Agression : Le BIR tabasse et torture les étudiants à Soa
Bayia Yves Samuel, Dalle Bebey Eugène Boris, Ndoye Simon Pierre, Saag Wassoumi Lionel et Nguindjol Gabriel Cyrille, tous étudiants à l’université de Yaoundé II, à Soa et locataires de la mini-cité « 2K la Grâce », croyaient passer un après-midi tranquille vendredi dernier, en suivant devant leur petit écran, le match d’ouverture de la coupe du monde 2010 qui se déroule en ce moment au pays de Nelson Mandela. Mais ils ont dû déchanter avec l’irruption dans la minicité d’un duo d’officiers de l’armée camerounaise comprenant un lieutenant et un capitaine qui selon toute vraisemblance, sont des éléments du Bataillon d’intervention rapide (BIR). « Ils sont arrivés au moment où débutait la 2ème mi-temps du match. J’ai suivi de violents coups sur ma porte et lorsque je l’ai ouverte, devant moi se trouvaient deux costauds militaires très nerveux. A peine j’ai répondu par l’affirmative à la question de savoir si j’avais joué au football la veille, l’un d’eux m’a asséné une violente claque qui m’a fait perdre l’équilibre. Ils m’ont demandé de les conduire à la chambre de Boris. Ebetté et apeuré, j’ai oublié que ce dernier est mon camarade de palier, je suis allé avec mes agresseurs en haut de l’étage ; mais quand je me suis rendu compte que je m’étais trompé et qu’il fallait descendre, le capitaine m’a giflé avec une telle méchanceté que je me suis retrouvé par terre », explique Saag Wassoumi Lionel. Après avoir constaté que Boris n’était pas dans sa chambre et qu’il était allé vivre l’ambiance du match dans un point chaud, les militaires, visiblement informés par une étudiante indic, ont fait le tour du propriétaire et ont pêché trois autres étudiants qui avaient participé à la partie de football. « Ils nous ont roués de coups de matraque et de balai, nous ont demandés de ramper à plat ventre dans la boue. Tantôt, ils nous demandaient de nous mettre à genoux ou de faire les pompes commandos ; Pendant qu’on le faisait, ils ne cessaient de nous bastonner », expliquent-ils.
« C’était affreux, de l’horreur à la limite. J’ai vu un d’entre eux, frapper avec ses rangers sur la tête de Saag Wassoumi Lionel qui se tordait de douleur. Malgré ses appels de détresse, les éléments du BIR ont continué de frapper », explique une jeune étudiante indignée. Impuissantes face à la maltraitance que subissaient leurs camarades, quinze d’entre elles ont fait des prises de vue et tourné des vidéos qui montrent à suffisance la violence et les sévices subies par les victimes des militaires. Après avoir commis leur forfait pendant environ cinquante minutes, les bourreaux ont une fois de plus séquestré leurs victimes en arrachant les cartes d’identité et en leur demandant de les suivre à la brigade de gendarmerie. « Je les ai trouvés dans un très mauvais état aussi j’ai mis à contribution mon véhicule pour les transporter à l’hôpital pour des soins et l’établissement des certificats médicaux qui leur ont été refusés. L’Intendant a demandé d’aller voir le sous-préfet qui nous a fait dire qu’il était malade et qu’il fallait aller voir le commissaire de la sécurité publique. Ce dernier a dit son incompétence et nous a invités à nous rendre à la brigade de gendarmerie où le commandant nous a demandés de rédiger une plainte », affirme un des étudiants.
Alors que les étudiants criaient leur désarroi et leurs malheurs devant des autorités presque indifférentes, les deux militaires, alertés par un indic, sur le retour dans sa chambre de Boris qui était sans doute la cible principalement visée, ils sont une fois de plus retournés dans la mini-cité où ils ont recommencé à bastonner ce dernier. « La violence des coups que recevait Boris a surexcité et provoqué l’indignation des étudiants qui jusque-là, étaient restés passifs. La foule est devenue menaçante et a encerclé les deux militaires. On a frôlé une émeute, n’eut été l’arrivée inespérée du sous-préfet venu calmer la situation », explique une étudiante. Et d’ajouter que face au radicalisme des étudiants qui attendaient du chef de terre que justice soit faite, l’un des deux officiers a sorti l’arme et menacé de tirer, défiant ainsi l’autorité du sous-préfet. « Ils nous a demandés si on pouvait courir plus vite qu’une balle. Constatant le sauve-qui-peut des étudiants en débandade, ils en ont profité pour décamper », affirme Marie-Paule.
Traitements inhumains
Selon des sources dignes de foi, tout serait parti d’un fait plus ou moins banal. La veille, alors que des étudiants jouent au ballon, une lycéenne de passage à la mini-cité où elle est venue rendre visite à sa cousine a pris le ballon àl’œil, tiré par inadvertance par l’un des joueurs. Les étudiants affirment qu’elle a refusé toute forme de négociation mais elle a promis de les « traiter » comme il fallait. « Nous lui avions proposé d’assurer ses soins ou de remplacer ses verres qu’elle disait être endommagés. Mais elle n’a voulu rien comprendre. Nous sommes étonnés que ce soit des éléments d’une unité d’élite, spécialisée dans la gestion des missions spéciales comme le BIR, qui soient venus « dire le droit » à leur façon », s’indignent les victimes. Depuis vendredi dernier, les photos et les bandent vidéos enregistrées par les étudiants, font le tour du monde à travers l’Internet où, le monde entier découvre la barbarie et la maltraitance de l’armée camerounaise. Il est difficile de comprendre comment des officiers de l’armée camerounaise, en uniforme, ont pu agir avec autant de brutalité et à visages découverts sur des étudiants sans défense, pour une histoire que pouvaient régler les forces de l’ordre. Ceux qui ont l’habitude d’accuser les médias camerounais de peindre le pays en noir pourront enfin se faire une idée des agissements de certains militaires camerounais.
Même l’un des colonels et haut responsable du BIR qui a fait une descente à 21 heures 30 minutes sur les lieux, a pu se rendre compte, en regardant les vidéogrammes, des atrocités infligées aux étudiants par ses éléments. « Il est resté sans voix, visiblement affligé et déçu par les actes inhumains infligés aux étudiants. Il a même donné deux boites de sardines et deux baguettes de pain à Boris qui a déserté sa chambre et qui depuis lors, dort à la belle étoile, craignant que ses bourreaux qui ont promis revenir, ne viennent l’achever », soutient un de ses voisins de palier. Il n’est pas seul dans son cas, la plupart des locataires de « 2K La Grâce où s’est déroulé le « spectacle » et les étudiants des mini-cités construites dans le même périmètre, vivent un traumatisme et une grande frayeur.
souley.onoholio

