Renc’Art : Vision
Homologuer les prix n’aura donc pas suffi pour rendre tous les manuels scolaires disponibles sur le marché camerounais.
Claude-B. Kingue –
Et cela ne tiendrait pas seulement de la volonté de certains grossistes, comme on les en soupçonne, d’organiser la pénurie pour pouvoir spéculer. La presse relaie en effet d’autres explications à ce sujet. Exemple : la liste des livres a été publiée tard. Or, de nouveaux livres "viennent d’être inscrits au programme". Il fallait les imprimer, et cela prend du temps.
L’on évoque aussi des livres bloqués au port deDouala depuis le mois de juin dernier. Apparemment pour vérifier qu’ils sont bien conformes à ce qui est indiqué sur la licence d’importation.
Un tel délai pour une telle opération, c’est, à tout le moins, long. Mais, surtout, si ces explications sont vraies, elles indiquent deux choses. La première: le problème du livre scolaire au Cameroun ne peut être réglé par le seul ministère du Commerce. Ses attributions ne s’étendant ni à la confection des programmes, ni à la publication de la liste des manuels scolaires, ni à la certification de la conformité des importations.
L’actuelle rareté de certains livres au progarmme scolaire trahit d’ailleurs l’effet tout relatif de "l’encadrement" des prix sur la disponibilité de l’offre sur le marché. Les prix de certains manuels ont en effet été homologués dans le sens de la hausse. Ces ouvarges n’en sont pas moins rares sur le marché.
Et au regard de cela, le combat du ministre Mbarga Atangana évoque quelque peu celui de Don Quichotte. Malheureusement. Injustement.
Ce peu de succès exprime une réalité évoquée dans ces mêmes colonnes voici .deux semaines. Et à laquelle divers articles parus ces derniers jours donnent davantage de relief. C’est que pour rendre véritablement accessible le livre scolaire au Cameroun, à travers les prix et l’offre, il faut le produire sur place. Et pour cela, il faut "une politique qui va de la conception des programmes à la réalisation des manuels leur servant de supports", cf Mutations N° 1723 du 17 août 2006. Ce qui suppose un travail en amont. Ce qui suppose une mise en perspective.
Pour cette année scolaire qui vient de commencer, sans doute est-il tard de l’entreprendre. Il est même peut-être trop tard déjà pour l’année prochaine. En tout cas, on sera définitivement en retard sur le problème du livre scolaire au Cameroun, tant qu’on essayera de le résoudre ponctuellement. Il faut se projeter sur le long terme. Prendre en compte tous les aspects de la question, créer une synergie à travers les différents "maillons de la chaîne". Et pour cela, il faut avoir une vision. Le gouvernement qui a la charge de l’éducation des citoyens, doit avoir une vision claire, articulée.
Les tribulations des livres édités par les Classiques camerounais au port de Douala sont fort éloquentes. Eclairantes aussi. Car elles ne renseignent pas seulement sur les risques qu’il y a à faire venir les livres de l’étranger, au-delà des aléas courants dans toute importation chez nous. Elles militent pour que le livre destiné aux élèves camerounais soit fabriqué sur place.
Elles indiquent aussi le type de mesures sur lesquelles on peut asseoir une politique efficace du livre scolaire au Cameroun. Notamment accorder à la production de ce livre les avantages de la zone franche. La pratique n’a plus cours chez nous. Mais, il est évident que si, comme on le dit, certains éditeurs de livres au programme des écoles et collèges du Cameroun sont allés les faire imprimer à l’Ile Maurice, ils n’avaient pas uniquement à coeur d’avoir un produit de qualité. Les coûts de fabrication, nettement avantageux à Port-Louis, qui est une zone franche, les y ont certainement poussés. Leur offrir les mêmes avantages à Yaoundé ou Douala n’est point se suicider. Au contraire, c’est assurer l’avenir, si l’on considère que c’est la jeunesse qui l’incarne.
Quotidienmutations

