Non classé

Ayah Paul Abine: “Pourquoi j’ai démissionné”

Député, Rdpéciste, et anticonformiste

“ Le rebelle ! ” C’est ainsi qu’un élu du peuple hèle l’honorable Ayah Paul Abine à l’entrée de l’Hôtel des députés vendredi 05 décembre 2008. Celui qui vient de démissionner de la tête de la Commission des affaires étrangères, et qui a refusé de voter pour la modification de la Constitution, est-il effectivement un rebelle ? Ayah Paul Abine, député de la nation élu dans la circonscription électorale de la Manyu et chef traditionnel d’Akwaya dans le Sud-Ouest, ne se définit pas comme tel. Mais plutôt comme quelqu’un qui sait dire ce qu’il pense, surtout si c’est pour le bien être du peuple. La semaine écoulée, la presse a relayé la nouvelle de sa démission à la commission des affaires étrangères. Ses portraits ont été dressés. Aujourd’hui on connaît plus ou moins qui est cet homme. Mais Le Messager a choisi d’approfondir la connaissance de ses choix et de ses logiques d’action. Dans cet entretien, il justifie ses actes politiques depuis avril dernier. Il est pour l’alternance au sommet de l’Etat. Selon lui, la Constitution est presque immuable. “Ce n’est qu’en Cemac que quelqu’un peut rester au pouvoir pendant plus de quarante ans ! Ce n’est pas du tout normal”, s’insurge-t-il.
Comment M. Ayah Paul, magistrat de formation, est-il devenu militant et député du Rdpc ?
J’ai été intégré dans la magistrature en 1978. Depuis lors, les miens m’ont toujours demandé de faire la politique […] Mais, moi je résistais ; je leur demandais d’attendre d’abord que je fasse une carrière dans la magistrature. En 1995, quand j’ai été promu au quatrième grade, je n’avais plus d’excuses. Finalement, j’ai accepté. Ils [les natifs de sa contrée, ndlr] ont tracé une voie que je devais suivre […] C’est ainsi qu’en 2002, je suis devenu député Rdpc.

Quels sont les souvenirs les plus agréables de votre vie politique ?
Vous savez bien qu’il y a eu une révision constitutionnelle en 1996 et il y avait des dispositions concernant des institutions nouvelles. Quand on a introduit à l’Assemblée le projet de loi sur la décentralisation, j’étais vraiment content qu’enfin le pays allait commencer à se développer. Il y a aussi le projet de loi sur le Code de procédure pénale. Ça nous a ravis, parce qu’on avait deux procédures distinctes entre la partie anglophone et la partie francophone. Donc ça a aidé à unir davantage le pays. Enfin, il y a le projet de loi sur Elecam qui était intéressant. Donc, j’étais content d’avoir fait partie de ceux qui ont adopté ces lois-là.

En avril 2008 le Parlement, en majorité Rdpc, a modifié la Constitution, levant le verrou de la limitation des mandats présidentiels. Ce jour-là, vous n’étiez pas à l’Assemblée. Que s’est-il passé ?
Vous savez, vers la fin de l’année 2007, le président de la République a donné une interview à France 24. Et il disait que la révision constitutionnelle n’était pas d’actualité et qu’il y avait des choses beaucoup plus intéressantes, plus pressantes : il parlait du sida et du développement en général. Et moi j’ai pris cela au sérieux. Dans son discours de fin d’année, il s’est posé une question : pourquoi à l’indépendance, on était au même niveau de développement que les pays asiatiques. Mais aujourd’hui, ces pays sont tellement loin devant nous. J’ai pris ça au sérieux, à commencer par la Constitution. Et je me suis dit que puisque la révision avait des dispositions pour des institutions nouvelles, et aucune de ces institutions n’étant mise en place, il fallait donc qu’elles soient mises en place. On a juste appliqué l’alinéa de la Constitution prolongeant le mandat [du président de la République] de cinq à sept ans. Et si en fin de compte on a vu que cet alinéa qu’on a appliqué n’était pas convenable, antidémocratique, c’est que toute la révision de 1996 n’était pas bonne. Il fallait donc faire une révision générale, donner plus de pouvoir au Parlement et faire du Judiciaire un réel pourvoir, un pouvoir indépendant. A partir de ce moment-là, j’ai adopté ce principe : la Constitution est presque immuable ; ce n’est pas tous les jours qu’on la révise. Celle des Etats-Unis qui a plus de 200 ans a été modifiée moins de trente fois. Donc ça ne se modifie pas comme ça. Par principe, j’ai dit que ce n’était pas du tout pour le bien être de l’Etat. Et puis, pour le développement, je me suis rendu compte que l’Afrique australe, l’Afrique orientale, l’Afrique de l’ouest se développaient beaucoup plus. Si nous prenons la société civile, ce n’est qu’en Afrique centrale qu’elle n’a pas d’effets ! Pourquoi se fait-il que l’Afrique centrale soit en retard par rapport aux autres parties de l’Afrique ? Alors je me suis dit que peut-être, c’est la question que le président de la République s’est posé. Est-ce que c’est parce qu’on consacre beaucoup de temps au leadership au lieu de faire des efforts pour le développement ? Est-ce que c’est ça qui nous retarde ? N’est-il pas normal que si quelqu’un a eu son tour, qu’on laisse la place à quelqu’un d’autre pour qu’il y ait comparaison ? Si le suivant travaille bien, c’est pour le bien de tout le monde. S’il travaille mal, on dit : “ Non l’ancien est mieux ”.
Ce n’est qu’en Afrique centrale, en Cemac, qu’on ne peut pas parler d’un ex président de la République. Ce n’est qu’en Cemac que quelqu’un peut rester au pouvoir pendant plus de quarante ans ! Ce n’est pas du tout normal ! Même si on se développait normalement, il faut quand même qu’il y ait changement. A partir de là, j’ai dit qu’il n’était pas normal de réviser cet article [6, al 2 sur la limitation des mandats présidentiels, ndlr]. Il est vrai qu’on avait ajouté quelques autres articles [à réviser, ndlr]. Mais au fond, c’était ça [la révision du 6 – 2, ndlr]. Et puis, le projet disposait qu’il y avait la Haute cour de justice qui devait juger quelques personnalités en cas de haute trahison. Et parmi ces personnalités, la première, c’était le président de la République. Et dans le même projet, on prévoit que le président a une immunité absolue pendant et après son mandat. Pour moi, c’était contradictoire. Parce qu’en fin de compte, c’est placer une personnalité au-dessus de la Constitution. L’atmosphère était tellement tendue que j’ai jugé bon de me mettre à l’écart. Voilà pourquoi j’étais absent.

Pourtant votre groupe parlementaire vous a fait voter par procuration…
Je n’avais laissé aucune procuration !

