Paul Sikapin : “ L’Acdic a menti sur toute la ligne ”
Quel est le sentiment qui vous anime lorsque vous regardez le film documentaire de l’Acdic sur les multiples formes de détournements qu’elle dit avoir découvert dans la mise en œuvre du programme maïs que vous pilotez depuis 3 ans ?
Après avoir regardé plusieurs fois ce film et avec une attention soutenue, je crie au scandale. Selon l’Acdic, c’est ce film qui donne la preuve qu’il y’a détournement dans le programme maïs. Et là, il n’en est rien.
Pourtant, dans le film, des personnes présentées comme des bénéficiaires des subventions du programme maïs déclarent n’avoir jamais rien perçu comme argent, tandis que d’autres disent n’avoir eu qu’une partie des sommes débloquées. Qu’en est-il exactement ?
En épluchant toutes les méthodes de détournement que présente ce film, et en prenant les témoignages au cas par cas, vous verrez toute la supercherie qu’il y a dans cette étude. Commençons par ce que l’Acdic appelle Gics fictifs dans sa première méthode de détournement. Le cas du village Mekalat est cité. Ici, je reconnais qu’il y a eu une erreur sur le lieu où se trouve le Gic bénéficiaire. Au lieu de Mekalat, il s’agit de Mengong. C’est Roland Mvondo qui a bien déchargé la subvention pour le compte de ce Gic qui n’est pas fictif. Il existe bel et bien, mais à Mengong. Si le délégué est décédé par la suite, ce n’était pas le seul membre de ce Gic. Les autres peuvent le témoigner. Il avait déchargé 500 000 francs Cfa, pour un champ de maïs qui existe. L’Acdic peut le vérifier.
Le deuxième cas au Sud, c’est celui d’Akoulouzock. Dans le documentaire, l’Acdic interroge quelqu’un dans ce village qui déclare tout de go qu’il ne connaît pas l’existence d’un tel Gic. Voici pourtant le dossier du Gic des éleveurs de la Vallée du Ntem à Akoulouzock, en bonne et due forme. (Il brandit au journaliste un document contenant toutes les informations sur le bénéficiaire, un certain Kwilabuin Maurice et sa décharge de 500 000 francs, ainsi que le numéro de sa carte nationale d’identité, ndlr). L’Acdic doit retourner sur le terrain chercher ce Gic qui n’est pas caché. C’est trop facile de se contenter des propos d’un vieillard rencontré dans sa cour et qui déclare ne rien savoir de l’existence du Gic d’Akoulouzock.
La deuxième méthode dénoncée par l’Acdic concerne des Gics qui figurent sur la liste des bénéficiaires, qui ont effectivement une activité sur le terrain, mais qui curieusement n’ont pas perçu leurs subventions…
Prenons le cas de Souza dans le Littoral où l’Acdic nous parle du Gic Agripel. Le sieur Yangoua Antoine, le prétendu délégué de ce Gic et interviewé par l’Acdic n’est pas membre de cette association, au regard du dossier parvenu au programme. Celui qui a déchargé pour le compte de ce Gic s’appelle Kepemo Jean Claude. Carte d’identité 107 257 603. Que l’Acdic dise qu’elle a interrogé quelqu’un qui se dit responsable de ce Gic et qu’il n’a rien touché, je pense qu’il faut réexaminer cette situation pour voir qui exactement a pris cet argent au nom de Agripel. Mais là où vient le scandale, c’est à l’Ouest.
