G8 : Que veulent les Africains ?
En ce début du mois de juillet 2008, c’est à Tokyo que se déroule ainsi pour une énième fois, le mélodrame de cette insoutenable pièce de théâtre qui met face à face, de puissants dirigeants d’un groupe de pays baptisé G8, et les thuriféraires africains dont le seul discours consiste à demander tantôt des aumônes, tantôt des aides, tantôt des règles de discrimination exceptionnelles dans leurs relations de partenariat. Dans ce contexte où l’on n’en finit pas de présenter les points importants qui catalysent l’attention dans la quête d’une meilleure approche des problèmes de l’humanité, les médias du monde, maladroitement relayés par leurs confrères subalternes du continent, ne font rien pour atténuer l’ampleur de l’humiliation, de l’irresponsabilité, et de la marginalisation de ceux qui n’ont jamais fait que mendier, tendre la main, et pleurnicher au fil des siècles.
Il est important à ce propos, de rappeler afin que personne ne se trompe, que cette institution, car c’est bien devenue une institution, ne fut pas créée pour devenir un autre centre de polarisation des débats de la diplomatie planétaire. Cette instance n’est donc ni la répétition des Nations unies, ni de quelques lieux de rassemblement où chaque petit roi, sale ou propre, voleur ou puritain, blanc ou noir, vient s’exhiber au nom de ce qu’une lamentable normalisation symbolique du Droit international appelle souveraineté. Au départ, ce sont simplement les pays les plus industrialisés du monde capitaliste, en somme de l’Occident, qui ressentent le besoin de se réunir en dehors de toute autre instance courante, pour débattre des grands dossiers économiques du monde. C’est donc à Rambouillet en France, à l’invitation du président Valery Giscard D’Estaing, que se tint le tout premier sommet au milieu des années 1970. Dans la configuration géopolitique et idéologique du monde de l’époque dominée par la guerre froide et l’activisme des pays dits du groupe des 77 qui en imposent au nom de leur majorité automatique, il est de bon ton de profiter d’une autre instance où l’on peut se concerter à tête reposée et transmettre des messages codés variés au reste du monde.
Condamnation de Mugabe
Hélas, au fil des ans, il a bien fallu tenir compte des modifications intervenues dans l’agencement idéologique du monde, et l’apaisement des contentieux au sein des principales instances multilatérales. Après l’effondrement du mur de Berlin sous le prestige stratégique de Mikail Gorbatchev qui avec la perestroïka et la glasnost, permettra d’inaugurer une nouvelle ère moins conflictuelle dans la coexistence des peuples, des Etats et des nations, l’Occident est bien obligé de changer les termes de référence de cette rencontre des pays riches et de changer complètement son agenda.
Voilà comment et sans que l’on ait planifié une telle évolution, le cercle s’élargit et en vient à prendre en considération certains dossiers relativement ouvert sur les grandes préoccupations diplomatiques et économiques. Evidemment, la Russie, la Chine, le Brésil, l’Inde, l’Afrique du Sud, le Nigeria, sont les premiers candidats reçus à cette kermesse. Chaque invité y arrive cependant selon une évaluation géopolitique et stratégique précise. L’on en vient ainsi à recréer tout le manège pour ne pas dire toute la configuration conflictuelle et conciliatoire des instances diplomatiques multilatérales les plus connues, notamment celles de l’Onu
L’Afrique qui va parler à Tokyo aujourd’hui au point de se mettre à demander des comptes sur quelques promesses, devrait bien se souvenir qu’elle s’y trouve en réalité sans les qualités premières requises et par ailleurs sous une casquette à peine voilée de pauvre mendiant dont on veut bien donner l’impression d’examiner la situation. Il s’agit plus d’enlever toute coloration d’arrogance à une instance de riches pays, que de prendre pitié de qui que ce soit. D’ailleurs, il devrait demeurer clair et vivant dans la tête des invités que ce qui motive cette réunion, c’est l’arbitrage de la compétition entre les riches et la recherche de l’harmonisation de quelques règles gouvernant leurs mécanismes financiers et commerciaux.
De quoi parle-t-on vraiment et de qui parle-t-on lorsque l’on entend des chefs d’Etat qui sont incapables d’édicter les moindres règles de transparence dans les relations internationales du continent, venir se plaindre des pays riches qui n’auraient pas tenu leurs promesses ou leurs engagements ? De quels engagements s’agit-il donc ? Ceux qui en ordre dispersé et la tête baissée, sollicitent l’aumône ont-ils d’abord fait le procès de leur mauvaise gestion, du pillage dont ils sont eux-mêmes responsables contre leurs peuples, de la corruption, des malversations de toutes natures ? S’agit-il des mêmes gens qui n’ont pas pu condamner Robert Mugabe ? S’agit-il des mêmes dirigeants qui changent les constitutions tous les jours ? S’agit-il des mêmes pays où les caisses publiques sont pillées en milliards de dollars par des comparses impunis ?
L’Afrique qui se présente à Tokyo, n’a ni valeur ni qualité, ni bénédiction pour porter plainte contre le reste du monde. Admettons donc selon le vieux refrain de certains attardés mentaux, que l’Occident se serait enrichi en pillant les richesses des autres peuples. D’accord mais alors, pendant combien de temps faudra-t-il gérer les conséquences de ce grand malheur avant de devenir effectivement adulte et de se prendre en charge ?
Le sommet des pays les plus riches, les plus puissants et les plus industrialisés, selon la terminologie que l’on veut utiliser, constitue une instance spécifique qui ne devrait pas souffrir de l’encombrement de sales fréquentations et des plaintes de gens qui ne savent pas balayer devant leurs portes. L’Afrique ne devrait rien envier ni à l’Europe ni à l’Amérique, tant elle est naturellement riche sinon plus riche. Le paradoxe voudrait que ce soient les monarques illégitimes du continent qui se permettent les plus insolents des plaisirs et les plus ignobles des privilèges. Rentrant d’un voyage récemment, j’ai eu la surprise de découvrir l’ambassadeur d’un des pays les plus puissants du monde assis tranquillement, sagement, et le plus naturellement, en classe économique. Son Excellence monsieur l’ambassadeur était accompagné de son épouse et d’au moins deux collaborateurs directs. Pendant ce temps, la première classe était infestée de dignitaires sans grande importance du régime. Je dois signaler ici qu’il s’agissait de l’ambassadeur de France dans un vol de la compagnie Air France. La scène était assez nourrie de leçons et d’interpellations et n’a donc pas échappé à l’attention de nombreux passagers, lesquels n’ont pas manqué de faire des commentaires les plus affligés sur les dépenses folles des prédateurs qui les gouvernent.
C’est donc cette Afrique si riche et si dépensière, dirigée par une élite irresponsable, insouciante et inconsciente, qui se présente à Tokyo pour demander que l’Occident respecte ses promesses. La réponse intime ne peut être qu’une légitime moquerie.
Par SHANDA TONME