Vous venez de démissionner de la présidence de la Commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale. Vos camarades du parti disent probablement : encore une trahison. Au fait, que s’est-il réellement passé pour que vous jetiez l’éponge ?
Quand je suis arrivé à l’Assemblée, je me disais que j’allais être membre de la Commission des lois constitutionnelles de par ma formation de juriste. Si j’avais à choisir, c’est la commission qui me convenait. Mais à ma surprise, j’étais membre de la Commission des affaires étrangères, et lors des élections, mon parti m’a proposé et j’ai été élu. Si bien que ça fait plus de six ans que je suis président de cette commission. Et pendant cette période, j’ai effectué un seul voyage à l’étranger, à Londres. Et sur le continent africain, je suis allé au Lesotho et au Kenya en six ans ! J’étais aussi membre du Commonwealth Cameroon branch. Mais en mars [2008] le président de l’Assemblée a signé un arrêté attribuant des groupes d’amitié avec d’autres parlements au monde. Bien qu’étant président de la Commission des affaires étrangères, on m’a donné un seul groupe d’amitié et avec quel pays ? La Côte d’Ivoire ! Or tout le monde sait que le parlement de la Côte d’Ivoire ne fonctionne pas. Et en même temps, on a barré mon nom sur ce qui appartient aujourd’hui au Commonwealth. Alors je me suis posé la question de savoir s’il s’agissait d’une incompétence. Si tel est le cas, qu’on cherche quelqu’un de plus compétent. J’ai écrit au président de l’Assemblée pour lui demander ce qui n’allait pas. Un mois après, je n’ai pas eu de réponse. J’ai alors avisé mon groupe parlementaire que si on ne fournissait pas d’éléments justifiant cette décision, j’allais démissionner en novembre. J’ai attendu : ni le président de l’Assemblée, ni le président de mon groupe parlementaire n’a accusé réception des lettres. Alors le 30 novembre, j’ai déposé ma démission.

Au sein du Rdpc, doit-on vous considérer comme un rebelle, un anticonformiste ou tout simplement comme quelqu’un qui veut se faire entendre ?
Je pense que nous sommes tous appelés à servir notre pays. Nous ne sommes pas appelés à servir des groupes ou bien des personnalités. C’est le principe de base. Donc, quand je juge que quelque chose peut aider au développement du pays, je prends position pour cela. Me faire entendre ? J’étais dans la magistrature pendant plus de vingt ans et j’ai été chef de juridiction pendant vingt ans, président [du tribunal] pendant dix-huit ans. Donc je n’ai pas besoin de me faire entendre. Mais c’est une question de service : nous sommes tous appelés à servir le pays. Pour bâtir le pays, il n’y a pas de petite contribution, il n’y a pas de grande contribution. Chacun joue son rôle et le pays se développe. C’est là l’essentiel. Tout le reste, qu’il s’agisse de parti politique, de personnalités bien placées, vient après…C’est au pays que revient la primauté.

Les actes comme les vôtres sont rares au sein du Rdpc. On imagine que vous subissez la pression des dirigeants de votre parti…
Je n’ai aucun problème ! Même si on n’est pas d’accord, personne ne me l’a fait entendre. On continue à travailler ensemble. Je vote quand je vois que c’est pour le bien être de tout le monde. Donc, il n’y a rien de particulier, je continue à travailler. Il est vrai que deux ou trois fois depuis le début de l’année, mon nom n’a pas figuré sur la liste des personnalités ressources, mais peu m’importe !

Que reprochez-vous au Rdpc et à la politique camerounaise ?
Ce n’est pas à moi de juger. Mais je pense que si nous faisions ce que le peuple demande, on n’aurait jamais besoin de truquer les élections. Il faut travailler bien. Travailler bien comment ? Je suis député ; si on met le prix du carburant à 1.000 Fcfa, je ne serai pas le premier à garer ma voiture. Mais voyons : au moment où nous parlons, il y a des femmes dans des villages qui ont juste besoin de 5 francs… Ce sont ces personnes qui doivent nous préoccuper. Si ce que nous faisons est dirigé vers le développement du pays, ce serait bien. Nous avons eu à poser quelques questions sur la distribution du budget. Je suis parmi ceux qui proposent qu’on laisse un pourcentage du budget d’investissement qui doit être distribué équitablement à toutes les régions. Et le pourcentage qui reste ira aux grands travaux dirigés par l’administration centrale. Mais plus de 60% du budget reste dans l’administration centrale. Et aujourd’hui, dans notre pays, il paraît que le Cameroun, c’est Yaoundé et Douala. Il faut une distribution équitable, si bien qu’aucune partie du pays ne soit négligée. Aujourd’hui, pour partir chez moi, il faut passer par le Nigeria, puisque jusqu’à présent, il n’y a pas de piste qui va jusqu’à ma circonscription. Il faut que nous fassions face à la distribution équitable des ressources de l’Etat.

M. Ayah Paul, dites-nous : oseriez-vous démissionner du Rdpc, de ce régime-là ?
Non ! Je suis un militant du Rdpc et je suis avec mon peuple qui m’a demandé de faire la politique. Je ne peux pas trahir ce peuple-là. Parce que quand j’étais dans la magistrature, c’est ce peuple qui m’a demandé de faire la politique. Et tant que le peuple a confiance en moi, je n’ai aucune raison de contredire ce qu’il veut.

Si vous étiez face au chef de l’Etat, Paul Biya, par ailleurs président national de votre parti, que lui diriez-vous ?
Si j’avais cette possibilité, je lui dirais qu’aujourd’hui, nous avons la liberté de parole, la liberté d’expression…C’est bien ! Nous avons aussi eu des routes. On mettait parfois deux à quatre jours entre Douala et Yaoundé. Nous avons des aérodromes. Donc, il a laissé sa marque ! Mieux vaut faire bien à la fin, que de faire bien et de ternir la fin. Je lui dirais simplement : “ Vous avez fait votre marque ; il faut laisser une bonne image, que de ternir la fin ”. 

Par Entretien avec Christian LANG

Leave your vote

Start typing and press Enter to search

Non classé

Ayah Paul Abine: “Pourquoi j’ai démissionné”

Député, Rdpéciste, et anticonformiste

“ Le rebelle ! ” C’est ainsi qu’un élu du peuple hèle l’honorable Ayah Paul Abine à l’entrée de l’Hôtel des députés vendredi 05 décembre 2008. Celui qui vient de démissionner de la tête de la Commission des affaires étrangères, et qui a refusé de voter pour la modification de la Constitution, est-il effectivement un rebelle ? Ayah Paul Abine, député de la nation élu dans la circonscription électorale de la Manyu et chef traditionnel d’Akwaya dans le Sud-Ouest, ne se définit pas comme tel. Mais plutôt comme quelqu’un qui sait dire ce qu’il pense, surtout si c’est pour le bien être du peuple. La semaine écoulée, la presse a relayé la nouvelle de sa démission à la commission des affaires étrangères. Ses portraits ont été dressés. Aujourd’hui on connaît plus ou moins qui est cet homme. Mais Le Messager a choisi d’approfondir la connaissance de ses choix et de ses logiques d’action. Dans cet entretien, il justifie ses actes politiques depuis avril dernier. Il est pour l’alternance au sommet de l’Etat. Selon lui, la Constitution est presque immuable. “Ce n’est qu’en Cemac que quelqu’un peut rester au pouvoir pendant plus de quarante ans ! Ce n’est pas du tout normal”, s’insurge-t-il.
Comment M. Ayah Paul, magistrat de formation, est-il devenu militant et député du Rdpc ?
J’ai été intégré dans la magistrature en 1978. Depuis lors, les miens m’ont toujours demandé de faire la politique […] Mais, moi je résistais ; je leur demandais d’attendre d’abord que je fasse une carrière dans la magistrature. En 1995, quand j’ai été promu au quatrième grade, je n’avais plus d’excuses. Finalement, j’ai accepté. Ils [les natifs de sa contrée, ndlr] ont tracé une voie que je devais suivre […] C’est ainsi qu’en 2002, je suis devenu député Rdpc.

