Le choc des accusations
Affaire de détournements dans le programme maïs au Cameroun
Les statistiques révèlent qu’au Cameroun, le maïs est la première des céréales cultivées, loin devant le riz, le blé et le sorgho. Deux camerounais sur trois consommeraient le maïs, soit environ 12 millions de personnes dans ce pays où l’on annonce, pour 2009, un déficit de 120 000 tonnes de ce produit. Une denrée dont le prix est passé de 70 francs Cfa le kilogramme ces trente dernières années à 195 francs Cfa le kilogramme en 2008, selon une étude récemment publiée par l’Association citoyenne de défense des intérêts collectifs, Acdic. Les causes de cette surenchère du maïs sont multiples selon cette Ong qui évoque entre autres, l’augmentation du prix des intrants agricoles rentrant dans la production du maïs ; une demande alimentaire humaine et animale en hausse ; mais aussi et surtout, les détournements des subventions accordées par l’Etat aux agriculteurs à travers le programme national d’appui à la filière maïs.
Dans un film documentaire et un livre blanc présentés à la presse le 3 décembre dernier, l’Acdic met à nu les différentes méthodes de corruption et de clientélisme qui seraient utilisées par les gestionnaires de ce programme pour se remplir les poches, avec l’argent destiné aux agriculteurs pour produire du maïs en quantité industrielle, en vue de satisfaire la demande nationale qui va croissante d’année en année. Le marché se chiffrant aujourd’hui à 25 milliards de francs Cfa l’an, pour ce maïs, premier ingrédient dans la fabrication d’aliment pour bétail, dans un Cameroun où la relance de la filière avicole préoccupe. Pour Bernard Njonga, président de l’Acdic, la crise du maïs qui s’annonce plus rude encore au cours des prochaines années, aurait connu un début de solution si le ministère de l’Agriculture et du développement rural, Minader, en général et le programme maïs en particulier n’étaient pas défaillants.
De son côté, le coordonnateur de ce programme, Paul Sikapin, crie au scandale, au mensonge et tente de démonter tous les arguments de l’Acdic, preuves documentaires à l’appui. Pour lui, ce programme a fait du mieux qu’il pouvait, en toute objectivité. A son tour, il accuse l’Acdic de légèreté dans son film documentaire intitulé : Cameroun, la bombe du maïs. Il pense même que l’Acdic, partenaire de l’Ipavic dans la relance de la filière avicole, cherche un bouc émissaire pour justifier le non respect des engagements pris par les producteurs de cette filière, de vendre le poulet à 2 200 francs durant les fêtes de fin d’année qui approchent à grands pas. Aujourd’hui, Le Messager ouvre ses colonnes à Paul Sikapin pour soutenir la thèse selon laquelle il n’y a aucun détournement au Programme maïs dont les résultats sont, selon lui, éloquents. Dans notre édition de demain, la parole reviendra à Bernard Njonga qui défend la thèse contraire.
Par MNG

