Le président de l’Association des écrivains de langue française parle de l’antenne Afrique centrale qui a vu le jour cette semaine.
Propos recueillis par Parfait Tabapsi (Stagiaire) –
Pouvez-vous nous présenter l’Adelf ?L’association des écrivains de langue française (Adelf) est une association bientôt centenaire puisque son acte de naissance remonte à 1926. Elle comprend environ un millier d’adhérents dont les écrivains, les éditeurs et des sympathisants des cinq continents autour d’une chose essentielle qui est la langue française. Donc l’idée de départ était de les fédérer, d’organiser des rencontres et de leur donner une visibilité. L’Adelf organise naturellement des événements dont le principal chaque année est l’organisation de douze prix littéraires. Parmi ces prix, on retrouve le Grand prix littéraire d’Afrique noire, le Prix littéraire de l’Asie, le Prix littéraire européen.
L’Afrique étant une place forte de la littérature en français, on se demande pourquoi il a fallu attendre près de cent ans pour mettre sur pied une antenne en Afrique ?
Je n’ai pas de réponses à donner par rapport à ce qui s’est passé avant ma présidence. Je ne suis là que depuis quatre ans. A mon arrivée et très rapidement, je me suis dit que pour la littérature africaine, puisque c’est ma spécialité et que j’ai beaucoup de sympathie avec l’Afrique, le Grand prix d’Afrique noire n’était pas suffisant. L’idée d’une représentation en Afrique est née de ma rencontre avec Jacques Famé Ndongo à qui j’avais écrit, que j’ai rencontré ici à plusieurs occasions. Il m’a écouté attentivement et a réagi par la suite en manifestant son intérêt pour la création d’une antenne à Yaoundé. Ce projet va au-delà de mes espérances, puisque au départ je pensais seulement au Cameroun qui est un pays important et qui pèse sur le plan culturel. Mais en discutant avec le conseil d’administration, on s’est dit qu’il fallait l’étendre à l’Afrique centrale. Maintenant que l’Adelf va se mettre en place, elle me paraît être une excellente opération. Mon souhait c’est qu’on identifie les écrivains, qu’il y ait des rencontres, qu’on crée un prix littéraire.
Quelles sont les missions que depuis Paris vous assignez à l’Adelf Afrique centrale ?
Moi je n’assigne rien. Je peux mettre à la disposition de l’antenne mes connaissances ou mon expérience. Mais j’insiste sur le fait que ce n’est pas une entreprise néocoloniale. Je n’ai pas du tout l’intention d’interférer dans ses orientations et ses décisions. Je suis à sa disposition, mais ce sont leurs responsables qui sont les maîtres du navire. C’est vrai que je connais un peu l’Afrique mais c’est eux qui y vivent et y travaillent tous les jours. C’est donc vraiment un chantier ouvert.
Est-ce que les jeunes écrivains du terroir ne peuvent pas prétendre au Grand prix littéraire d’Afrique noire étant entendu que ce sont les écrivains de la diaspora qui le gagnent à tous les coups ?
La question se pose effectivement et je dois dire là que vous prêchez à un converti. Ce que fait la diaspora c’est très bien, mais je regrette que chaque année c’est à un auteur résident hors d’Afrique que je remette le prix. Le problème c’est que nous n’avons pas à Paris les moyens de savoir ce qui se passe ici, à Dakar ou à Bamako. Il faudrait tout un réseau d’informations. C’est pourquoi je compte beaucoup sur l’antenne de Yaoundé pour le désenclavement de la littérature africaine. S’il y a un auteur qui produit un texte de qualité, bien entendu que je serai le premier à le défendre.