Quels sont les souvenirs les plus agréables de votre vie politique ?
Vous savez bien qu’il y a eu une révision constitutionnelle en 1996 et il y avait des dispositions concernant des institutions nouvelles. Quand on a introduit à l’Assemblée le projet de loi sur la décentralisation, j’étais vraiment content qu’enfin le pays allait commencer à se développer. Il y a aussi le projet de loi sur le Code de procédure pénale. Ça nous a ravis, parce qu’on avait deux procédures distinctes entre la partie anglophone et la partie francophone. Donc ça a aidé à unir davantage le pays. Enfin, il y a le projet de loi sur Elecam qui était intéressant. Donc, j’étais content d’avoir fait partie de ceux qui ont adopté ces lois-là.

En avril 2008 le Parlement, en majorité Rdpc, a modifié la Constitution, levant le verrou de la limitation des mandats présidentiels. Ce jour-là, vous n’étiez pas à l’Assemblée. Que s’est-il passé ?
Vous savez, vers la fin de l’année 2007, le président de la République a donné une interview à France 24. Et il disait que la révision constitutionnelle n’était pas d’actualité et qu’il y avait des choses beaucoup plus intéressantes, plus pressantes : il parlait du sida et du développement en général. Et moi j’ai pris cela au sérieux. Dans son discours de fin d’année, il s’est posé une question : pourquoi à l’indépendance, on était au même niveau de développement que les pays asiatiques. Mais aujourd’hui, ces pays sont tellement loin devant nous. J’ai pris ça au sérieux, à commencer par la Constitution. Et je me suis dit que puisque la révision avait des dispositions pour des institutions nouvelles, et aucune de ces institutions n’étant mise en place, il fallait donc qu’elles soient mises en place. On a juste appliqué l’alinéa de la Constitution prolongeant le mandat [du président de la République] de cinq à sept ans. Et si en fin de compte on a vu que cet alinéa qu’on a appliqué n’était pas convenable, antidémocratique, c’est que toute la révision de 1996 n’était pas bonne. Il fallait donc faire une révision générale, donner plus de pouvoir au Parlement et faire du Judiciaire un réel pourvoir, un pouvoir indépendant. A partir de ce moment-là, j’ai adopté ce principe : la Constitution est presque immuable ; ce n’est pas tous les jours qu’on la révise. Celle des Etats-Unis qui a plus de 200 ans a été modifiée moins de trente fois. Donc ça ne se modifie pas comme ça. Par principe, j’ai dit que ce n’était pas du tout pour le bien être de l’Etat. Et puis, pour le développement, je me suis rendu compte que l’Afrique australe, l’Afrique orientale, l’Afrique de l’ouest se développaient beaucoup plus. Si nous prenons la société civile, ce n’est qu’en Afrique centrale qu’elle n’a pas d’effets ! Pourquoi se fait-il que l’Afrique centrale soit en retard par rapport aux autres parties de l’Afrique ? Alors je me suis dit que peut-être, c’est la question que le président de la République s’est posé. Est-ce que c’est parce qu’on consacre beaucoup de temps au leadership au lieu de faire des efforts pour le développement ? Est-ce que c’est ça qui nous retarde ? N’est-il pas normal que si quelqu’un a eu son tour, qu’on laisse la place à quelqu’un d’autre pour qu’il y ait comparaison ? Si le suivant travaille bien, c’est pour le bien de tout le monde. S’il travaille mal, on dit : “ Non l’ancien est mieux ”.
Ce n’est qu’en Afrique centrale, en Cemac, qu’on ne peut pas parler d’un ex président de la République. Ce n’est qu’en Cemac que quelqu’un peut rester au pouvoir pendant plus de quarante ans ! Ce n’est pas du tout normal ! Même si on se développait normalement, il faut quand même qu’il y ait changement. A partir de là, j’ai dit qu’il n’était pas normal de réviser cet article [6, al 2 sur la limitation des mandats présidentiels, ndlr]. Il est vrai qu’on avait ajouté quelques autres articles [à réviser, ndlr]. Mais au fond, c’était ça [la révision du 6 – 2, ndlr]. Et puis, le projet disposait qu’il y avait la Haute cour de justice qui devait juger quelques personnalités en cas de haute trahison. Et parmi ces personnalités, la première, c’était le président de la République. Et dans le même projet, on prévoit que le président a une immunité absolue pendant et après son mandat. Pour moi, c’était contradictoire. Parce qu’en fin de compte, c’est placer une personnalité au-dessus de la Constitution. L’atmosphère était tellement tendue que j’ai jugé bon de me mettre à l’écart. Voilà pourquoi j’étais absent.

Pourtant votre groupe parlementaire vous a fait voter par procuration…
Je n’avais laissé aucune procuration !

Vous venez de démissionner de la présidence de la Commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale. Vos camarades du parti disent probablement : encore une trahison. Au fait, que s’est-il réellement passé pour que vous jetiez l’éponge ?
Quand je suis arrivé à l’Assemblée, je me disais que j’allais être membre de la Commission des lois constitutionnelles de par ma formation de juriste. Si j’avais à choisir, c’est la commission qui me convenait. Mais à ma surprise, j’étais membre de la Commission des affaires étrangères, et lors des élections, mon parti m’a proposé et j’ai été élu. Si bien que ça fait plus de six ans que je suis président de cette commission. Et pendant cette période, j’ai effectué un seul voyage à l’étranger, à Londres. Et sur le continent africain, je suis allé au Lesotho et au Kenya en six ans ! J’étais aussi membre du Commonwealth Cameroon branch. Mais en mars [2008] le président de l’Assemblée a signé un arrêté attribuant des groupes d’amitié avec d’autres parlements au monde. Bien qu’étant président de la Commission des affaires étrangères, on m’a donné un seul groupe d’amitié et avec quel pays ? La Côte d’Ivoire ! Or tout le monde sait que le parlement de la Côte d’Ivoire ne fonctionne pas. Et en même temps, on a barré mon nom sur ce qui appartient aujourd’hui au Commonwealth. Alors je me suis posé la question de savoir s’il s’agissait d’une incompétence. Si tel est le cas, qu’on cherche quelqu’un de plus compétent. J’ai écrit au président de l’Assemblée pour lui demander ce qui n’allait pas. Un mois après, je n’ai pas eu de réponse. J’ai alors avisé mon groupe parlementaire que si on ne fournissait pas d’éléments justifiant cette décision, j’allais démissionner en novembre. J’ai attendu : ni le président de l’Assemblée, ni le président de mon groupe parlementaire n’a accusé réception des lettres. Alors le 30 novembre, j’ai déposé ma démission.

