pratiques homosexuelles des hommes au pouvoir à Yaoundé que le commun des yaoundéens a dû découvrir hier la charge contre Biloa Ayissi, le directeur de publication de Nouvelle Afrique. Parfait Mbapou, interviewé sur Sky One Radio, une Fm de la capitale, redisait en direct les accusations qu’il a portées contre Biloa Ayissi et Jean Pierre Amougou Belinga, le patron du groupe de presse L’Anecdote, dans l’hebdomadaire La Nouvelle Presse de ce même mardi 22 juillet 2008.

" Le " pédé " de Biloa Ayissi règle ses comptes ", indiquait donc, à la une, La Nouvelle Presse dans sa dernière parution qui revient à travers quatre pages, dans une longue interview, sur l’affaire qui oppose Biloa Ayissi et Jean Pierre Amougou Belinga au ministre en charge des relations avec les Assemblées, Grégoire Owona. En somme, Parfait Mbapou a confié à La Nouvelle Presse qu’il n’a jamais été la victime de Grégoire Owona dans des partouzes homosexuelles violentes qui auraient causé la paralysie des jambes dont il est victime. Il n’est même pas, assure-t-il, un homosexuel.
Pourquoi s’était-il donc présenté comme un ancien partenaire de parties de jambes en l’air entre gens du même sexe à la recherche de pouvoirs mystiques que procurerait l’homosexualité? Parfait Mbapou était malade. Une maladie survenue en 2004 et qui lui avait alors paralysé tout le corps et dont le traitement exigeait qu’il trouve 2 millions de Fcfa. Quid de Biloa Ayissi? Il l’aurait connu à travers un ancien fonctionnaire de l’Enam décédé. Ce Pierre L. l’avait drogué, raconte encore Parfait Mbapou, avant de lui faire des attouchements et des fellations ! Pour obtenir son silence, il lui aurait versé de l’argent et promis de fortes sommes d’argent en compensation du préjudice.

Seulement, les paiements ne seront point réguliers, au point où un frère défunt se chargera de mettre Pierre L. sous pression. Se sentant menacé, Pierre L. fait intervenir " l’ancien commissaire de police " Biloa Ayissi. Le nouvel entremetteur aurait ainsi reçu un million de francs qu’il n’a jamais remis au destinataire, malgré maintes réclamations. C’est ainsi que les deux protagonistes de l’affaire qui défrayera certainement la chronique sociale ces jours-ci se seraient connus. L’ancien commissaire de police, analyse encore Parfait Mbapou, trouvera dès lors en lui l’élément essentiel d’un puzzle qui a commencé à se construire en février 2006 avec la publication de listes de présumés homosexuels par La Météo, Nouvelle Afrique et L’Anecdote, trois périodiques basés dans la capitale.

" Biloa Ayissi qui était encore en contact avec moi continuait de m’aider. Je recevais de lui régulièrement 40.000 Fcfa, 50.000 Fcfa et parfois 60.000 Fcfa. Avec cet argent, je pouvais me rendre régulièrement à l’hôpital pour des soins. Mais très rapidement, je me suis demandé comment ce monsieur était-il si (sic) généreux à mon égard. J’ai pressenti qu’il préparait un grand coup. " La confession qui est encore faite à La Nouvelle Presse n’a pas suscité la question de savoir pourquoi Parfait Mbapou ne s’est pas éloigné de Biloa Ayissi. Tout juste, apprend-on, que le besoin d’argent pour se soigner était plus important que le " coup ".