Le Gic Addibe rencontré par l’Acdic à Bansoa dans la région de l’Ouest et qui prétend attendre 300 000 Fcfa du programme maïs ne figure pas sur la liste de nos bénéficiaires que voici (il présente la liste des bénéficiaires de l’Ouest, et le Gic Adibe n’y est pas, ndlr). Là où le bât blesse, c’est lorsque monsieur Difouo Samuel, président exécutif de l’Union des producteurs agropastoraux du Cameroun, encore baptisé Binum, un produit du Saild, dont le promoteur n’est personne d’autre que le président de l’Acdic, intervient dans ce film pour dire qu’ils sont surpris d’apprendre de l’Acdic qu’ils ont bénéficié d’une subvention d’un montant de 1 500 000 francs Cfa et que l’argent ne leur est jamais parvenu. Monsieur Difouo Samuel profite de cette occasion pour demander à l’Epervier de descendre plus bas. Je mets quiconque au défi de me montrer le nom de ce Gic sur la liste de nos bénéficiaires. Je me demande même si cette Union des producteurs agropastoraux du Cameroun qui couvre trois régions du pays a fait un dossier pour solliciter la subvention en question. Cette méthode 2 de l’Acdic est un montage et vient une fois de plus tromper l’opinion publique. C’est de la mauvaise foi. L’Acdic a menti sur toute la ligne.
Les méthodes trois et quatre incriminent les ponctions faites par des fonctionnaires sur les subventions accordées aux agriculteurs, et les dons de matériels détournés. C’est aussi faux ?
Au niveau de la méthode 3, l’Acdic fait preuve de manque de professionnalisme parce qu’une subvention comprend les frais du micro-projet et les frais de suivi, qui varient entre 5 et 8% en fonction du montant du micro projet. Les conventions signées avec chaque bénéficiaire précisent bien les montants affectés à toutes ces rubriques. L’Acdic aurait pu se rapprocher de nous pour savoir comment ça fonctionne. Dernière méthode, la quatrième, l’Acdic montre dans son documentaire le Gic Renaissance qui aurait bénéficié d’un don de matériel constitué de moto pompes, de brouettes et de bottes etc. Un don qui ne lui serait jamais parvenu. Là aussi, l’Acdic se trompe complètement parce que les subventions du programme maïs se font exclusivement en espèces et en semences, et jamais en matériel. De tous les 8 exemples pris comme preuve palpable par l’Acdic dans sa vidéo, aucun élément ne lui donne raison. La question que l’on est en droit de se poser après tout ce montage, c’est quelle crédibilité donner à la société civile, qui reste un maillon important dans le partenariat avec l’Etat.
L’Acdic vous accuse aussi de financer des projets individuels et non communautaires, comme cela aurait dû être !
L’Acdic ne s’est pas rapproché de nous pour comprendre le mécanisme de fonctionnement de notre programme. Le programme a un volet financement des productions et un volet semence. Dans ce dernier volet, nous finançons des individus appelés multiplicateurs de semence. La multiplication des semences étant une opération isolée. Et compte tenu de l’impact du programme maïs lié aux semences, nous accordons beaucoup d’importance à ces multiplicateurs.
Il était prévu qu’en trois ans, près de 5 milliards Fcfa soient débloqués au profit des producteurs, dans le cadre de ce programme. Quelle est la situation financière du programme à l’heure du bilan ?
On a démarré le programme en 2005. En quatre ans, nous avons reçu les 3/5ème du budget seulement, pour un programme qui était prévu pour 3 ans. Ça fait environ 3 milliards que nous avons reçus jusqu’ici.
Quel commentaire vous inspire la crise du maïs au Cameroun ?
Il n’y a même pas encore crise de maïs au Cameroun. Il y’aura cette crise dans ce pays si rien n’est fait. Pour le moment, on trouve encore du maïs, seulement, il est cher. Et la principale cause de ce problème c’est le prix de l’engrais qui a doublé sur le marché, augmentant du coup le coût de production du maïs, d’où son prix très élevé aujourd’hui. En 2007, le sac d’intrant coûtait 12 000 francs Cfa. En 2008, il coûte 27 000 francs Cfa. Or dans le film documentaire de l’Acdic, nulle part il n’est fait mention de la crise des engrais. C’est une omission volontaire. Par ailleurs, les aviculteurs ont multiplié leur consommation du maïs par trois d’un trait, après avoir bénéficié des subventions de l’Etat, d’un montant de 1,2 milliards de francs Cfa. L’élevage du porc n’est pas en reste, avec un cheptel évalué à 1,5 millions bêtes qui consomment au quotidien de la provende à base de maïs. Si l’on ne finance pas suffisamment la filière maïs, le Cameroun vivra une crise sans précédent de ce produit très sollicité.