Au sein du Rdpc, doit-on vous considérer comme un rebelle, un anticonformiste ou tout simplement comme quelqu’un qui veut se faire entendre ?
Je pense que nous sommes tous appelés à servir notre pays. Nous ne sommes pas appelés à servir des groupes ou bien des personnalités. C’est le principe de base. Donc, quand je juge que quelque chose peut aider au développement du pays, je prends position pour cela. Me faire entendre ? J’étais dans la magistrature pendant plus de vingt ans et j’ai été chef de juridiction pendant vingt ans, président [du tribunal] pendant dix-huit ans. Donc je n’ai pas besoin de me faire entendre. Mais c’est une question de service : nous sommes tous appelés à servir le pays. Pour bâtir le pays, il n’y a pas de petite contribution, il n’y a pas de grande contribution. Chacun joue son rôle et le pays se développe. C’est là l’essentiel. Tout le reste, qu’il s’agisse de parti politique, de personnalités bien placées, vient après…C’est au pays que revient la primauté.

Les actes comme les vôtres sont rares au sein du Rdpc. On imagine que vous subissez la pression des dirigeants de votre parti…
Je n’ai aucun problème ! Même si on n’est pas d’accord, personne ne me l’a fait entendre. On continue à travailler ensemble. Je vote quand je vois que c’est pour le bien être de tout le monde. Donc, il n’y a rien de particulier, je continue à travailler. Il est vrai que deux ou trois fois depuis le début de l’année, mon nom n’a pas figuré sur la liste des personnalités ressources, mais peu m’importe !

Que reprochez-vous au Rdpc et à la politique camerounaise ?
Ce n’est pas à moi de juger. Mais je pense que si nous faisions ce que le peuple demande, on n’aurait jamais besoin de truquer les élections. Il faut travailler bien. Travailler bien comment ? Je suis député ; si on met le prix du carburant à 1.000 Fcfa, je ne serai pas le premier à garer ma voiture. Mais voyons : au moment où nous parlons, il y a des femmes dans des villages qui ont juste besoin de 5 francs… Ce sont ces personnes qui doivent nous préoccuper. Si ce que nous faisons est dirigé vers le développement du pays, ce serait bien. Nous avons eu à poser quelques questions sur la distribution du budget. Je suis parmi ceux qui proposent qu’on laisse un pourcentage du budget d’investissement qui doit être distribué équitablement à toutes les régions. Et le pourcentage qui reste ira aux grands travaux dirigés par l’administration centrale. Mais plus de 60% du budget reste dans l’administration centrale. Et aujourd’hui, dans notre pays, il paraît que le Cameroun, c’est Yaoundé et Douala. Il faut une distribution équitable, si bien qu’aucune partie du pays ne soit négligée. Aujourd’hui, pour partir chez moi, il faut passer par le Nigeria, puisque jusqu’à présent, il n’y a pas de piste qui va jusqu’à ma circonscription. Il faut que nous fassions face à la distribution équitable des ressources de l’Etat.

M. Ayah Paul, dites-nous : oseriez-vous démissionner du Rdpc, de ce régime-là ?
Non ! Je suis un militant du Rdpc et je suis avec mon peuple qui m’a demandé de faire la politique. Je ne peux pas trahir ce peuple-là. Parce que quand j’étais dans la magistrature, c’est ce peuple qui m’a demandé de faire la politique. Et tant que le peuple a confiance en moi, je n’ai aucune raison de contredire ce qu’il veut.

Si vous étiez face au chef de l’Etat, Paul Biya, par ailleurs président national de votre parti, que lui diriez-vous ?
Si j’avais cette possibilité, je lui dirais qu’aujourd’hui, nous avons la liberté de parole, la liberté d’expression…C’est bien ! Nous avons aussi eu des routes. On mettait parfois deux à quatre jours entre Douala et Yaoundé. Nous avons des aérodromes. Donc, il a laissé sa marque ! Mieux vaut faire bien à la fin, que de faire bien et de ternir la fin. Je lui dirais simplement : “ Vous avez fait votre marque ; il faut laisser une bonne image, que de ternir la fin ”. 

Par Entretien avec Christian LANG

Leave your vote

Start typing and press Enter to search

Non classé

Ayah Paul Abine: “Pourquoi j’ai démissionné”

Député, Rdpéciste, et anticonformiste

“ Le rebelle ! ” C’est ainsi qu’un élu du peuple hèle l’honorable Ayah Paul Abine à l’entrée de l’Hôtel des députés vendredi 05 décembre 2008. Celui qui vient de démissionner de la tête de la Commission des affaires étrangères, et qui a refusé de voter pour la modification de la Constitution, est-il effectivement un rebelle ? Ayah Paul Abine, député de la nation élu dans la circonscription électorale de la Manyu et chef traditionnel d’Akwaya dans le Sud-Ouest, ne se définit pas comme tel. Mais plutôt comme quelqu’un qui sait dire ce qu’il pense, surtout si c’est pour le bien être du peuple. La semaine écoulée, la presse a relayé la nouvelle de sa démission à la commission des affaires étrangères. Ses portraits ont été dressés. Aujourd’hui on connaît plus ou moins qui est cet homme. Mais Le Messager a choisi d’approfondir la connaissance de ses choix et de ses logiques d’action. Dans cet entretien, il justifie ses actes politiques depuis avril dernier. Il est pour l’alternance au sommet de l’Etat. Selon lui, la Constitution est presque immuable. “Ce n’est qu’en Cemac que quelqu’un peut rester au pouvoir pendant plus de quarante ans ! Ce n’est pas du tout normal”, s’insurge-t-il.
Comment M. Ayah Paul, magistrat de formation, est-il devenu militant et député du Rdpc ?
J’ai été intégré dans la magistrature en 1978. Depuis lors, les miens m’ont toujours demandé de faire la politique […] Mais, moi je résistais ; je leur demandais d’attendre d’abord que je fasse une carrière dans la magistrature. En 1995, quand j’ai été promu au quatrième grade, je n’avais plus d’excuses. Finalement, j’ai accepté. Ils [les natifs de sa contrée, ndlr] ont tracé une voie que je devais suivre […] C’est ainsi qu’en 2002, je suis devenu député Rdpc.

