Parfois, les mots nous manquent pour l’exprimer autrement… Le Seigneur trace un dessein pour chacun de nous. Il nous revient simplement d’agir avec droiture, d’accomplir notre tâche avec soin, et de remettre le reste entre Ses mains.
C’est en substance le fil d’une existence presque entière, celle d’une jeune actrice des métiers de la mode et de la couture sur le continent africain, dont le parcours saura émouvoir quiconque le découvrira…
ous sommes les élus. Nous sommes en plein FEMOGA Festival de la Mode du Gabon. C’est la troisième édition. Libreville vibre au rythme des podiums. L’Afrique entière aspire à y prendre part. L’élan communicationnel est séduisant. C’est un créateur sénégalais qui nous la confie: un mannequin professionnel, venu de son Congo natal jusqu’au Gabon.
Elle prendra en charge son propre déplacement. Billet d’avion aller-retour. Dynamique, affable, infatigable. Elle était toujours là où il fallait, au moment exact. Quelques maladresses en coulisses orchestrées par l’organisation avaient un temps émoussé son ardeur. Elle aspirait à donner le meilleur d’elle-même, et malgré sa tristesse, elle l’a fait.
Son premier défilé à l’international. De retour à Pointe-Noire au Congo, elle décide de fonder son propre événement. Un défi de taille. KAS Fashion International voit le jour. «Tonton Prince, j’aimerais vous avoir à nos Ncôtés pour la deuxième édition. Pour la première, armons-nous de patience afin qu’elle prenne son envol.» C’est par ces mots, et par la grâce du Seigneur, que tout s’est accompli. Les retours furent probants. Nous sommes restés en contact. Un an plus tard, c’est elle qui prend de nos nouvelles: «Tonton Prince, serez-vous présent cette année au festival de la mode au Gabon?» Notre réponse fut négative.
«Alors ce sera un plaisir et un honneur que vous nous accompagniez. Aux mêmes dates.» Le plaisir fut réciproque. En peu de temps, tout fut scellé: prise en charge intégrale, respect de notre travail, loyauté mutuelle. Ensemble, nous avons afÏné quelques détails du chronogramme, en parfaite entente.
L’événement s’étend désormais sur trois jours. Un véritable festival. À tout Seigneur, tout honneur. Nous avons souhaité consacrer la couverture de ce numéro à son histoire: le récit, presque biographique, d’une personne d’exception. Parfois, la vie mérite d’être vécue pleinement.
Kilolo Agnès Sarah illumine la mode et la couture à Pointe-Noire.

ENTRETIEN AVEC AGNÈS SARAH KILOLO mon père, dont il était gardien. Il avait bâti une maison en planches de bois. C’était notre foyer. J’aimais confectionner des poupées et des habits à la main, avec des chutes de tissu glanées dans les ateliers de couture. Malheureusement, fin 2005, un incendie a ravagé notre maison.
Nous avons tout perdu. Je pleurais surtout la perte de ma seule belle robe de princesse, conservée dans un kiosque aménagé par mon père. Ma mère, enceinte de mon petit frère Jérémie, accoucha le 17 avril 2006 dans des conditions éprouvantes. Chaque matin, à 7h, nos parents nous remettaient 100 francs.
Un seul repas nous attendait le soir, vers 19h ou 20h, s’il y en avait. En 2009, mon père quitta précipitamment le quartier pour Brazzaville. Nous restâmes avec notre mère. Le 8 mars 2010, dans la nuit, ce qui nous servait de maison prit feu à nouveau. Mon petit frère, ma mère et moi fûmes une fois de plus démunis.
J’avais cru pleurer toutes mes larmes, redoutant de perdre ma mère plutôt que ma robe. L’incendie nous sépara définitivement de notre père. Plus de maison, plus de père, plus rien. Ma mère nous emmena loin de la ville, dans un quartier reculé, chez son amie d’enfance que Dieu ait son âme.

