Le préfet du département de l’Océan et les membres de son administration à Kribi exigent un traitement de faveur de la part des journalistes, une exigence assortie des menaces de sanctions et de poursuites judiciaires. –
Rien ne va plus entre les journalistes du département de l’Océan et les autorités administratives de Kribi, représentée par le préfet Jean François Vilon. Vendredi 19 septembre 2008, la tension était à son comble, à l’occasion de l’atelier d’imprégnation des hommes des médias sur l’éthique et la déontologie communicationnelle, organisé à l’intention des communicateurs de l’Océan par le préfet du département de l’Océan et la déléguée départementale de la communication de l’Océan Liliane Bobe, sur "instruction du ministre de la Communication".
Dans son discours le préfet a tenu à rappeler le rôle des médias, en précisant que "la radio, la télévision et la presse écrite ne sauraient être des instruments d’incitation à la haine, à la division et à la xénophobie. La caméra et le micro ne sauraient être des armes d’arnaque, de pression et de chantage sur des humbles citoyens". Il a aussi précisé les objectifs de l’atelier, à savoir remettre de l’ordre dans la maison de la communication, renforcer les capacités des uns et des autres sur les exigences de la déontologie et l’éthique professionnelles, rappeler la responsabilité des uns et des autres face à leurs actes et permettre un minimum de maîtrise des dispositions juridiques et sociales des métiers de la communication.
Le premier adjoint préfectoral Kundz Ndobo Placide a exposé sur la déontologie journalistique et l’éthique professionnelle.
Méconnaissance de la loi
L’adrénaline est montée quand le préfet a déclaré:" Il n’y a pas de journaliste dans l’Océan. Il n’y a que des communicateurs. Nous allons le prendre comme résolution". En tordant la loi sur la communication en leur faveur, le préfet et la déléguée de la Communication ont estimé que "le journaliste est celui qui est sorti de l’école et qui a une carte de presse", en précisant au passage que la seule journaliste est justement…la déléguée.
Pourtant, le procureur de la République Kamdem Feutseu Charlem Clautaire a donné la définition du journaliste selon la loi sur la communication sociale: "est considéré comme journaliste, toute personne qui, sur la base de ses facultés intellectuelles, de sa formation et de ses talents, est reconnue apte à la recherche et au traitement de l’information destinée à la communication sociale". Malgré cet éclairage, les autorités présentes dans la salle n’ont pas démordu. Pour eux, il n’y a que des usurpateurs à Kribi
Riposte
Les journalistes présents dans la salle sont sortis de leurs gongs face à cette mauvaise foi de la part de l’administration. "C’est une tentative de musellement de la presse. Ici dans l’Océan, nous vivons de notre profession et nous travaillons dans des médias sérieux. On ne doit pas nous ramener au simple rôle de communicateur parce qu’on veut nous faire plier. Nous n’acceptons pas cette dictature gouvernementale", estime Ferdinand Ngoun de Kribi Fm. Pour Thomas Viga de Stv, "On essaye de nous museler en nous menaçant de prison et autres. Nous faisons et ferons toujours notre métier dans le respect de la déontologie et l’éthique professionnelle. Nous ne sommes pas les chantres de l’administration". Joseph Abena Abena du journal le jour indigné, a d’abord claqué la porte avant de revenir à de meilleurs sentiments. " On ne peut pas nous mépriser comme cela. En fait ils ont peur de nous et de notre force, nous faisons notre travail et rien ne nous empêchera de décrier les tares qui minent la société, même si les autorités sont impliquées", a-t-il précisé.
Cette réunion qui s’est achevée en queue de poisson était plutôt une chasse aux sorcières initiée contre certains représentants des médias qui se sont distingués dans le traitement des informations jugées "sensibles". Le représentant du journal "Le Messager" a essuyé des tirs de toutes parts jusqu’à des menaces de plainte de certaines personnes. "Tout ce qui est permis n’est pas autorisé", a-t-on dit au cours de cette réunion pour justifier ces menaces.
Par Sévère Kamen