Quels sont les souvenirs les plus agréables de votre vie politique ?
Vous savez bien qu’il y a eu une révision constitutionnelle en 1996 et il y avait des dispositions concernant des institutions nouvelles. Quand on a introduit à l’Assemblée le projet de loi sur la décentralisation, j’étais vraiment content qu’enfin le pays allait commencer à se développer. Il y a aussi le projet de loi sur le Code de procédure pénale. Ça nous a ravis, parce qu’on avait deux procédures distinctes entre la partie anglophone et la partie francophone. Donc ça a aidé à unir davantage le pays. Enfin, il y a le projet de loi sur Elecam qui était intéressant. Donc, j’étais content d’avoir fait partie de ceux qui ont adopté ces lois-là.

En avril 2008 le Parlement, en majorité Rdpc, a modifié la Constitution, levant le verrou de la limitation des mandats présidentiels. Ce jour-là, vous n’étiez pas à l’Assemblée. Que s’est-il passé ?
Vous savez, vers la fin de l’année 2007, le président de la République a donné une interview à France 24. Et il disait que la révision constitutionnelle n’était pas d’actualité et qu’il y avait des choses beaucoup plus intéressantes, plus pressantes : il parlait du sida et du développement en général. Et moi j’ai pris cela au sérieux. Dans son discours de fin d’année, il s’est posé une question : pourquoi à l’indépendance, on était au même niveau de développement que les pays asiatiques. Mais aujourd’hui, ces pays sont tellement loin devant nous. J’ai pris ça au sérieux, à commencer par la Constitution. Et je me suis dit que puisque la révision avait des dispositions pour des institutions nouvelles, et aucune de ces institutions n’étant mise en place, il fallait donc qu’elles soient mises en place. On a juste appliqué l’alinéa de la Constitution prolongeant le mandat [du président de la République] de cinq à sept ans. Et si en fin de compte on a vu que cet alinéa qu’on a appliqué n’était pas convenable, antidémocratique, c’est que toute la révision de 1996 n’était pas bonne. Il fallait donc faire une révision générale, donner plus de pouvoir au Parlement et faire du Judiciaire un réel pourvoir, un pouvoir indépendant. A partir de ce moment-là, j’ai adopté ce principe : la Constitution est presque immuable ; ce n’est pas tous les jours qu’on la révise. Celle des Etats-Unis qui a plus de 200 ans a été modifiée moins de trente fois. Donc ça ne se modifie pas comme ça. Par principe, j’ai dit que ce n’était pas du tout pour le bien être de l’Etat. Et puis, pour le développement, je me suis rendu compte que l’Afrique australe, l’Afrique orientale, l’Afrique de l’ouest se développaient beaucoup plus. Si nous prenons la société civile, ce n’est qu’en Afrique centrale qu’elle n’a pas d’effets ! Pourquoi se fait-il que l’Afrique centrale soit en retard par rapport aux autres parties de l’Afrique ? Alors je me suis dit que peut-être, c’est la question que le président de la République s’est posé. Est-ce que c’est parce qu’on consacre beaucoup de temps au leadership au lieu de faire des efforts pour le développement ? Est-ce que c’est ça qui nous retarde ? N’est-il pas normal que si quelqu’un a eu son tour, qu’on laisse la place à quelqu’un d’autre pour qu’il y ait comparaison ? Si le suivant travaille bien, c’est pour le bien de tout le monde. S’il travaille mal, on dit : “ Non l’ancien est mieux ”.
Ce n’est qu’en Afrique centrale, en Cemac, qu’on ne peut pas parler d’un ex président de la République. Ce n’est qu’en Cemac que quelqu’un peut rester au pouvoir pendant plus de quarante ans ! Ce n’est pas du tout normal ! Même si on se développait normalement, il faut quand même qu’il y ait changement. A partir de là, j’ai dit qu’il n’était pas normal de réviser cet article [6, al 2 sur la limitation des mandats présidentiels, ndlr]. Il est vrai qu’on avait ajouté quelques autres articles [à réviser, ndlr]. Mais au fond, c’était ça [la révision du 6 – 2, ndlr]. Et puis, le projet disposait qu’il y avait la Haute cour de justice qui devait juger quelques personnalités en cas de haute trahison. Et parmi ces personnalités, la première, c’était le président de la République. Et dans le même projet, on prévoit que le président a une immunité absolue pendant et après son mandat. Pour moi, c’était contradictoire. Parce qu’en fin de compte, c’est placer une personnalité au-dessus de la Constitution. L’atmosphère était tellement tendue que j’ai jugé bon de me mettre à l’écart. Voilà pourquoi j’étais absent.

Pourtant votre groupe parlementaire vous a fait voter par procuration…
Je n’avais laissé aucune procuration !

Vous venez de démissionner de la présidence de la Commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale. Vos camarades du parti disent probablement : encore une trahison. Au fait, que s’est-il réellement passé pour que vous jetiez l’éponge ?
Quand je suis arrivé à l’Assemblée, je me disais que j’allais être membre de la Commission des lois constitutionnelles de par ma formation de juriste. Si j’avais à choisir, c’est la commission qui me convenait. Mais à ma surprise, j’étais membre de la Commission des affaires étrangères, et lors des élections, mon parti m’a proposé et j’ai été élu. Si bien que ça fait plus de six ans que je suis président de cette commission. Et pendant cette période, j’ai effectué un seul voyage à l’étranger, à Londres. Et sur le continent africain, je suis allé au Lesotho et au Kenya en six ans ! J’étais aussi membre du Commonwealth Cameroon branch. Mais en mars [2008] le président de l’Assemblée a signé un arrêté attribuant des groupes d’amitié avec d’autres parlements au monde. Bien qu’étant président de la Commission des affaires étrangères, on m’a donné un seul groupe d’amitié et avec quel pays ? La Côte d’Ivoire ! Or tout le monde sait que le parlement de la Côte d’Ivoire ne fonctionne pas. Et en même temps, on a barré mon nom sur ce qui appartient aujourd’hui au Commonwealth. Alors je me suis posé la question de savoir s’il s’agissait d’une incompétence. Si tel est le cas, qu’on cherche quelqu’un de plus compétent. J’ai écrit au président de l’Assemblée pour lui demander ce qui n’allait pas. Un mois après, je n’ai pas eu de réponse. J’ai alors avisé mon groupe parlementaire que si on ne fournissait pas d’éléments justifiant cette décision, j’allais démissionner en novembre. J’ai attendu : ni le président de l’Assemblée, ni le président de mon groupe parlementaire n’a accusé réception des lettres. Alors le 30 novembre, j’ai déposé ma démission.

Au sein du Rdpc, doit-on vous considérer comme un rebelle, un anticonformiste ou tout simplement comme quelqu’un qui veut se faire entendre ?
Je pense que nous sommes tous appelés à servir notre pays. Nous ne sommes pas appelés à servir des groupes ou bien des personnalités. C’est le principe de base. Donc, quand je juge que quelque chose peut aider au développement du pays, je prends position pour cela. Me faire entendre ? J’étais dans la magistrature pendant plus de vingt ans et j’ai été chef de juridiction pendant vingt ans, président [du tribunal] pendant dix-huit ans. Donc je n’ai pas besoin de me faire entendre. Mais c’est une question de service : nous sommes tous appelés à servir le pays. Pour bâtir le pays, il n’y a pas de petite contribution, il n’y a pas de grande contribution. Chacun joue son rôle et le pays se développe. C’est là l’essentiel. Tout le reste, qu’il s’agisse de parti politique, de personnalités bien placées, vient après…C’est au pays que revient la primauté.