A quoi aura donc servi le programme maïs ?
Le programme maïs a fait des miracles. Je tiens à rappeler que contrairement à ce que dit l’Acdic, le programme maïs n’est pas là pour booster la production. Ce programme a été mis sur pied en 1982, au moment où la crise battait son plein dans les ménages. Il était question d’aider les pauvres. On s’est donc intéressé aux couches vulnérables. Aujourd’hui, la filière enregistre plus de 5 millions de producteurs. La preuve que le programme ne cible que les démunis, c’est que nous ne finançons pas plus de 1,5 hectares par individu. Dans la stratégie du programme, celui qui en a plus n’est pas le pauvre que nous connaissons tous. En terme d’objectif chiffré, il était question qu’au bout de trois ans, la production nationale soit améliorée de 10%. Si l’on calcule les 10% de 800 000 tonnes de production nationale en 2005, année de démarrage du programme maïs, on obtient 80 000 tonnes. Or cette année-là, les financements reçus par le programme n’étaient que de 123 millions de francs Cfa sur les 1,7 milliards prévus. Donc, impossible d’atteindre cet objectif de 10% avec cette modeste enveloppe. Avec 700 millions de francs Cfa de financements que nous avons obtenus en 2008 par exemple, on ne peut produire que 6 000 tonnes, c’est-à-dire moins de 0,05% de la production nationale en 2008 qui se situe à 1,2 millions de tonnes. Quand l’Acdic soutient que c’est la mauvaise gestion du programme maïs qui est à l’origine de la crise, je lui demande d’être un peu sérieux. Qu’est-ce qu’il y a derrière cette affaire ? Je sais que si le prix de l’engrais monte, le prix du maïs grimpe aussi, et pareil pour le prix du poulet. Or l’Acdic et l’Ipavic ont promis, après avoir obtenu les subventions de l’Etat, de mettre le poulet sur le marché à un prix bas pendant les fêtes de fin d’année qui approchent. C’est un défi qu’ils n’arrivent pas à relever. Ils cherchent alors un bouc émissaire.
L’Acdic vous fait également le reproche de cacher la liste des bénéficiaires. Pourquoi vous abstenez-vous de la publier ?
J’ai travaillé en toute transparence. Je n’ai rien à cacher. Les listes sont là, les voici d’ailleurs (il les montre au journaliste, et lui laisse l’opportunité de feuilleter cette pile de documents classés par provinces, mais refuse de lui en donner copie sans l’accord préalable de sa hiérarchie, ndlr). Je suis un fonctionnaire. Je ne peux pas publier une décision du ministre sans qu’il m’en donne l’autorisation. Lorsque je recevrai une instruction dans ce sens-là, je le ferai sans hésiter. Je n’ai rien à me reprocher dans la gestion de ce programme maïs.
Par Entretien avec Marie-Noëlle Guichi


Face 2 Face n’est pas comme ces expositions de tableaux auxquelles on a souvent coutume d’assister. C’est un grand moment de réflexion que l’artiste Hervé Youmbi a décidé de partager avec le monde. Il résume en un les sept voyages qu’il a effectué en Afrique et en Europe pour rencontrer Viyé Diba, Kossi Efoui le togolais, Aliaa El Grady l’égyptienne, William Kendrige le Sud africain et seul blanc de la liste, Bill Kouélany la congolaise et les deux camerounais Goddy Leye et Pascale Martine Tayou. Sept artistes qui sont plasticiens, écrivains, peintres et créateurs de bijoux et de bandes dessinés. L’exposition Face 2 Face qui a commencé à l’espace Doul’art le 5juillet 2008 et qui s’achève le 2 août 2008 mérite que l’on face le déplacement, pour , avec le créateur du Face2Faceland, se convaincre que nos artistes africains doivent, au-delà des approches de travail, de leurs identités et nationalités, être célébrés et respectés. Il faut cependant prendre un visa!