Ils sont de plus en plus nombreux à essaimer ces lieux pour affiner leur plume.
Parfait Tabapsi –

S’il est une expression qui fait peu à peu son chemin dans les milieux littéraires camerounais ces temps derniers, c’est bien celle des ateliers d’écriture. Car depuis plus d’une décennie maintenant, le pays de Mongo Beti et de Léopold Ferdinand Oyono s’est mis au goût de ces moments de retraite et d’exercice collectif, sous le regard d’un ou de plusieurs animateurs, avec les outils de création littéraire.
S’il existe encore des auteurs, au demeurant pas très nombreux dans la nouvelle génération, qui ne portent pas particulièrement les ateliers dans leur cœur, il reste que ces derniers fleurissent ça et là et sont souvent courus. Au point où la participation est sujette bien de fois à des sélections au moyen de concours ou de production de textes liés au genre que butinera l’atelier. Pour l’auteur Joseph Fumtim, l’atelier a sa raison d’être et est même nécessaire à la production littéraire de qualité dans la mesure où " l’on continue de croire chez nous que le génie à lui seul peut faire un bon écrivain.
Ce qui n’est pas vrai. Et dans le même temps, s’agissant d’une activité comme le football, les écoles et les centres de formation sont légion alors qu’on pourrait aussi parler de génie et croiser les bras. Ce d’autant plus que le talent n’a jamais été un problème pour le football camerounais ".
Jean-Claude Awono, auteur et président de La Ronde des poètes basée à Yaoundé va même plus loin en arguant de ce que " les ateliers d’écriture participent de la construction ou de la constitution d’une institution littéraire nationale digne de ce nom. Ceci parce que ce sont ces moments de rencontre, de cogitation sur les œuvres et de création qui aboutissent à des œuvres de qualité ". Dans son argumentaire, il ne manque pas de s’appuyer sur l’expérience de son association dont les ateliers d’écriture et de lecture figurent au rang des activités permanentes.
Retombées
Sur les gains éventuels récoltés par les auteurs, ils sont nombreux si l’on en croit Angeline Solange Bonono dont les dernières productions ont été saluées par la critique. "Les ateliers, m’ont énormément apportée ! J’ai gagné en structuration personnelle. J’ai appris à organiser mon imaginaire, à frotter mon esprit à ceux des autres, j’ai gagné en humilité et en ardeur au travail. J’ai appris à revoir ma copie, à revenir cent fois sur le métier comme le prescrit si bien Boileau. Bref, je me suis professionnalisée dans mon métier d’écrivaine ". Joseph Fumtim va plus loin. S’il reconnaît que la professionnalisation, qui est l’apanage des ateliers d’écriture, permet à un auteur de maîtriser l’environnement de l’environnement littéraire, il ajoute dans la foulée que " de manière égoïste, puisque je suis auteur, ces moments permettent aux écrivains de vivre dans la mesure où leur participation est adossée au payement des jetons de présence puisqu’ils viennent partager une expérience et expliquer un savoir. C’est ce qui se fait ailleurs et que l’on est en droit d’espérer chez nous. Mais il n’y a pas que cela. Les ateliers sont l’occasion de donner aux écrivains en herbe ou confirmés les moyens d’organiser leur travail ; ils leur permettent d’avoir une table de travail avec les outils de création ".
Mais très souvent aussi c’est l’occasion pour les jeunes auteurs de se frotter aux auteurs étrangers à la réputation établie qui viennent pour participer ou animer les rencontres. Il n’est d’ailleurs qu’à voir la fiche des participants à la résidence dite du " Jeune auteur " qui commence la semaine prochaine à Yaoundé. Une résidence qui verra la participation d’auteurs venus de quatre nationalités d’Afrique. Un autre avantage des ateliers réside dans ce que Anne Roche, écrivaine et critique française, appelle " la prise en compte du désir d’écrire ". Car ils sont nombreux qui ont envie d’écrire mais ne franchissent pas le cap de l’acte, parce qu’ils ne savent pas par quel bout commencer, ou qui, ayant commencé, se sont heurtés à des obstacles qui leur ont paru insurmontables. Ainsi, l’atelier apparaît et participe à les décomplexer et à leur ouvrir une voie pouvant aller jusqu’à les révéler à la littérature.
Espoirs
C’est sans doute cela qui fait dire à Joseph Fumtim que " les ateliers doivent se généraliser dans notre société. Il faut qu’on arrête de continuer à penser sous nos cieux que le génie seul suffit. Aux Etats-Unis, pour ne prendre que cet exemple, on apprend dans les facultés à écrire. C’est pourquoi je pense que les ministères en charge de l’éducation dopivent songer à stimuler la création littéraire au moyen des ateliers. Cela permettra aux jeunes écrivains de se familiariser à l’environnment de la production littéraire. Ce qui n’est pas peu de chose vu que en tant qu’éditeur, nous recevons des manuscrits souvent de bonne facture mais dont les auteurs en ignorent jusqu’aux genres auxquels ils appartiennent. S’ils avaient participé à des ateliers, on leur aurait surement appris que l’écriture à elle seule n’est pas suffisante. Il faut maîtriser l’environnement qui va avec. "
Au Cameroun ils sont nombreux les jeunes auteurs qui, à l’évocation de la terminologie Atelier d’écriture évoquent les yeux fermés le cas de la Compagnie Ngoti de Ntongon à Zok. Une compagnie qui a organisé par le passé et même récemment des résidences d’écriture assorties de collectifs à la qualité certaine. L’on évoque ainsi des plumes comme Mercedes Fouda ou Wakeu Fogaing -dont la pièce Le don du propriétaire a été adapté depuis au cinéma- qui ont été révélé à l’écriture dramatique par ces résidences là. Ce qui fait dire à Angeline Solange Bonono qui court les ateliers au Cameroun et à l’étranger depuis huit ans que ceux-ci sont nécesssaires " parce que l’inspiration à elle seule ne suffit pas , mais peut-être pas indispensable. "