Les actes comme les vôtres sont rares au sein du Rdpc. On imagine que vous subissez la pression des dirigeants de votre parti…
Je n’ai aucun problème ! Même si on n’est pas d’accord, personne ne me l’a fait entendre. On continue à travailler ensemble. Je vote quand je vois que c’est pour le bien être de tout le monde. Donc, il n’y a rien de particulier, je continue à travailler. Il est vrai que deux ou trois fois depuis le début de l’année, mon nom n’a pas figuré sur la liste des personnalités ressources, mais peu m’importe !

Que reprochez-vous au Rdpc et à la politique camerounaise ?
Ce n’est pas à moi de juger. Mais je pense que si nous faisions ce que le peuple demande, on n’aurait jamais besoin de truquer les élections. Il faut travailler bien. Travailler bien comment ? Je suis député ; si on met le prix du carburant à 1.000 Fcfa, je ne serai pas le premier à garer ma voiture. Mais voyons : au moment où nous parlons, il y a des femmes dans des villages qui ont juste besoin de 5 francs… Ce sont ces personnes qui doivent nous préoccuper. Si ce que nous faisons est dirigé vers le développement du pays, ce serait bien. Nous avons eu à poser quelques questions sur la distribution du budget. Je suis parmi ceux qui proposent qu’on laisse un pourcentage du budget d’investissement qui doit être distribué équitablement à toutes les régions. Et le pourcentage qui reste ira aux grands travaux dirigés par l’administration centrale. Mais plus de 60% du budget reste dans l’administration centrale. Et aujourd’hui, dans notre pays, il paraît que le Cameroun, c’est Yaoundé et Douala. Il faut une distribution équitable, si bien qu’aucune partie du pays ne soit négligée. Aujourd’hui, pour partir chez moi, il faut passer par le Nigeria, puisque jusqu’à présent, il n’y a pas de piste qui va jusqu’à ma circonscription. Il faut que nous fassions face à la distribution équitable des ressources de l’Etat.

M. Ayah Paul, dites-nous : oseriez-vous démissionner du Rdpc, de ce régime-là ?
Non ! Je suis un militant du Rdpc et je suis avec mon peuple qui m’a demandé de faire la politique. Je ne peux pas trahir ce peuple-là. Parce que quand j’étais dans la magistrature, c’est ce peuple qui m’a demandé de faire la politique. Et tant que le peuple a confiance en moi, je n’ai aucune raison de contredire ce qu’il veut.

Si vous étiez face au chef de l’Etat, Paul Biya, par ailleurs président national de votre parti, que lui diriez-vous ?
Si j’avais cette possibilité, je lui dirais qu’aujourd’hui, nous avons la liberté de parole, la liberté d’expression…C’est bien ! Nous avons aussi eu des routes. On mettait parfois deux à quatre jours entre Douala et Yaoundé. Nous avons des aérodromes. Donc, il a laissé sa marque ! Mieux vaut faire bien à la fin, que de faire bien et de ternir la fin. Je lui dirais simplement : “ Vous avez fait votre marque ; il faut laisser une bonne image, que de ternir la fin ”. 

Par Entretien avec Christian LANG

Leave your vote

Start typing and press Enter to search

Non classé

Ayah Paul Abine: “Pourquoi j’ai démissionné”

Député, Rdpéciste, et anticonformiste

“ Le rebelle ! ” C’est ainsi qu’un élu du peuple hèle l’honorable Ayah Paul Abine à l’entrée de l’Hôtel des députés vendredi 05 décembre 2008. Celui qui vient de démissionner de la tête de la Commission des affaires étrangères, et qui a refusé de voter pour la modification de la Constitution, est-il effectivement un rebelle ? Ayah Paul Abine, député de la nation élu dans la circonscription électorale de la Manyu et chef traditionnel d’Akwaya dans le Sud-Ouest, ne se définit pas comme tel. Mais plutôt comme quelqu’un qui sait dire ce qu’il pense, surtout si c’est pour le bien être du peuple. La semaine écoulée, la presse a relayé la nouvelle de sa démission à la commission des affaires étrangères. Ses portraits ont été dressés. Aujourd’hui on connaît plus ou moins qui est cet homme. Mais Le Messager a choisi d’approfondir la connaissance de ses choix et de ses logiques d’action. Dans cet entretien, il justifie ses actes politiques depuis avril dernier. Il est pour l’alternance au sommet de l’Etat. Selon lui, la Constitution est presque immuable. “Ce n’est qu’en Cemac que quelqu’un peut rester au pouvoir pendant plus de quarante ans ! Ce n’est pas du tout normal”, s’insurge-t-il.
Comment M. Ayah Paul, magistrat de formation, est-il devenu militant et député du Rdpc ?
J’ai été intégré dans la magistrature en 1978. Depuis lors, les miens m’ont toujours demandé de faire la politique […] Mais, moi je résistais ; je leur demandais d’attendre d’abord que je fasse une carrière dans la magistrature. En 1995, quand j’ai été promu au quatrième grade, je n’avais plus d’excuses. Finalement, j’ai accepté. Ils [les natifs de sa contrée, ndlr] ont tracé une voie que je devais suivre […] C’est ainsi qu’en 2002, je suis devenu député Rdpc.

Quels sont les souvenirs les plus agréables de votre vie politique ?
Vous savez bien qu’il y a eu une révision constitutionnelle en 1996 et il y avait des dispositions concernant des institutions nouvelles. Quand on a introduit à l’Assemblée le projet de loi sur la décentralisation, j’étais vraiment content qu’enfin le pays allait commencer à se développer. Il y a aussi le projet de loi sur le Code de procédure pénale. Ça nous a ravis, parce qu’on avait deux procédures distinctes entre la partie anglophone et la partie francophone. Donc ça a aidé à unir davantage le pays. Enfin, il y a le projet de loi sur Elecam qui était intéressant. Donc, j’étais content d’avoir fait partie de ceux qui ont adopté ces lois-là.