Nous vivions dans une pièce de 10 m². Notre lit était fait de briques de terre, la toiture laissait passer la pluie. Chaque jour, ma C.A Bonjour l’artiste. À l’occasion de la deuxième édition de votre événement, vous nous conviez à vos côtés. Pour nos lecteurs, pouvez-vous vous présenter? Agnès Sarah Kilolo Merci à vous, Tonton Prince, de m’accorder cet espace et votre temps dans votre magazine. Je m’appelle Agnès Sarah Kilolo.
J’ai 26 ans, je suis née le 6 avril 2000 à Pointe-Noire, au Congo. Mon père, WADIATOULOU Dieudonné, et ma mère, KILOLO Louise Nanette, m’ont élevée au sein d’une fratrie de cinq frères et une sœur dont je suis la quatrième. J’ai entamé ma scolarité à 6 ans. J’ai obtenu le CEPE en 2012 à l’école catholique Saint-Jean-Baptiste, le BEPC en 2016 au CEG Les Trois Glorieuses, et le baccalauréat en 2023 au lycée de Mvouti.
Mon enfance fut rude. Elle a forgé la femme résiliente que je suis aujourd’hui. J’ai connu l’extrême pauvreté. Mon père était menuisier, ma mère ménagère et commerçante. À 5 ans, nous habitions une parcelle confiée à mère sortait pour nous chercher à manger. Pendant ce temps, je m’occupais de mes petits frères Dieuvie et Jérémie, ainsi que des enfants de son amie. Des mois plus tard, une femme que je n’oublierai jamais, Maman Éliane Okana paix à son âme demanda à voir les enfants. En nous découvrant, elle pleura et insista pour que nous restions avec elle-même dans sa modeste maison.
Elle apprit à ma mère à faire frire les beignets et lui donna un petit capital pour démarrer. Notre vie commença alors à changer. Grâce à elle, à la famille Atipo devenue la nôtre, et à la famille Mayola, nous eûmes enfin trois repas par jour. Ma mère se battait jour et nuit. Un soir, elle fut agressée et blessée à la bouche.
Le lendemain, malgré la douleur, elle reprit son étal. Elle veilla à notre éducation, à notre santé, et fit de la prière notre boussole. Elle éleva sans complexe, debout. C.A Comment êtes-vous arrivée à la couture et à la mode? À l’origine, je rêvais de devenir médecin. La mode n’efÒeurait même pas mon esprit. En 2018, en classe de Première, ma sœur Éboueur Claude Maurice, dite Momo Lova, styliste de l’événement, me proposa de participer au concours Miss Vacances de ROR Plus. J’acceptai. Au casting, mon assurance vacilla. D ’ autrescandidates étaient plus à l’aise en français, plus sûres d’elles.
Je fus cependant retenue. Les moqueries fusèrent lors des interviews. Je repris confiance grâce au soutien de ma famille et de mes amis. Le soir du concours, à quelques minutes du passage, la peur me gagna. C’est ma sœur Luce Toca qui me dit: «N’aie pas peur, vas-y. C’est toi la meilleure, tu es ma miss.» Je montais sur scène et fus élue 2ᵉ dauphine. Toute ma famille était fière, surtout Maurice et Luce. En 2019, en Terminale, je changeais de cap: devenir ingénieure en pétrochimie. Admise au concours de l’UCAC-ICAM, je manquais le baccalauréat.
Le concours fut annulé. En juin 2019, j’accompagnais des amies à une répétition de mannequinat. Je pris goût et intégrais CAM Agency. Mes amis disaient: «Agnès, tu iras loin sur ce chemin.» Elles abandonnèrent, moi je persistais. J’ai défilé pour des événements d’envergure, notamment Biso Na Biso de Cardy Cardelin Babakila.
Ces expériences aux côtés de stylistes confirmés firent naître une vocation. Je confiais ce changement à ma mère. Sa réponse fut une révélation: «Agnès, depuis petite tu cousais tes tenues à la main. Trouve-toi une école de couture et forme-toi.» En mars 2021, je m’inscris à l’école de mode.

La Charité, dirigée par Maîtresse Stella à Pointe-Noire, pour me former en stylisme-modélisme. En février 2022, encore étudiante et mannequin, je lance ofÏciellement ma marque KAS Couture lors de la soirée One Love de CAM Agency. Je présente ensuite ma collection «Créole» à l’événement de M. Saya, afÏrmant une identité créative moderne, enracinée.
En 2023, je décroche mon diplôme en stylisme- modélisme et mon baccalauréat scientifique. En septembre 2024, je pars en France pour me perfectionner à l’Atelier Chardon Savard où je poursuis actuellement ma formation. C.A Déjà en France pour te perfectionner. Tu as forcément initié un projet pour ton pays, ton continent. Peux-tu nous en parler Oui.
C’est cet univers qui donne désormais un sens à ma vie. Au Congo, les métiers de la mode et de la couture restent méconnus et sous-estimés. Ils souffrent de préjugés, parfois associés à des activités dévalorisantes, ce qui freine leur essor. On les perçoit encore comme réservés aux personnes peu instruites, alors qu’ils exigent créativité, rigueur, discipline et expertise.
Ces représentations empêchent l’épanouissement des jeunes talents congolais et africains, qui évoluent souvent dans l’ombre, sans reconnaissance ni opportunités. KAS est née de ce constat. Son ambition est d’apporter une réponse, même partielle. KAS Fashion veut éclairer ce secteur obscur. D’où le thème de la première édition Ombre et Lumière… Pour cette deuxième édition, KAS Fashion International consacre une journée à des conférences, échanges et formations afin d’aborder les maux qui minent la mode au Congo et en Afrique.

Nous mettrons aussi en lumière les jeunes stylistes congolais œuvrant dans l’ombre, et organiserons des ventes privées pour les soutenir. C.A Quelles sont vos attentes pour cet événement Pour ce rendez-vous annuel, j’espère mobiliser un public dynamique. Mon objectif premier est de remplir la salle, mais surtout de toucher la sensibilité des décideurs, des acteurs politiques, des partenaires et des sponsors.
Notre but est de soutenir les jeunes créateurs et d’amorcer un changement positif dans ce secteur. Le monde debout Afrique, Europe, Amérique, Asie fièrement uni, ensemble nous réussirons.
Feuilleter les pages de l’article
La maquette originale d’Africa Catwalk, page par page.
Glissez horizontalement sur mobile ou utilisez les flèches. Cliquez sur une page pour la lire en grand.















GIPHY App Key not set. Please check settings