Violenté
Coincé au tribunal de première instance du centre administratif de Yaoundé par l’absence de preuves, Biloa Ayissi, que Grégoire Owona a fait comparaître devant la justice en même temps que Jean-Pierre Amougou Belinga, aurait-il eu l’idée de tirer profit de l’histoire de Parfait Mbapou ? Toujours est-il que les victimes que les deux patrons de journaux promettaient arrivent au tribunal sous le visage de Parfait Mbapou. " Etant à Abong-Mbang, le directeur de Nouvelle Afrique va m’envoyer de l’argent pour venir à Yaoundé. Il va m’assurer que l’affaire me ferait gagner plus de 2,5 millions que je recherche pour ma santé. Mettez-vous à ma place. J’ai 25 ans, quel est le jeune de 25 ans qui peut refuser de se soigner et de rester infirme ? "
De fil en aiguille, l’écheveau se construit et Nouvelle Afrique publie l’histoire du calvaire de Parfait Mbapou qui dit aujourd’hui qu’il ne s’attendait pas à se voir exposer dans la presse, mais au tribunal. Bien qu’il ait accepté de tourner des vidéos dans des hôtels où il montrait des cicatrices sur son arrière-train. Preuves, selon Biloa Ayissi, qu’il avait bien été en rapport avec des homosexuels, dont Grégoire Owona, qui l’ont violenté. Aujourd’hui pourtant, il rejette tout en bloc et dénonce des manipulations tous azimuts.

Paralysé
René Sadi, secrétaire général adjoint de la présidence de la république et secrétaire général du Rdpc, Luc Ayang, président du Conseil économique et social, que Biloa Ayissi aurait présenté à Parfait Mbapou comme des garanties à la mission de salubrité morale qu’il pilote, n’ont pas pu donner leur version éventuelle des faits dans cette affaire. Grégoire Owona idem. Seul le ministre de la Défense, Rémy Ze Meka a pu se gausser au téléphone d’une telle affaire. En somme, a dit M. Ze Meka, l’on ne peut penser sérieusement que les personnalités citées se réunissent quelque part pour monter pareille cabale contre un autre membre du gouvernement? Simplement, pense-t-il, l’on peut souligner que certain protagoniste de l’affaire a déclaré clairement qu’il s’est fait acheter par un camp pour tirer sur un autre. Et puis, au fond, conclut le ministre de la Défense, quelle est la crédibilité de Biloa Ayissi dans l’univers du journalisme camerounais ?
L’intéressé ainsi mis à l’index, un bonnet d’âne sur la tête, n’a pas changé de fusil d’épaule. Pour Biloa Ayissi, il est évident que M. Mbapou se dédit. Ne donne-t-il point suffisamment de détails pour convaincre de l’existence d’une affaire cousue de fil blanc ? " Je vais parler à la presse. Je vais dire aux Camerounais quelle est la vérité ", a expliqué M. Biloa Ayissi. Quant à Jean Pierre Amougou Belinga, sa ligne de contre attaque ne diffère pas grandement.

" Regardez donc le parcours de l’homme. Il a fait des interviewes à Nouvelle Afrique, à L’Anecdote, à Satellite Fm [une radio de Yaoundé], dans lesquelles il soutient une seule thèse, en plus des déclarations sous serment au tribunal [devant la cour d’appel du Centre, ndlr]. Aujourd’hui il dit le contraire chez Mvié [directeur de publication de La Nouvelle Presse]. Qu’est-ce qui garantit que demain il ne va pas dire le contraire ? ", s’interroge le patron de presse. On pourrait rétorquer comme Parfait Mbapou que l’affaire a mal tourné et que tout le monde n’a pas reçu un retour sur investissement.
Mais alors, rétorque M. Amougou, de quoi souffrait-il, au point de permettre des prises de vue de son derrière ? Parfait Mbapou, piqué au vif, vide son sac. Une maladie consécutive à une escroquerie à laquelle il a participé a tué son ami et l’a paralysé. S’il peut quitter momentanément son fauteuil, il ne peut bénéficier de la motricité de ses jambes. C’est la station assise qui a créé des escarres comme chez nombre de personnes longuement alitées.

Comme pour donner l’estocade finale, il dénonce des omissions de La Nouvelle Presse : " Ils ont refusé de dire, comme je l’ai fait, qui manipule Amougou Belinga, en jetant en pâture les noms des parrains de Biloa Ayissi. Ils ont aussi enlevé la partie qui concernait les noms des ministres que Amougou Belinga avait prévu d’incriminer à travers mon témoignage. Il paraît que MM. Amougou Belinga et Mvié sont membres d’un même groupe de pression occulte et que ce dernier ne pouvait exposer totalement son complice. " Pareillement, Parfait Mbapou nie avoir " vendu " son interview : " On a bien eu un différend. Il s’agissait de payer le taxi que j’ai immobilisé pendant cinq heures. Je leur ai dit qu’il fallait payer la facture puisque c’est eux qui l’avaient demandé. Ils ont filé à l’anglaise et m’ont promis de me rappeler mardi [hier]. Ils ne l’ont pas fait. Mais je ne regrette rien, je me suis engagé dans une manipulation politique et j’ai causé du tort."