En avril 2008 le Parlement, en majorité Rdpc, a modifié la Constitution, levant le verrou de la limitation des mandats présidentiels. Ce jour-là, vous n’étiez pas à l’Assemblée. Que s’est-il passé ?
Vous savez, vers la fin de l’année 2007, le président de la République a donné une interview à France 24. Et il disait que la révision constitutionnelle n’était pas d’actualité et qu’il y avait des choses beaucoup plus intéressantes, plus pressantes : il parlait du sida et du développement en général. Et moi j’ai pris cela au sérieux. Dans son discours de fin d’année, il s’est posé une question : pourquoi à l’indépendance, on était au même niveau de développement que les pays asiatiques. Mais aujourd’hui, ces pays sont tellement loin devant nous. J’ai pris ça au sérieux, à commencer par la Constitution. Et je me suis dit que puisque la révision avait des dispositions pour des institutions nouvelles, et aucune de ces institutions n’étant mise en place, il fallait donc qu’elles soient mises en place. On a juste appliqué l’alinéa de la Constitution prolongeant le mandat [du président de la République] de cinq à sept ans. Et si en fin de compte on a vu que cet alinéa qu’on a appliqué n’était pas convenable, antidémocratique, c’est que toute la révision de 1996 n’était pas bonne. Il fallait donc faire une révision générale, donner plus de pouvoir au Parlement et faire du Judiciaire un réel pourvoir, un pouvoir indépendant. A partir de ce moment-là, j’ai adopté ce principe : la Constitution est presque immuable ; ce n’est pas tous les jours qu’on la révise. Celle des Etats-Unis qui a plus de 200 ans a été modifiée moins de trente fois. Donc ça ne se modifie pas comme ça. Par principe, j’ai dit que ce n’était pas du tout pour le bien être de l’Etat. Et puis, pour le développement, je me suis rendu compte que l’Afrique australe, l’Afrique orientale, l’Afrique de l’ouest se développaient beaucoup plus. Si nous prenons la société civile, ce n’est qu’en Afrique centrale qu’elle n’a pas d’effets ! Pourquoi se fait-il que l’Afrique centrale soit en retard par rapport aux autres parties de l’Afrique ? Alors je me suis dit que peut-être, c’est la question que le président de la République s’est posé. Est-ce que c’est parce qu’on consacre beaucoup de temps au leadership au lieu de faire des efforts pour le développement ? Est-ce que c’est ça qui nous retarde ? N’est-il pas normal que si quelqu’un a eu son tour, qu’on laisse la place à quelqu’un d’autre pour qu’il y ait comparaison ? Si le suivant travaille bien, c’est pour le bien de tout le monde. S’il travaille mal, on dit : “ Non l’ancien est mieux ”.
Ce n’est qu’en Afrique centrale, en Cemac, qu’on ne peut pas parler d’un ex président de la République. Ce n’est qu’en Cemac que quelqu’un peut rester au pouvoir pendant plus de quarante ans ! Ce n’est pas du tout normal ! Même si on se développait normalement, il faut quand même qu’il y ait changement. A partir de là, j’ai dit qu’il n’était pas normal de réviser cet article [6, al 2 sur la limitation des mandats présidentiels, ndlr]. Il est vrai qu’on avait ajouté quelques autres articles [à réviser, ndlr]. Mais au fond, c’était ça [la révision du 6 – 2, ndlr]. Et puis, le projet disposait qu’il y avait la Haute cour de justice qui devait juger quelques personnalités en cas de haute trahison. Et parmi ces personnalités, la première, c’était le président de la République. Et dans le même projet, on prévoit que le président a une immunité absolue pendant et après son mandat. Pour moi, c’était contradictoire. Parce qu’en fin de compte, c’est placer une personnalité au-dessus de la Constitution. L’atmosphère était tellement tendue que j’ai jugé bon de me mettre à l’écart. Voilà pourquoi j’étais absent.

Pourtant votre groupe parlementaire vous a fait voter par procuration…
Je n’avais laissé aucune procuration !

Vous venez de démissionner de la présidence de la Commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale. Vos camarades du parti disent probablement : encore une trahison. Au fait, que s’est-il réellement passé pour que vous jetiez l’éponge ?
Quand je suis arrivé à l’Assemblée, je me disais que j’allais être membre de la Commission des lois constitutionnelles de par ma formation de juriste. Si j’avais à choisir, c’est la commission qui me convenait. Mais à ma surprise, j’étais membre de la Commission des affaires étrangères, et lors des élections, mon parti m’a proposé et j’ai été élu. Si bien que ça fait plus de six ans que je suis président de cette commission. Et pendant cette période, j’ai effectué un seul voyage à l’étranger, à Londres. Et sur le continent africain, je suis allé au Lesotho et au Kenya en six ans ! J’étais aussi membre du Commonwealth Cameroon branch. Mais en mars [2008] le président de l’Assemblée a signé un arrêté attribuant des groupes d’amitié avec d’autres parlements au monde. Bien qu’étant président de la Commission des affaires étrangères, on m’a donné un seul groupe d’amitié et avec quel pays ? La Côte d’Ivoire ! Or tout le monde sait que le parlement de la Côte d’Ivoire ne fonctionne pas. Et en même temps, on a barré mon nom sur ce qui appartient aujourd’hui au Commonwealth. Alors je me suis posé la question de savoir s’il s’agissait d’une incompétence. Si tel est le cas, qu’on cherche quelqu’un de plus compétent. J’ai écrit au président de l’Assemblée pour lui demander ce qui n’allait pas. Un mois après, je n’ai pas eu de réponse. J’ai alors avisé mon groupe parlementaire que si on ne fournissait pas d’éléments justifiant cette décision, j’allais démissionner en novembre. J’ai attendu : ni le président de l’Assemblée, ni le président de mon groupe parlementaire n’a accusé réception des lettres. Alors le 30 novembre, j’ai déposé ma démission.

Au sein du Rdpc, doit-on vous considérer comme un rebelle, un anticonformiste ou tout simplement comme quelqu’un qui veut se faire entendre ?
Je pense que nous sommes tous appelés à servir notre pays. Nous ne sommes pas appelés à servir des groupes ou bien des personnalités. C’est le principe de base. Donc, quand je juge que quelque chose peut aider au développement du pays, je prends position pour cela. Me faire entendre ? J’étais dans la magistrature pendant plus de vingt ans et j’ai été chef de juridiction pendant vingt ans, président [du tribunal] pendant dix-huit ans. Donc je n’ai pas besoin de me faire entendre. Mais c’est une question de service : nous sommes tous appelés à servir le pays. Pour bâtir le pays, il n’y a pas de petite contribution, il n’y a pas de grande contribution. Chacun joue son rôle et le pays se développe. C’est là l’essentiel. Tout le reste, qu’il s’agisse de parti politique, de personnalités bien placées, vient après…C’est au pays que revient la primauté.

Les actes comme les vôtres sont rares au sein du Rdpc. On imagine que vous subissez la pression des dirigeants de votre parti…
Je n’ai aucun problème ! Même si on n’est pas d’accord, personne ne me l’a fait entendre. On continue à travailler ensemble. Je vote quand je vois que c’est pour le bien être de tout le monde. Donc, il n’y a rien de particulier, je continue à travailler. Il est vrai que deux ou trois fois depuis le début de l’année, mon nom n’a pas figuré sur la liste des personnalités ressources, mais peu m’importe !

