Retour sur une journée marathon
Prévue pour être adopté ce jour, la plénière d’adoption a été anticipée.
Yaoundé jeudi 10 avril 2008. Il est 15h 32 minutes. Le marché central grouille de monde comme d’habitude. La plupart ignorent le scénario qui se joue au même moment à l’Assemblée nationale. En cette heure précise de l’après-midi, les députés de la majorité Rdpc (dont le président national tient les rênes du pays depuis 25 ans) sont en train de modifier la Constitution du Cameroun. Avec en prime, l’alinéa 2 de l’article 6 (nouveau) qui rend rééligible à vie le président de la République.
La séance plénière qui devait voir l’adoption de ce qui était encore projet de loi N°819/PJL/An était pourtant prévu ce vendredi 11 avril 2008 à 10h. Mais très tard mercredi 9 avril 2008, de manière discrète, l’information de l’anticipation de la plénière a été communiquée aux députés de la nation par le secrétaire général de l’Assemblée nationale. C’est ainsi que certains élus du peuple qui n’avaient pas passé la nuit à l’hôtel des Députés ont débarqué dans la précipitation au Palais de verres de Ngoa Ekelle.
Sur les visages de certaines autorités présentes à l’hémicycle, la fébrilité est perceptible. Le Premier ministre qui devait s’asseoir à la tête du banc du gouvernement a rejoint l’hémicycle très exactement à 13h 30. Soit près de deux heures après le début de la séance. Des sources dignes de foi indiquent qu’il a été reçu en audience au Palais de l’unité par le chef de l’Etat. Bien avant lui, les mêmes sources indiquent que Paul Biya a reçu René Sadi le ministre secrétaire général adjoint de la présidence de la République, et secrétaire général du Rdpc. Grégoire Owona, le ministre délégué à la présidence chargé des relations avec les Assemblées aggripé à son téléphone, multiplie des conciliabules à l’extérieur de l’hémicycle avec les ministres Marafa Hamidou Yaya d’une part, et René Emmanuel Sadi d’autre part. De temps en temps, il s’en va chuchoter à l’oreille du président de l’Assemblée nationale. Finalement, quant s’achève la séance plénière qui a consacré le vote de la révision de la Constitution, les hiérarques du système présents à l’Assemblée nationale manifestent leur soulagement. Mission accomplie. Amen.
Par Jean François CHANNON