Beaucoup de jeux, un peu de pain
Jean Pierre Amougou Belinga a été nommé hier en réalité, il s’agissait d’une confirmation-, par le ministre de la Communication Jean Pierre Biyiti bi Essam, au sein de la commission d’aide à la presse. Cette marque de confiance contribuera-t-elle à distinguer davantage un homme qui a fait une apparition tonitruante sur la scène publique camerounaise en janvier 2006 ?

L’Anecdote, un périodique dont il est le directeur de la publication, à la suite d’autres journaux, publiera une liste de personnalités qui s’adonneraient à des pratiques homosexuelles. Ministres, hommes politiques, sportifs de haut niveau, musiciens de renom, des vivants comme des défunts (Louis-Paul Aujoulat, Ahmadou Ahidjo), etc. auront le redoutable privilège de figurer parmi ce Top 50 très élitiste. L’affaire fera boum. Et bien que La Météo ait inauguré cette " opération de salubrité morale publique ", c’est bien la liste de L’Anecdote qui semble avoir remporté la palme des meilleures ventes à l’époque. Pour un journaliste, il s’agirait normalement du scoop dont les nuits des hommes de médias sont hantées.

Pourtant, c’est la polémique qui suivra l’adhésion massive du public à la liste d’Amougou Belinga et compagnie qui semble finalement devoir rester dans l’histoire. Et pour cause, Grégoire Owona, un des " pédés de la République " selon les listes, avait porté plainte contre les patrons de L’Anecdote et de Nouvelle Afrique. Si le ministre a eu gain de cause en instance, la cour d’appel du Centre où l’affaire se trouve jugée actuellement ne s’est pas encore prononcée. Mais que va-t-elle dire si le témoin capital que constituait Parfait Mbapou maintient qu’il a jusqu’alors menti ?

S’il n’est pas sain de se mêler à la conviction d’un juge, comment ne pas s’interroger cependant sur cette affaire qui éclaire d’un jour nouveau les combats fratricides que peuvent se livrer les grosses légumes du Renouveau. Car, quelque puisse être l’issue de cette affaire, il est indéniable que l’opinion publique n’a pas disposé de toutes les informations qui auraient pu lui permettre de comprendre et de condamner les errements de ceux qui nous dirigent. L’affaire des homosexuels, comme l’indiquaient les dénonciateurs, visait à éliminer de la scène ceux qui instrumentalisent leur sexualité pour contrôler le pouvoir.

Il s’agissait donc d’une affaire entre militants du Rdpc, dont Jean Pierre Amougou Belinga est un membre éminent, qui a été portée sur la place publique. Toutefois, une question demeure : pourquoi les Camerounais à qui le pouvoir Rdpc a confisqué le droit de participer aux affaires publiques et de sanctionner les gestionnaires de la cité ont-ils été pris à témoin, et mis à contribution pour dresser le bûcher symbolique qui a brûlé les " élus " du Top 50 ? Quand on sait que l’archevêque de Yaoundé, proche du pouvoir, avait ouvert le bal des dénonciations dans son sermon de la Noël 2005, peut-on s’interdire de rapprocher les faits ?

Bien que Paul Biya, le président de la République et du Rdpc, ait condamné le 10 février 2006 lors d’un discours à la jeunesse et en juillet 2006 lors du congrès du parti au pouvoir, l’immixtion de la presse dans la vie privée des citoyens –allusion à peine voilée aux listes- comment ne pas s’interroger sur le bénéfice que son régime en a tiré ? Une distraction offerte au peuple, au détriment de barons du système affaiblis au passage, qui épargne le chef, n’est-ce pas une belle manière de reprendre la leçon politique des empereurs romains soucieux avant tout de disposer du pain et des jeux du cirque pour la plèbe ? Mais qui a dit que l’on ne pouvait tromper un peuple (surtout quand il a faim) tout le temps ?

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