Que reprochez-vous au Rdpc et à la politique camerounaise ?
Ce n’est pas à moi de juger. Mais je pense que si nous faisions ce que le peuple demande, on n’aurait jamais besoin de truquer les élections. Il faut travailler bien. Travailler bien comment ? Je suis député ; si on met le prix du carburant à 1.000 Fcfa, je ne serai pas le premier à garer ma voiture. Mais voyons : au moment où nous parlons, il y a des femmes dans des villages qui ont juste besoin de 5 francs… Ce sont ces personnes qui doivent nous préoccuper. Si ce que nous faisons est dirigé vers le développement du pays, ce serait bien. Nous avons eu à poser quelques questions sur la distribution du budget. Je suis parmi ceux qui proposent qu’on laisse un pourcentage du budget d’investissement qui doit être distribué équitablement à toutes les régions. Et le pourcentage qui reste ira aux grands travaux dirigés par l’administration centrale. Mais plus de 60% du budget reste dans l’administration centrale. Et aujourd’hui, dans notre pays, il paraît que le Cameroun, c’est Yaoundé et Douala. Il faut une distribution équitable, si bien qu’aucune partie du pays ne soit négligée. Aujourd’hui, pour partir chez moi, il faut passer par le Nigeria, puisque jusqu’à présent, il n’y a pas de piste qui va jusqu’à ma circonscription. Il faut que nous fassions face à la distribution équitable des ressources de l’Etat.

M. Ayah Paul, dites-nous : oseriez-vous démissionner du Rdpc, de ce régime-là ?
Non ! Je suis un militant du Rdpc et je suis avec mon peuple qui m’a demandé de faire la politique. Je ne peux pas trahir ce peuple-là. Parce que quand j’étais dans la magistrature, c’est ce peuple qui m’a demandé de faire la politique. Et tant que le peuple a confiance en moi, je n’ai aucune raison de contredire ce qu’il veut.

Si vous étiez face au chef de l’Etat, Paul Biya, par ailleurs président national de votre parti, que lui diriez-vous ?
Si j’avais cette possibilité, je lui dirais qu’aujourd’hui, nous avons la liberté de parole, la liberté d’expression…C’est bien ! Nous avons aussi eu des routes. On mettait parfois deux à quatre jours entre Douala et Yaoundé. Nous avons des aérodromes. Donc, il a laissé sa marque ! Mieux vaut faire bien à la fin, que de faire bien et de ternir la fin. Je lui dirais simplement : “ Vous avez fait votre marque ; il faut laisser une bonne image, que de ternir la fin ”. 

Par Entretien avec Christian LANG

Leave your vote

Start typing and press Enter to search

Non classé

Lady Ponce : Les monologues du… bas ventre

 » Confession « , le dernier album de la nouvelle égérie du bikutsi est une pure merveille qui balade le mélomane au cœur de la vie de l’artiste.
Dorine Ekwè –




Comment résister à cette rythmique hautement cadencée qui, dès l’entame de l’album, vous emporte ? La question reste posée tant, le dernier album de Lady Ponce (meilleur artiste féminin en 2007) en promotion depuis le mois d’avril dernier, a séduit le public dès sa sortie le 13 juin 2008. Et comme dans le précédent, Le ventre, l’artiste entraîne le mélomane avec cette voix à la fois rocailleuse et séduisante, d’une sensualité carnassière diraient certains, dans les méandres de la vie amoureuse. Une vie faite de passion et de désillusions. D’envies inassouvies. De tromperies…Et cette fois, après avoir suivi les conseils de sa mère dans "Le ventre… ", Adèle Rufine Ngono (de son vrai nom) décide de " divorcer " face à l’infidélité et l’inconstance de son compagnon qui est " méchant et [l’a] trahie ".

Ici, les textes semblent si personnels que, lorsque l’artiste avoue que "cet album est une partie [d’elle-même qu’elle a] voulu partager avec les mélomanes", tout semble clair et la porte est ouverte à toutes sortes de supputations. Supputations qui naissent vite à l’écoute de "Témoignage ", le premier titre de l’album, où l’artiste fait une liste détaillée de ses amants avec les raisons pour lesquelles ces relations se sont terminées ; notamment celle avec Christian avec le père duquel elle l’a " cocufié ". C’est à se demander jusqu’où descend l’autobiographie…
Mais ces interrogations sont balayées par le rythme enlevé des trois premières pistes de l’album et la qualité des arrangements. Le rythme phare reste le bikutsi. Et très vite, on se rend compte que sur ce dernier opus, disponible dans les bacs depuis à peine un mois, il n’y a qu’une seule cassure avec le premier : le changement de producteur.

Lady a, en effet, laissé tomber Joseph Angoula Angoula, pour faire une entrée fracassante dans l’écurie Jps. Avec la collaboration du studio Makassi du vieux briscard Sam Fan Thomas à Douala où a été enregistré l’album et qui assure une bonne qualité de son à cet album, Lady Ponce réussit à garder la même constance que dans son premier disque. Certains diraient même qu’elle s’est améliorée ! Ce qui est souvent rare chez les jeunes musiciens camerounais et permet à Lady Ponce d’imposer sa personnalité artistique dans un univers musical à la dérive. Patou Bass et Christian Nguini ont su, au fil du temps, garder la confiance de l’artiste qui, pour cette deuxième galette, leur a laissé le soin, comme c’était le cas dans la première livraison, de laisser parler leur talent respectivement à la basse et aux arrangements.

Après avoir mis les mélomanes en émoi, elle pose le tempo et dès le quatrième titre (Hommage), le rythme est moins enlevé. Ce qui permet de respirer, savourer et de découvrir une autre facette de l’artiste. Et aussi, les erreurs de cet album. Car, il faut bien le reconnaître, tout n’est pas parfait dans cet univers de sensualité savamment tissé au rythme du bikutsi par la chanteuse tout au long de l’album qui défile. Très vite donc, on peut lui faire le reproche de ces dédicaces à outrance… La moyenne ici est de cinq par titre concerné. A ce bal de vénérations, l’épouse du chef de l’Etat, Chantal Biya et la ministre de la Culture, Ama Tutu Muna, n’y échappent pas!

Passés ces moments disgracieux, on ne peut que souhaiter bon vent à cette jeune femme qui a su apporter un souffle nouveau au bikutsi dont les rênes ont longtemps été tenues par la doyenne K-tino. Le premier album lui ayant permis de se faire découvrir, le second devrait lui permettre de se faire une place dans le milieu. Ceci, à la condition que la production et elle assurent une bonne promotion et désignent des points de vente officiels de l’album dont les " pirates " se sont déjà emparés et pour lequel on serait tenté de les confondre à des distributeurs agrées.

Titres de l’album : Confession
Genre : Bikutsi
Nombre de titres : 12
Production : JPS Productions
Auteur compositeur : Lady Ponce
Enregistrement : Studio Makassi
Date de sortie : 13 juin 2008
A écouter : Trahison, Témoignage, Hommage, Moan Yesus, Afrika.

Leave your vote

Start typing and press Enter to search

close

Log In

Forgot password?

Forgot password?

Enter your account data and we will send you a link to reset your password.

Your password reset link appears to be invalid or expired.

Log in

Privacy Policy

Add to Collection

No Collections

Here you'll find all collections you've created before.